Affaire Kazemi - Manifestation devant l'ambassade de l'Iran

Stephan Hachemi a pris un moment de repos devant une affiche de sa mère, hier, à Ottawa.
Photo: Agence Reuters Stephan Hachemi a pris un moment de repos devant une affiche de sa mère, hier, à Ottawa.

Ottawa — Une vingtaine de personnes ont manifesté hier devant l'ambassade d'Iran au Canada afin de dénoncer l'attitude du gouvernement de Téhéran dans l'affaire Kazemi.

Photojournaliste montréalaise d'origine iranienne, Zahra Kazemi est morte en juillet 2003 après avoir été frappée à la tête alors qu'elle était détenue à Téhéran. On l'avait arrêtée au moment où elle prenait des photos d'une manifestation, au nord de la capitale.

Hier, le fils de Mme Kazemi, Stephan Hachemi, a rappelé la mémoire de sa mère en compagnie de ses supporteurs, en face de l'ambassade d'Iran à Ottawa.

«C'était une femme courageuse et je continuerai toujours à la défendre», a-t-il déclaré devant les nombreuses caméras de télévision présentes. Il a ensuite exhibé l'appareil photo qu'utilisait sa mère. C'est l'un des quelques objets personnels de Zahra Kazemi qu'il a pu récupérer après sa mort.

Rapatriement

M. Hachemi réclame depuis plus d'un an le rapatriement du corps de sa mère au Canada de même que la tenue d'une autopsie indépendante et la condamnation des coupables. À présent, il n'a même pas pu consulter le rapport de l'autopsie pratiquée en Iran, malgré de nombreuses demandes.

Les manifestants réunis hier partagent l'indignation de Stephan Hachemi à la suite du refus de l'Iran d'autoriser la présence d'observateurs canadiens au procès du présumé meurtrier de Mme Kazemi, qui doit reprendre aujourd'hui à Téhéran.

Et tout en appuyant la décision du gouvernement canadien de rappeler à Ottawa, pour la deuxième fois en un an, son ambassadeur en Iran, Philip MacKinnon, ils doutent fortement de l'utilité d'une telle mesure. «Je veux bien croire que c'est un acte diplomatique fort, mais un an plus tard, il ne s'est absolument rien passé», a déploré une porte-parole de l'organisme Reporters sans frontières, Emily Jacquard.

«On sait très bien que la personne qui est inculpée en ce moment [Mohammad Reza Aghdam Ahmadi], au pire, est un exécutant; ce ne n'est pas la personne qui est vraiment impliquée dans la mort de Zahra Kazemi», a-t-elle ajouté.

Ces derniers jours, l'ambassadeur iranien au Canada, Seyed Mohammad Ali Mousavi, a soutenu que ce n'était pas le gouvernement de son pays mais un juge «indépendant» qui avait décidé de refuser la présence d'observateurs canadiens au procès.

Le député libéral Marcel Proulx, dépêché à la manifestation d'hier pour représenter le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, a rejeté cette explication.

«C'est faux, a-t-il lancé. Au Canada, il y a une séparation entre le gouvernement et le judiciaire comme tel, alors qu'en Iran, ce n'est pas du tout ça. Gouvernement, religion, judiciaire, c'est tout mélangé, et c'est inacceptable.»

Ottawa se console à l'idée que l'avocate représentant la mère de Mme Kazemi, Chirine Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, puisse être présente au procès. Mais ce n'est pas assez, a estimé M. Proulx. «Ce n'est pas ce qu'on avait promis au Canada et ce n'est pas ce que le Canada veut obtenir», a-t-il souligné.