À quoi rêvent les enfants pour 2021?

Corinne Alstrom (à gauche) rêve de voir ses amis et sa famille autrement que sur un écran tandis que Emmanuelle et Nellie Bertrand (à droite) souhaitent surtout revoir leur «mononcle Sébastien».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir / Valérian Mazataud Le Devoir Corinne Alstrom (à gauche) rêve de voir ses amis et sa famille autrement que sur un écran tandis que Emmanuelle et Nellie Bertrand (à droite) souhaitent surtout revoir leur «mononcle Sébastien».

Après une année difficile, à quoi rêvent les enfants pour 2021 ? Le Devoir leur a demandé leurs souhaits pour la nouvelle année. Entre le retour à l’école et les visites aux amis, ce qui manque le plus pour ces jeunes, ce sont clairement les contacts humains. Propos recueillis par Jessica Nadeau.


 

CORINNE ALSTROM (7 ANS, LAVAL)

Un vrai anniversaire

Il y a quelques jours, Corinne a fêté ses 7 ans. Il n’y a pas eu de fêtes d’enfants avec des ballons et des magiciens. Non, cette année, Corinne a eu droit à une fête façon COVID : des appels Facetime et Zoom avec toute la famille et un party avec ses amis sur Messenger. L’an prochain, elle aimerait avoir une vraie célébration d’anniversaire : une fête avec « des amis et la famille chez moi, des câlins et des jeux ensemble », explique-t-elle.

Son plus grand rêve, pour 2021, c’est de voir ses amis et sa famille autrement que sur un écran.

Elle souhaite à tous « de la joie », un sentiment qu’elle illustre notamment par le fait de « pouvoir aller chez les autres ». Corinne envoie également « du courage » à tous, notamment à ses cousins et à tous ceux qui ont peur du méchant virus.

En attendant, l’enfant rêve à des câlins. Tout plein de câlins. Parce que les câlins, « ça fait juste du bien ».


  

EMMANUELLE ET NELLIE BERTRAND (6 ET 8 ANS, LAVAL)

 

Les amis et la famille

 

Elles ont beau avoir apprivoisé les discussions sus toutes les plateformes, Emmanuelle et Nellie sont un peu timides devant leur ordinateur par ce beau matin de décembre. Après deux jours d’école à distance, c’est le début des vacances. Les sœurs, qui portent toutes les deux un chandail de licorne, se dégênent rapidement, énumérant dans l’allégresse la longue liste des choses qu’elles aimeraient faire et découvrir en 2021.

Nellie rêve d’aller chez des amies et d’en recevoir à la maison. Elle espère également qu’elle n’aura plus à porter le masque pour entrer dans les magasins. Les deux sœurs souhaitent surtout revoir leur « mononcle Sébastien », avec qui elles passent généralement beaucoup de temps.

Emmanuelle, elle, rêve d’aller voir Casse-Noisette. Elle connaît les mélodies par cœur. « Dans les cours de musique à l’école, on a appris la chanson, raconte la fillette de Laval. Les garçons jouaient Clara et les filles faisaient le casse-noisettes », raconte-t-elle, riant encore de ce changement dans les rôles traditionnels.

« Ç’a toujours été son plus grand rêve », reconnaît sa sœur qui, elle, grimace à l’idée d’aller voir ce classique du temps des Fêtes.

Emmanuelle est intarissable : elle rêve de « voir le père Noël qui se promène et qui dit “Joyeux Noël” à tout le monde ». Elle aimerait également faire un « gros, gros party de Noël » et que le père Noël remplace la couronne par des cadeaux sous le sapin. Elle rêve aussi de voler. Irréaliste ? Tant pis, elle optera pour le saut en parachute… Quand elle aura l’âge requis.

Nellie, elle, espère que 2021 rimera avec un retour à la normalité à l’école. Emmanuelle, elle, ne détesterait pas ça continuer de faire l’école à distance en 2021. « J’aime mieux Zoom parce qu’il y a moins de travail », raconte-t-elle en toute franchise.

Les deux s’entendent toutefois sur une chose : elles ont hâte de donner des câlins. À leurs amis, à leur professeur et surtout, à leur « mononcle » Sébastien.


 

FLORENCE BÉGIN (8 ANS, SHERBROOKE)

Retour en classe

Pour 2021, Florence Bégin souhaite « qu’on n’arrête pas l’école ». La fillette, en 3e année, qui habite à Sherbrooke, estime que l’école virtuelle, c’est « moins cool que l’école en vrai » parce qu’on ne peut y voir ses amis et que « parfois ça bogue ».

Au printemps dernier, Florence a testé les limites de l’enseignement à distance avant de reprendre les classes pour la fin de l’année. Elle estime que « c’est mieux que rien », mais elle espère que cette forme d’enseignement prendra fin avec l’année qui se termine.

L’école, en temps de COVID, apporte également son lot de déceptions, comme le fait de devoir rester à deux mètres des enfants qui ne sont pas dans sa bulle-classe, a pu constater l’enfant au cours des derniers mois.

Florence a hâte de retourner nager à la piscine. Elle s’ennuie également de ses grands-parents, qu’elle espère revoir rapidement. Elle a beau leur parler régulièrement sur Facetime, elle s’ennuie « de les voir en vrai ».

Mais ce qui lui manque le plus, c’est sans conteste de « faire des câlins à [ses] amis » !


 

SCHOTT PHILIBERT (11 ANS, COATICOOK)

Des sorties scolaires

 

« Mon rêve, pour 2021, c’est de passer mon année et d’entrer au secondaire », affirme Schott Philibert, 11 ans. L’enfant estime que « ça va très bien » à l’école, mais s’ennuie des sorties qui accompagnent généralement son parcours scolaire axé sur le sport et le hockey.

Photo: Alain Philibert Schott Philibert

« Les sorties, c’est quelque chose que j’aurais aimé faire. J’étais déçu que ce soit annulé, mais je me suis dit que c’était soit ça ou le nombre de cas [de gens déclarés positifs à la COVID] qui continue à augmenter », affirme l’enfant au bout du fil. Schott rêve d’aller au secondaire dans une école où il pourra continuer de faire du hockey.

Il s’ennuie aussi de voir sa famille, notamment de sa grand-mère, chez qui il passe parfois les fins de semaine. Il trouve également « décevant » de savoir que sa fête, le 7 janvier, sera «en mode COVID», mais il prend ça avec un grain de sel, faisant passer le bien-être collectif avant le sien.

De façon générale, le garçon souhaite à tous de « rester en santé » pour 2021 et « de continuer à appliquer les consignes sanitaires ».


 

SACHA LÉTOURNEAU (13 ANS, ANJOU)

Jeux de rôle et restos

Sacha, 13 ans, répond qu’il rêve d’améliorer ses notes « dans un futur proche ». Mais après quelques minutes de discussions, le chat sort du sac : ce n’est pas vraiment son rêve, c’est plutôt celui de ses parents. Lui, il est satisfait de ses notes. Mais il est prêt à travailler pour leur faire plaisir.

Sacha s’emballe réellement lorsqu’il parle des jeux de rôle grandeur nature sur le thème médiéval fantastique, une activité qu’il a découverte il y a deux ans. « On a des pouvoirs et il faut s’immerger le plus possible dans un rôle imaginaire avec 150 personnes et des forteresses dans la forêt. »

Cette année, comme à peu près tout le reste, les jeux de rôle de Sacha ont été annulés. « J’adorerais en faire l’année prochaine », soutient l’adolescent.

Sacha a hâte de pouvoir retourner à l’épicerie — il n’y est allé que deux fois cette année — et au centre d’achat. Il a hâte de voir ses amis. Il souhaite surtout pouvoir retourner au restaurant avec ses parents et sa sœur.

« Aller manger dans un bon resto, c’est vraiment quelque chose que j’aime. J’aime découvrir de nouvelles sortes de nourriture et faire des découvertes. On y va généralement toutes les deux semaines, on se met chics, c’est devenu une tradition dans la famille. C’est quelque chose que j’aimais beaucoup faire. On a essayé de recréer ça en commandant à la maison, mais ce n’est pas la même expérience. »

De façon plus générale, il souhaite que les gens portent bien le masque et que 2021 signe la fin de la COVID « parce que tout le monde est tanné ». En tout cas, lui, il l’est. « On dirait que les gens de mon âge s’en foutent un peu, ça me désespère, j’ai l’impression d’être tout seul dans ma position. »

Et il souhaite à tous de la santé et du plaisir. Du « vrai plaisir », même si « c’est plus dur à réaliser quand on ne peut pas voir ses amis ». Il conseille à ceux qui s’ennuient de se mettre aux jeux vidéo. « C’est une bonne façon de jouer avec ses amis sans être vraiment avec eux, ça permet de rapprocher les gens. »


 

LUKA CRUZ-GUERRERO (15 ANS, MONTRÉAL)

Ça va bien aller

Luka n’a pas besoin de réfléchir longtemps à la question : « Mon plus grand rêve, pour 2021, c’est que la santé mentale des jeunes soit meilleure qu’en 2020. »

L’adolescent trouve « difficile » la charge de devoirs et de leçons qu’il doit accomplir. « Tout le monde a plus de devoirs que d’habitude. Je trouve ça particulièrement difficile quand je n’ai pas de pause. »

Pour aider les jeunes, il faudrait leur proposer davantage d’activités, en virtuel ou en vrai, avec les règles sanitaires qui s’appliquent, estime l’adolescent. « N’importe quel genre d’activités, l’important, c’est d’être entouré. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Luka Cruz-Guerrero ne sait pas quand il pourra donner un concert à nouveau avec l'harmonie musicale de son école.

Luka a été à l’école en début d’année scolaire, mais il trouvait trop difficile de se concentrer avec un masque sur le visage : depuis, il fait l’école virtuelle. Il s’ennuie de ses cours de musique et plus particulièrement des spectacles.

L’an dernier, à la même date, il donnait un concert avec l’harmonie musicale de son école. Mais cette année, le jeune joueur de clarinette n’aura pas cette chance. Il ne sait même pas quand il pourra donner un concert à nouveau. « On n’est sûrs de rien, on ne sait pas ce sera quand la fin de ce virus », philosophe l’adolescent.

Pour chasser les blues du confinement, il a joué du piano et composé une pièce de musique intitulée Abigaëlle. « Ça m’a aidé émotionnellement quand j’étais découragé », raconte le jeune homme.


 

LAWRENCE EVERITT (17 ANS, TERREBONNE)

L’école… en vrai

« J’espère avoir des cours en vrai, au moins un… » C’est le souhait le plus cher de Lawrence Everitt, qui étudie en tourisme au cégep Montmorency. L’an dernier, il a manqué son bal de finissants en raison de la COVID. « C’était vraiment décevant, j’étais vraiment triste quand j’ai reçu la nouvelle. On a eu une petite cérémonie à l’école, mais c’était vraiment bizarre comme fin d’année. »

Le passage au cégep s’est déroulé de façon tout aussi singulière. « C’était vraiment différent de ce que j’avais imaginé », raconte l’adolescent. Depuis l’automne, tous ses cours se donnent à distance. « Au début, j’avais de la misère à m’adapter, dit-il. Mais j’ai enfin compris comment le logiciel fonctionnait et depuis, je suis rendu vraiment bon. »

Il affirme avoir connu des hauts et des bas : « Je ne vais pas mentir, ça a été pas mal difficile. Par moments, j’étais désespéré. Je n’avais plus envie de suivre mes cours. Et puis je me reprenais, je retrouvais mon énergie et ma motivation. »

S’il dit avoir tissé des liens avec ses camarades d’études à distance, tous passionnés de voyage comme lui, Lawrence aimerait néanmoins que ces nouvelles amitiés se transposent dans la réalité des salles de classe et des couloirs du cégep. « J’espère qu’un jour, ça va revenir à la normale », dit-il.

Il vise l’automne 2021. Un cours. « Au moins un », implore-t-il. « Honnêtement, ça me manque de voir mes amis. Je suis une personne extrêmement sociable, les contacts sociaux me manquent. J’espère qu’en 2021, ça va mieux aller. »