Plus important déficit de population à Montréal depuis 20 ans

27 000 personnes sont venues s’établir à Montréal en provenance des autres régions du Québec, pendant que 62 900 l’ont quittée pour une autre région.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne 27 000 personnes sont venues s’établir à Montréal en provenance des autres régions du Québec, pendant que 62 900 l’ont quittée pour une autre région.

Montréal a perdu près de 36 000 habitants au profit des autres régions du Québec en 2019-2020 — son plus important déficit depuis que les données sont disponibles, soit depuis 20 ans.

L’Institut de la statistique du Québec a publié jeudi le portrait démographique des régions du Québec, qui laisse voir une tendance : la croissance de la population ralentit dans les grands centres. Et c’est particulièrement le cas à Montréal.

Plus précisément, Montréal a perdu 35 900 habitants dans ses échanges migratoires entre les régions du Québec en 2019-2020, soit 27 000 personnes qui sont venues s’établir à Montréal en provenance des autres régions du Québec, pendant que 62 900 l’ont quittée pour une autre région.

« Montréal est depuis longtemps déficitaire dans ses échanges migratoires avec les autres régions, mais le déficit de la dernière année est le plus important enregistré depuis que les données sont disponibles, soit depuis 2001-2002 », écrivent les auteurs de l’étude à l’ISQ, Martine St-Amour et Simon Bézy.

Gérard Beaudet, professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, n’est guère surpris de ces données, puisque le déclin ne date pas d’hier.

Il l’attribue à plusieurs facteurs. D’abord, « le cout d’accès au logement est problématique » à Montréal.

Ensuite, il souligne que bien que des gens dénigrent la banlieue, celle-ci séduit toujours. « La banlieue continue d’attirer beaucoup les gens » et elle ressemble de moins en moins à la banlieue, dans bien des cas, avec les infrastructures qui y ont été développées.

Le professeur Beaudet se demande aussi si le télétravail, qui s’est généralisé avec la pandémie, ne finira pas par influencer le choix des gens, qui n’auront plus besoin de se loger près de leur lieu de travail.

Dans l’ensemble du Québec, ce sont 190 700 personnes qui ont changé de région administrative.

Quand on regarde le portrait d’ensemble, la population de Montréal a tout de même crû de 5000 personnes, cette année-là. Mais cela se compare à une croissance de 37 000 l’année précédente.

Effets de la pandémie ?

Pour illustrer à quel point le cas de Montréal est particulier, les auteurs soulignent que « de toutes les régions, Montréal est celle où le bilan démographique contraste le plus avec celui des années précédentes ».

Cela s’explique entre autres par une diminution du nombre d’immigrants, à la suite de la fermeture des frontières internationales, en mars 2020, à cause de la pandémie de la COVID-19, note l’ISQ.

Et la pandémie se fait déjà sentir dans la démographie. « Dans le cas de Montréal et Laval, l’augmentation des décès lors de la première vague de la pandémie est également à considérer. »

Des gains ailleurs

L’Institut de la statistique relève également une « forte accélération de la croissance de la population » dans certaines régions du Québec : Laurentides, Lanaudière, Mauricie, Estrie et Chaudière-Appalaches.

Cette fois, l’ISQ identifie deux causes : leurs résidants sont restés dans leur région et ces régions ont attiré davantage de résidants provenant d’ailleurs au Québec.

Dans les régions plus éloignées des grands centres également, le portrait démographique s’est amélioré. L’ISQ souligne que le Bas Saint-Laurent, le Saguenay-Lac Saint-Jean, l’Abitibi-Témiscamingue et la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine « ont toutes vu la population augmenter légèrement en 2019-2020 ».

En fait, la Côte-Nord est « la seule région où le nombre d’habitants a diminué ». Mais, là encore, la décroissance a ralenti.

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