Jean Charest et des historiens se portent à la défense de John A. Macdonald

Ce plaidoyer en faveur du premier premier ministre du Canada se veut en quelque sorte une réaction au déboulonnage de sa statue à Montréal, cet été, notamment.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Ce plaidoyer en faveur du premier premier ministre du Canada se veut en quelque sorte une réaction au déboulonnage de sa statue à Montréal, cet été, notamment.

Les noms de l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest ainsi que de l’ancien chef conservateur Peter MacKay côtoient ceux de plusieurs historiens du Canada anglais dans une volonté commune de défendre la mémoire de sir John A. Macdonald.

« La paix, l’ordre et le bon gouvernement » sont quelques-uns des héritages de Macdonald qui ont contribué à faire du Canada « un des pays les plus admirés dans le monde aujourd’hui », affirment les signataires d’un encart publicitaire publié à Toronto dans le National Post. « Nous comprenons les frustrations des descendants de ceux qui sont touchés » par les erreurs de Macdonald, indiquent les signataires, avant d’ajouter que « les échecs de Macdonald doivent cependant être mis en balance  avec un bilan impressionnant de constitution et d’édification de la nation, sa réconciliation de cultures, langues et religions opposées, son progressisme et sa préoccupation et son amitié documentées avec les peuples autochtones du Canada ».

« Il a fait bien plus encore », affirme l’historien Patrice Dutil, de l’Université Ryerson, un de ceux qui se trouvent à l’origine de cet appel public pour la défense de l’ancien premier ministre conservateur. « Si le Canada a réussi, c’est en partie grâce aux fondations qu’il a jetées. Notre initiative est conçue pour relancer le débat. » On enseigne désormais une version unique de John A. Macdonald, regrette cet historien qui a beaucoup écrit, surtout en anglais, à propos de l’ancien premier ministre Louis-Stephen Saint-Laurent.

« John A. Macdonald était un grand démocrate », répète Patrice Dutil au Devoir. « Il a toujours défendu la liberté de presse. Il défendait les demandes de démocratie au sein du Parlement. Je le perçois comme un grand démocrate », affirme-t-il, en soulignant que les Québécois l’ont même préféré à Wilfrid Laurier en une occasion.

La publicité de ce groupe de défenseurs de ce père de la Confédération canadienne a été patronnée par le Macdonald-Laurier Institute, un groupe de réflexion de droite basé à Ottawa.

John A. Macdonald était un grand démocrate. Il a toujours défendu la liberté de presse. Il défendait les demandes de démocratie au sein du parlement.

 

Plusieurs attaques

« On réagit à ce qui s’est passé non seulement à Montréal », où on a renversé sa statue, rappelle l’historien Dutil, mais aussi à ce qui s’est produit à « Kingston, à Trenton, à Picton ». « Il y a eu plusieurs attaques contre la mémoire de Macdonald en 2020. Il y a eu aussi une campagne contre lui en Nouvelle-Écosse. L’Université Queen’s a décidé de retirer son nom. On perçoit une montée d’idées négatives à son sujet. La perception qu’il est nocif s’est installée. Nous voulons unifier nos forces, donner de la chair à sa défense par les noms de ceux qui l’appuient. »

Au nombre des signataires, on trouve l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest. Un ancien chef du Parti conservateur, Peter MacKay, se trouve aussi parmi les signataires, de même que les diplomates Yves Fortier et Jean-Paul Hubert.

On perçoit une montée d’idées négatives à son sujet. La perception qu’il est nocif s’est installée.

 

« Chaque nom compte, mais ce ne sont pas ceux-là qui comptent le plus, explique Patrice Dutil. Il y a dans notre liste, rassemblée en deux jours, des gens ordinaires, des enseignants, des industriels, mais aussi des professeurs d’histoire très importants, comme Margaret MacMillan, John English, Ralph Heintzman et même David Bercuson. »

Le professeur Dutil observe d’emblée en entrevue que les signataires proviennent essentiellement d’un réseau canadien-anglais.

Dans son communiqué, le Macdonald-Laurier Institute constate avec regret que « ceux qui considèrent l’histoire du Canada comme rien de plus qu’une série honteuse d’erreurs et d’échecs se font de plus en plus entendre en appelant à éviter des personnalités comme notre premier premier ministre, sir John A. Macdonald ». Selon Patrice Dutil, on garde désormais de Macdonald « une version unique, une version qui manque d’équilibre ».

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