Avec la pandémie, la vie des mères monoparentales se complique

Selon la chercheuse postdoctorale de l’Université York Beyhan Farhadi, le système d'apprentissage à distance actuel place les mères monoparentales dans des situations précaires. «Une grande partie du fardeau actuel repose de manière disproportionnée sur des femmes», souligne-t-elle.
Photo: Damir Cudic Getty Images Selon la chercheuse postdoctorale de l’Université York Beyhan Farhadi, le système d'apprentissage à distance actuel place les mères monoparentales dans des situations précaires. «Une grande partie du fardeau actuel repose de manière disproportionnée sur des femmes», souligne-t-elle.

La vie des mères monoparentales est devenue plus compliquée depuis le début de la pandémie.

Parlez-en à Jessy Duncombe.

Chaque jour, elle doit songer aux repas, aider ses enfants d’âge scolaire à se familiariser avec l’apprentissage en ligne tout en gardant sa fille de 3 ans occupée.

Tout ça, avant le dîner.

La mère monoparentale n’a aucun moyen pour aller exercer son métier de cheffe. Elle a été obligée de refuser des offres d’emploi et ne peut que compter sur les chèques d’aide gouvernementale pour faire vivre sa famille.

« Je me sens parfois désespérée, mais comme je sais que les enfants me regardent, j’essaie de garder un visage souriant, dit-elle. Je garde une bonne attitude autour d’eux, mais quand je me retrouve seule, je me demande bien ce que je suis censée faire. C’est vraiment difficile. »

La décision du gouvernement ontarien de prolonger d’au moins deux semaines la fermeture des écoles dans le sud de la province a alourdi sa charge de travail. Sa fille de 10 ans doit être supervisée pendant environ la moitié de la journée scolaire tandis que la benjamine de trois ans n’est pas vraiment autonome.

L’aîné de 17 ans peut plus ou moins se débrouiller seul, mais la situation est loin d’être idéale.

« Il a besoin plus de mon attention que je peux lui en donner », reconnait-elle.

Mme Duncombe est arrivée au Canada il y a plusieurs années. Elle ne peut pas compter sur sa famille pour l’aider dans la garde des enfants.

Elle avait pu envoyer ses deux plus jeunes enfants dans son pays d’origine, les Bahamas, lors de la première vague de COVID-19, mais ce n’est plus une solution. Les récupérer avait été un cauchemar logistique qui n’a pris fin qu’en décembre lorsqu’elle est allée les chercher elle-même pour les ramener à Vaughan, en Ontario.

Mme Duncombe explique qu’elle ne pouvait plus supporter d’être séparée de ses filles.

Sur le plan financier, elle dit pouvoir se débrouiller avec les quelque 2000 $ qu’elle reçoit mensuellement de la Prestation canadienne de la relance économique pour proches aidants et les allocations pour enfants. Son propriétaire lui a accordé un allègement temporaire du loyer, mais la femme note qu’elle devra rembourser cette somme plus tard.

Selon Beyhan Farhadi, une chercheuse postdoctorale de l’Université York, le système actuel place les mères monoparentales dans des situations précaires.

« L’impact de la COVID sur les femmes est un sujet auquel je réfléchis beaucoup, dit-elle. Une grande partie du fardeau actuel repose de manière disproportionnée sur des femmes. »

Elle juge que le modèle actuel d’apprentissage en ligne met trop l’accent sur l’apprentissage synchrone, au cours duquel un enseignant donne une leçon en direct aux étudiants par vidéo.

Cette approche signifie qu’il y a peu de flexibilité pour le parent qui a besoin d’être là pour aider ses enfants à gérer la technologie et à rester concentrés sur la tâche.

« Plus l’enfant est jeune, plus l’enseignant compte sur un adulte à la maison pour le soutenir », souligne Mme Farhadi.

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