Québec utilisera toutes ses doses de vaccins immédiatement

Le Comité sur l’immunisation du Québec note que les vaccins de Pfizer-BioNTech (sur la photo) et de Moderna auraient une efficacité de plus de 90% après la première dose.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le Comité sur l’immunisation du Québec note que les vaccins de Pfizer-BioNTech (sur la photo) et de Moderna auraient une efficacité de plus de 90% après la première dose.

Le gouvernement du Québec fait volte-face et ne gardera plus en réserve les 27 000 doses du vaccin de Pfizer-BioNTech comme il avait récemment choisi de le faire. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a annoncé par voie de communiqué jeudi que toutes les doses seront utilisées pour immuniser le plus grand nombre de personnes vulnérables possible contre la COVID-19, alors que le nombre de cas ne cesse de grimper.

Le Québec emboîte ainsi le pas au Royaume-Uni, qui avait adopté cette stratégie la veille pour protéger un plus grand nombre de personnes. La décision a été prise après une recommandation du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), qui a révisé les données des deux compagnies pharmaceutiques dont les vaccins ont été approuvés. Il note que les vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna ont une efficacité de plus de 90 % après la première dose. Dans le cas du vaccin de Pfizer-BioNTech, la deuxième dose doit être administrée après 21 jours. Le délai recommandé est de 28 jours pour celui de Moderna.

« Avec une efficacité de 92 % avec une dose et de 95 % pour avec deux doses, de concentrer les doses sur les quelques heureux élus pour qu’ils en reçoivent deux, ça n’a aucun sens », a affirmé le médecin épidémiologiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Gaston De Serres, qui est membre du CIQ.

 

Selon le dernier bilan, le Québec comptait 2819 nouveaux cas jeudi et 62 nouveaux décès (comptabilisés depuis le 24 décembre) liés à la COVID-19. Les dernières projections indiquent que le Grand Montréal dépasserait sa capacité hospitalière d’ici trois semaines. « Dans une situation comme celle-là, il faut maximiser la protection », a-t-il soutenu.

Le comité a donc recommandé au gouvernement de faire fi des indications des fabricants et d’utiliser les 1,3 million de doses attendues d’ici la fin mars pour vacciner les personnes qui font partie des six groupes prioritaires, soit les résidents de CHSLD, les travailleurs de la santé, les personnes en résidence privées pour aînés, les résidents de communautés isolées et éloignées, les personnes âgées de 80 ans et plus et enfin les septuagénaires.

« Avec l’incidence de la COVID-19 qui restera élevée dans les premiers mois de 2021, l’absence de vaccination des personnes âgées de 70 ans et plus vivant en communauté entraînera des centaines d’hospitalisations et de décès par la COVID-19 », peut-on lire dans le document du CIQ remis au ministère de la Santé le 18 décembre et publié sur le site de l’INSPQ la veille du Jour de l’An.

« On ne dit pas qu’une dose, ça va protéger pour deux ans, mais on dit [que] si on est capable pour les prochains mois de donner une première dose à tout le monde — et on donnera la deuxième dose par la suite —, ça va permettre de réduire beaucoup plus le risque d’hospitalisation, de décès, d’admission aux soins intensifs », a expliqué le Dr De Serres.

Des livraisons dans les prochaines semaines

Mais même avec ce calendrier de vaccination accéléré, le gouvernement n’arrivera pas à immuniser l’ensemble des personnes des six groupes prioritaires d’ici la fin du mois de mars puisqu’ils sont en tout 1,7 million. Même en utilisant toutes les doses, il lui en manquera 433 000 si les stocks n’augmentent pas d’ici là. Un nombre important de septuagénaires risque donc d’attendre au-delà du mois de mars pour recevoir le vaccin si le Québec n’en reçoit pas davantage d’ici là. Ceux qui seront en attente de leur deuxième dose aussi.

« Si vous me demandez à quel moment on va avoir l’approvisionnement qui va nous permettre de donner la deuxième dose, normalement ça va aller après le mois de mars, a indiqué le Dr De Serres. Maintenant, je ne peux pas vous donner le moment exact de tout ça. » Le ministère de la Santé a indiqué que les rendez-vous qui avaient déjà été donnés pour l’administration de la deuxième dose seront modifiés.

Les chercheurs de l’INSPQ mèneront des études « en temps quasi réel » pour mesurer l’immunité conférée par ces premières doses de vaccin au fil des mois. Si une baisse de son efficacité est constatée après un certain temps, les deuxièmes doses seront alors administrées sans délai. « Cette protection après une première dose peut facilement durer plusieurs mois », a expliqué le Dr De Serres. Chose certaine, elle ne peut pas s’effondrer du jour au lendemain. « Dans le domaine de la vaccination, il y a des vaccins dont l’efficacité diminue, mais ça diminue sur une période de généralement d’années », a-t-il ajouté. La seconde dose sert donc à maintenir l’immunité à long terme.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé avait révélé plus tôt cette semaine que le gouvernement gardait 27 000 doses du vaccin de Pfizer-BioNTech en réserve pour pouvoir administrer les deuxièmes doses dès le 4 janvier, alors qu’il comptait quelques semaines plus tôt utiliser l’ensemble des doses pour vacciner près de 60 000 Québécois. Il avait blâmé la compagnie pharmaceutique pour ses exigences tandis que Pfizer Canada avait indiqué au Devoir qu’il s’agissait plutôt d’une recommandation.

« Initialement, la compagnie Pfizer recommandait aux gouvernements provinciaux de garder la moitié des doses pour pouvoir administrer cette deuxième dose, a reconnu le ministère de la Santé dans son communiqué. Maintenant, comme des livraisons sont assurées pour les prochaines semaines, la compagnie Pfizer indique qu’il n’y a plus d’enjeu à utiliser l’ensemble de doses, sans conserver la deuxième en réserve. »

En tout, le Québec dispose d’un total de 87 500 doses (55 000 de Pfizer-BioNTech et 32 500 de Moderna) et attend d’autres livraisons au cours des prochaines semaines. En tout, 29 250 personnes avaient été vaccinées contre la COVID-19 en date du 30 décembre.

Ce programme de vaccination a trois objectifs : protéger les personnes les plus vulnérables, prévenir les maladies graves et les décès et prévenir la maladie et l’absentéisme des travailleurs de la santé pour préserver le réseau. Ses effets risquent toutefois de prendre des mois avant de se faire sentir.

« Oui, la vaccination va avoir un très gros impact sur les services de santé, mais pas au mois de janvier, même avec la stratégie de vacciner le plus possible, a reconnu le Dr De Serres. On va commencer à voir ces effets-là fin janvier dans les CHSLD, fin janvier pour les travailleurs de la santé. » Il ne s’est toutefois pas hasardé à prévoir quand les Québécois pourraient reprendre une vie normale. Il y a encore trop d’inconnues.

Comment le CIQ en est arrivé à cette conclusion ?

Les chercheurs de l’INSPQ ont révisé les articles scientifiques publiés sur les deux vaccins homologués. Ils ont constaté que l’immunité des participants qui avaient reçu celui de Pfizer-BioNTech lors des études cliniques passait de 52 % à 92 %, 14 jours après la première dose. Ils ont ensuite remarqué que les données de Moderna, publiés subséquemment, étaient les mêmes. « Dès qu’on vaccine quelqu’un, notre système immunitaire n’est pas prêt à réagir tout de suite, a expliqué le médecin épidémiologiste, Gaston De Serres. Ça prend une certaine période avant que l’immunité soit suffisante pour nous protéger. » Ce délai de deux semaines est d’ailleurs généralement considéré pour tous les vaccins. Pfizer a plutôt calculé le taux d’efficacité de la première dose de son vaccin dès l’inoculation.


 

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