Des projets d’infrastructures critiqués à La Malbaie 

La Malbaie entend aller de l’avant, dans le secteur de Pointe-au-Pic, avec un projet touristique qui comprend la construction d’un pastiche de gare de chemin de fer près d’un ancien quai qui doit être rénové pour attirer « des bateaux corporatifs ». L’initiative inquiète plusieurs citoyens du secteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La Malbaie entend aller de l’avant, dans le secteur de Pointe-au-Pic, avec un projet touristique qui comprend la construction d’un pastiche de gare de chemin de fer près d’un ancien quai qui doit être rénové pour attirer « des bateaux corporatifs ». L’initiative inquiète plusieurs citoyens du secteur.

Pour moderniser l’hôpital de La Malbaie, un projet de plusieurs millions qui fait l’objet, depuis des années, de vives discussions, l’État prévoit la destruction des deux écoles primaires locales ainsi que de quelques maisons anciennes, en collaboration avec la municipalité, confirme le maire Michel Couturier. « On fait le ménage pour construire sur ces terrains », explique-t-il au Devoir.

Aux yeux de la Société d’histoire de Charlevoix et de son président, Serge Gauthier, l’État et sa créature municipale font trop peu de cas de ces bâtiments anciens. « L’école Félix-Antoine-Savard a 80 ans. Puis, on va détruire aussi une autre école, Marguerite-D’Youville, et des maisons. Je ne vois pas d’équivalent où on détruirait autant, en région, pour agrandir un hôpital ! La construction profite à des entrepreneurs, mais est-ce que la destruction profite à la beauté de La Malbaie ? »

Le maire voit les choses d’un autre œil. « Certains prétendent qu’on démolit […] des bâtiments qui étaient quand même assez historiques. […] Personnellement, moi, quand je les regarde, [je trouve que] ce ne sont pas des bâtiments d’une grande inspiration. Ce ne sont pas des choses millénaires, bicentenaires. […] Esthétiquement parlant, ce n’est pas le Colisée de Rome. »

L’inspection des bâtiments, explique le maire, conclut qu’il est moins dispendieux pour l’État de construire du neuf que de leur donner une seconde vie. « Quand c’est le temps de faire une construction comme ça, c’est mieux de faire du neuf. Alors, moi, j’adhère à ça. » Le rôle de la municipalité demeure limité, dit-il. « Ce n’est pas un projet qui est municipal. C’est un projet qui est très gouvernemental, avec un investissement de plus de 250 millions de dollars. »

La loi québécoise prévoit qu’en matière de préservation du patrimoine bâti, l’État se doit d’être exemplaire. Des discussions sous cet angle ont-elles eu lieu avec le ministère de la Culture et des Communications (MCC) et le ministère de la Santé ? Le Devoir n’a pas été en mesure d’obtenir une réponse de la part du MCC à ce sujet, malgré plusieurs appels faits au cours des derniers jours.

Nouvelle gare

La Malbaie entend par ailleurs aller de l’avant, dans le secteur de Pointe-au-Pic, avec un projet touristique qui comprend la construction d’un pastiche de gare de chemin de fer près d’un ancien quai qui doit être rénové pour attirer « des bateaux corporatifs ».

La Fédération Histoire Québec a dénoncé le projet auprès de la ministre de la Culture. Il s’agit, à son sens, d’« un bâtiment mal adapté » à cet espace patrimonial. Il « viendrait y causer des dommages irréparables ».

Ce projet va bloquer la vue des citoyens et amoindrir la valeur de maisons ancestrales.

L’organisme Action patrimoine a aussi fait part de ses inquiétudes, début décembre, auprès de la municipalité. « Par son gabarit et son emplacement », ce projet « aura un impact visuel considérable dans le paysage de ce secteur ». La municipalité ne lui a pas répondu.

Anne Jean, une femme d’affaires de La Malbaie, s’indigne de ce qu’elle qualifie de campagne de peur pour faire taire les opposants. Elle dit avoir reçu des menaces. La Sûreté du Québec a été prévenue. « Ce projet va bloquer la vue des citoyens, maintient-elle, et amoindrir la valeur de maisons ancestrales. C’est un projet pour un train touristique qui vit de subventions. […] Le terrain n’appartient même pas à la Ville. Si les ministères acceptent ça, on va poser des questions ! »

Sur cette question précise, le MCC a indiqué au Devoir que l’emplacement de cette nouvelle gare « ne bénéficie d’aucun statut » de protection et que « l’aménagement du territoire relève des municipalités et des MRC ». Cependant, le ministère dit encourager « les municipalités qui réalisent des projets d’infrastructure à mener une réflexion sur les composantes culturelles » du lieu.

Le maire déplore tout usage de la violence, dit-il en entrevue. Selon lui, la collaboration de l’État n’est plus qu’une formalité dans ce dossier. Un nouvel accès au quai doit s’accompagner de cette construction de gare destinée à servir l’industrie du tourisme. « Le marché des croisières fluviales nous intéresse. […] Et puis, il y a le train de Charlevoix qui vient aussi dans le secteur du quai. » Quel usage pour ce bâtiment en hiver ? Rien n’est fixé. Il y a encore des joueurs de cartes, dit le maire, qui aimeraient se réunir dans un lieu pareil.

Pour Serge Gauthier, de la Société historique de Charlevoix, tout ce projet d’aménagement est « une comédie d’erreurs coûteuses ».

Karine Desbiens, propriétaire de journaux hebdomadaires, s’est faite la porte-parole des résidents qui ont envoyé une demande de moratoire, le temps de trouver des solutions. « L’évolution du projet […] a fait en sorte que le bâtiment principal a gagné en hauteur, réduisant par le fait même cette visibilité si précieuse à la mise en valeur de cette rue [qui borde le fleuve]. » Même les visiteurs arrivant par l’eau seront privés de la vue, disent-ils. Une lettre commune, adressée avant Noël à la municipalité, est restée sans réponse, déplore Mme Desbiens.

 

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