Virage santé, dites-vous?

Une salade McDo à l’apparence saine vient tout de même combler le quart des calories qu’une personne moyenne devrait quotidiennement ingurgiter.
Photo: Jacques Nadeau Une salade McDo à l’apparence saine vient tout de même combler le quart des calories qu’une personne moyenne devrait quotidiennement ingurgiter.

La stratégie de communication a bien fonctionné. Poussée par ses salades et autres menus répondant aux inquiétudes alimentaires de notre époque, la chaîne de restauration rapide McDonald's a annoncé plus tôt cette semaine avoir engrangé, après plusieurs mauvais résultats financiers, des ventes records en juin dernier.

Les chiffres sont sans équivoque. Avec une croissance des ventes de 7,8 % pour le deuxième trimestre 2004 par rapport à la même époque l'an dernier, l'empire de la frite et du hamburger semble donc être en phase de renaissance. Démontrant au passage que l'onde de choc induite par le documentaire Supersize Me, de l'Américain Morgan Spurlock — sur les effets néfastes d'un régime McDo sur la santé —, s'est finalement brisée contre les affiches publicitaires géantes et les campagnes télévisées visant à rassurer les consommateurs.

Pourtant, le virage «plus santé» négocié au début de l'année par McDonald's est loin de l'être vraiment, a découvert Le Devoir. Surtout lorsqu'on commence à se pencher sur la véritable valeur nutritive des menus salades offerts à grand renfort de publicité dans les McDo du Québec, d'Europe ou des États-Unis.

L'image ne survit pas à l'analyse. Et pour cause. Selon les informations nutritionnelles obtenues simplement auprès de la multinationale américaine, la majorité des salades nouvellement arrivées dans les restaurants de la chaîne s'avèrent, au final, fournir à celui (ou celle) qui y succombe autant de calories, de gras et parfois même plus de sel que les traditionnels hamburgers Quart de livre ou Big Mac.

Pis, au jeu de la comparaison, le hamburger double (sans ses frites et sa boisson gazeuse, évidemment) devient même, à côté de ces salades, un modèle d'équilibre. La saveur en moins bien sûr, selon les pourfendeurs du «manger vite».

«Cela ne m'étonne pas, a expliqué hier Paul-Guy Duhamel, président de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ). C'est le paradoxe des comptoirs à salade: ce n'est pas parce que c'est vert que c'est forcément synonyme de santé, et finalement on se retrouve avec le même problème qu'avec les menus réguliers.»

La mathématique de la nutrition en témoigne. Une salade Ranch au bacon avec poulet croustillant chaud — c'est son nom commercial — accompagnée de son incontournable vinaigrette Ranch contient, selon McDo, 520 calories, 34 grammes de gras — dont 10,5 sont saturés et 2,2 sont trans —, huit grammes de sucres et 1610 mg de sodium. Un résultat tout aussi calorique que le sandwich Quart de livre avec fromage, avec en prime plus de graisses et surtout beaucoup plus de sodium. Et de loin.

À elle seule, cette salade à l'apparence saine vient tout de même combler le quart des calories qu'une personne moyenne devrait quotidiennement ingurgiter. Mais aussi la moitié de l'apport journalier en gras, et elle répond à... 70 % des besoins en sodium, que l'on appelle aussi parfois sel.

Rappelons que, selon les normes internationales de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'être humain ne devrait pas consommer plus de 2400 mg de sodium par jour — l'abus de sodium étant en effet à l'origine du développement de maladies cardiovasculaires. Une limite rapidement atteinte toutefois, et parfois même largement dépassée, le jour de la salade McDo, lorsqu'on y ajoute le pain grillé avec beurre de peanut du matin, le potage du soir et la poignée de croustilles de l'après-midi!

Le portrait, livré par les informations nutritionnelles de l'Empire du sandwich à la viande qui se veut de plus en plus vert, est étonnant. Et il colle aussi très bien à la peau de la salade César au poulet croustillant ou encore de celle au poulet grillé qui, elles aussi, malgré une apparence rassurante pour le chasseur de surcharge pondérale, sont aussi graisseuses et caloriques qu'un Big Mac. Ces deux aliments sont également beaucoup plus salés que le sandwich phare de l'institution «gastronomique» du bord des autoroutes et des milieux urbains nord-américains.

Dans l'univers du «meilleur pour la santé», McDonald's — qui se vante d'avoir un menu allégé étudié «par un nutritionniste reconnu», explique l'entreprise sans plus de détail sur son site Internet — n'a d'ailleurs pas le monopole de l'exagération. La concurrence se distingue aussi très bien, à commencer par Subway, la chaîne du sandwich qui ferait maigrir.

À preuve, là aussi, selon les renseignements fournis par la compagnie, une salade dite classique couplée à une vinaigrette Atkins au miel — du nom du célèbre promoteur d'un régime amaigrissant soi-disant révolutionnaire — regorge finalement d'autant de calories, encore une fois, que le Quart de livre de McDo. Avec quelques petits plus: 16 grammes de plus de gras (soit 70 % de l'apport quotidien recommandé) et environ 1000 mg de plus de sel.

En matière de sodium d'ailleurs, l'ajout de simples croûtons sur le tout permet à l'aliment de flirter avec la limite maximum recommandée. Et ce, en un seul repas.

Devant ce constat, la question est incontournable: les consommateurs seraient-ils en train de se faire leurrer? «Oui et non, résume Paul Boisvert, de la chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval, car si l'on enlève la vinaigrette de ses produits, on se retrouve finalement avec des aliments beaucoup moins riches que les hamburgers. Et pour en tirer profit, il faut aussi éviter d'accompagner ça avec des frites ou une boisson gazeuse.»

La mise en garde, que les nutritionnistes reprennent en choeur depuis des années, est claire. Mais elle est loin d'être présentée avec la même limpidité aux consommateurs par les promoteurs de ces repas santé fabriqués à la chaîne et servis, pour l'image, avec un podomètre en prime. «Et c'est là le problème, poursuit-il. Car sans cette information, il est difficile de faire des choix judicieux. D'où l'importance de lancer des campagnes d'éducation sur la nutrition, surtout auprès des jeunes, pour que les bénéfices d'un tel virage soient supérieurs aux inconvénients.»