Des Acadiens refont la traversée historique de Samuel de Champlain

Richibouctou — Après quatre semaines passées à sillonner l'océan Atlantique à bord du voilier néerlandais Europa, un petit équipage acadien, originaire de la région du nord de Kent, est de

retour.

Le groupe d'hommes et de femmes a pris le départ du port du Havre, en France, le 16 juin. Près de 5000 kilomètres plus loin, ils ont débarqué à Port-Royal, fiers d'avoir vécu à leur tour la traversée historique réalisée par les explorateurs Samuel de Champlain et Pierre Du Gua de Monts, en 1604.

Bien qu'ils aient réalisé un rêve en accomplissant cette excursion, les participants rappellent que le voyage n'a pas été de tout repos. «Ce ne sont pas des vacances que nous nous sommes octroyées, mais plutôt une aventure commune à laquelle nous avons décidé de prendre part, mes amis et moi», a précisé Doug Daigle, un homme d'affaires de Saint-Charles-de-Kent.

Place réduite

M. Daigle ajoute que les 40 passagers n'étaient pas là comme de simples touristes, mais bel et bien en tant que membres à part entière de l'équipage.

Pendant le voyage, les passagers se sont vu attribuer des tâches habituellement confiées à des marins. Ils ont ainsi eu l'occasion de hisser les voiles, de gouverner le bateau et d'assurer leur tour de garde quotidien. Ils étaient cinq ou six à partager la même cabine, aux dimensions plutôt modestes.

«Nous ne pouvions même pas nous lever plus de deux à la fois, a fait remarquer Donald LeBlanc, coéquipier de voyage et ami de longue date de M. Daigle. Quand les gars avaient terminé leur quart de travail, en pleine nuit, ils devaient nous réveiller pour accéder à leur couchette, mais il n'aurait pu en aller autrement car cela n'aurait pas été l'aventure telle que nous souhaitions la vivre.»

Difficiles conditions

Outre les cabines restreintes et les quarts de travail réguliers, les apprentis matelots ont aussi dû composer avec des conditions difficiles. Certains ont été malades, victimes du mal de mer. Ce fut notamment le cas de M. Daigle, qui n'a pas avalé une bouchée pendant les dix premiers jours de la traversée.

«J'ai perdu 14 livres, bien malgré moi! Bien que je sois heureux du résultat, j'aurais préféré les perdre autrement», a-t-il dit en riant. Il faut mentionner que les conditions météorologiques n'ont pas aidé.

«Une tempête d'assez forte intensité nous a brassés pendant toute une soirée et la nuit qui a suivi. À certains moments, des lames de 25 pieds s'abattaient sur le pont du voilier. Nous avons été consignés à nos cabines, attachés pour plus de sûreté. L'équipage ne voulait surtout pas perdre l'un de nous en cours de route», a enchaîné M. LeBlanc.

L'aventure n'en serait pas une sans ces anecdotes qui viennent colorer le quotidien du voyageur. Celles-ci ont aussi l'avantage indéniable de faire prendre conscience aux gens de la chance qu'ils ont sans toujours le remarquer. Une constatation qui n'a pas échappé aux deux hommes.