Legault n’exemptera pas les itinérants du couvre-feu, malgré les demandes

À l’heure actuelle, les refuges connaissent un taux d’occupation d’environ 95%. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’heure actuelle, les refuges connaissent un taux d’occupation d’environ 95%. 

Le premier ministre François Legault n’entend pas accorder d’exemption aux itinérants dans l’application du couvre-feu, comme le lui a demandé mardi la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Selon lui, les policiers ont démontré qu’ils étaient en mesure de faire preuve de discernement avec les sans-abri.

La mairesse estime que ce couvre-feu impose un stress important aux sans-abri. « […] Le couvre-feu a une incidence directe sur l’écosystème de l’itinérance autant chez les personnes en situation d’itinérance que chez les travailleurs et travailleuses qui font un travail exemplaire », a-t-elle expliqué lors d’un point de presse mardi, au lendemain du décès de l’itinérant Raphael André.

« En demandant cette exemption, je n’encourage pas les gens à dormir dans la rue. Ce n’est pas mon message. Mon message, c’est d’aller dans les ressources », a ajouté Mme Plante.

Selon elle, inscrire les itinérants parmi les personnes exemptées du couvre-feu simplifierait la vie aux policiers. « J’espère ne pas avoir à aller contre le décret », a-t-elle dit.

À l’heure actuelle, les refuges connaissent un taux d’occupation d’environ 95 %. « On n’a pas une grosse marge de manœuvre. Autant il y a des fois où il reste des lits, il y a des soirs où il n’y en a plus. »

La mairesse a précisé qu’un nouveau lieu serait ouvert sous peu avec une centaine de places supplémentaires dans l’est de Montréal. Elle a toutefois insisté pour dire que le dossier de l’itinérance relevait du gouvernement du Québec. « Ce qu’on vit en ce moment était prévisible parce que la crise du logement et le manque de logements sociaux, ça ne date pas de l’épidémie, ça date de bien avant. C’est un désinvestissement de la part de la société et des gouvernements dans l’habitation », a-t-elle expliqué.

Legault dit non

Lors de sa conférence de presse en début d’après-midi, le premier ministre François Legault a cependant indiqué que son gouvernement n’avait pas l’intention d’acquiescer à la demande de la mairesse concernant une exemption pour les itinérants dans l’application du couvre-feu. « Moi, j’ai très confiance en nos policiers, a-t-il dit. Je pense qu’ils font un travail extraordinaire. Ils ne font pas exprès pour donner des contraventions à des itinérants. »

Selon lui, accorder une exemption aux sans-abri dans le décret gouvernemental permettrait à n’importe qui de prétendre être en situation d’itinérance pour éviter une amende.

Le couvre-feu a permis aux policiers d’intervenir à de nombreuses reprises lors de fêtes privées, a-t-il souligné. « Depuis le début de la pandémie, je pense que les policiers ont eu du bon jugement avec les itinérants. Laissons-les continuer à travailler. »

En anglais, le premier ministre a eu cette remarque : « J’ai confiance dans le travail des policiers et je ne comprends pas pourquoi Mme Plante ne fait pas confiance au SPVM. »

Dimanche matin, Raphael André, un itinérant autochtone de 51 ans, a été trouvé sans vie dans une toilette portable, à quelques mètres du centre d’aide La Porte ouverte qu’il fréquentait régulièrement. En raison d’une éclosion parmi les sans-abri, l’organisme avait dû fermer la halte-chaleur de nuit. Lundi, la directrice générale de La Porte ouverte, Mélodie Racine, a soutenu que les autorités sanitaires avaient ordonné que la halte-chaleur demeure fermée, ce qu’a nié la Direction de la santé publique de Montréal.

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