Le dépistage obligatoire divise les voyageurs

Le gouvernement Trudeau a annoncé mercredi midi qu’il demanderait «dans les prochains jours» la présentation d’un test de dépistage négatif à la COVID-19 datant de moins de 72 heures à tous les voyageurs souhaitant entrer au pays.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le gouvernement Trudeau a annoncé mercredi midi qu’il demanderait «dans les prochains jours» la présentation d’un test de dépistage négatif à la COVID-19 datant de moins de 72 heures à tous les voyageurs souhaitant entrer au pays.

La décision d’Ottawa d’imposer dans les prochains jours un test de dépistage négatif à la COVID-19 aux voyageurs souhaitant rentrer au pays divise les vacanciers croisés mercredi à l’aéroport Montréal-Trudeau. Si la majorité se dit favorable à l’idée, d’autres la trouvent contraignante.

« C’est plus rassurant de voyager si on est tous obligés d’avoir un test négatif avant d’entrer dans l’avion. On est quand même enfermés plusieurs heures avec des inconnus, on ne sait pas ce qu’ils ont fait la veille et les jours précédents », note Alexis Eisenberg qui revient de neuf jours de vacances à Marseille, dans le sud de la France.

Ce Franco-Canadien a décidé d’y passer Noël avec ses parents, qu’il n’a pas vus depuis longtemps. « Ils comptaient fêter Noël seuls. Je trouvais ça triste, alors j’y suis allé. Je suis resté avec eux, j’ai vu personne d’autre, j’ai respecté les mesures », soutient-il.

 

De retour à Montréal, il compte faire sa quarantaine dans son appartement et a déjà prévu de se nourrir grâce à des boîtes repas livrées à domicile puisqu’il ne pourra sortir faire l’épicerie.

Pressé par Québec, le gouvernement Trudeau a annoncé mercredi midi qu’il demanderait « dans les prochains jours » la présentation d’un test de dépistage négatif à la COVID-19 datant de moins de 72 heures à tous les voyageurs souhaitant entrer au pays. Ceux-ci seront également davantage surveillés lors de leur quarantaine de 14 jours et recevront des visites des autorités.

Stress supplémentaire

Aux yeux d’Alexis Eisenberg, le Canada aurait pu imposer ce test de dépistage bien plus tôt aux voyageurs, citant en exemple la France qui l’exige depuis plusieurs mois déjà. « Une mesure de plus pour éviter des cas de COVID-19, c’est toujours mieux considérant la situation », insiste le jeune homme. Il reconnaît toutefois que c’est une dose de stress supplémentaire pour les voyageurs. « Avant d’aller en France, il a fallu que je me renseigne d’avance pour savoir où faire mon test. Après, c’est le stress d’avoir le résultat à temps. Dans certains pays, ce n’est pas aussi simple qu’en France ou au Canada pour en faire un », fait-il remarquer.

 
Photo: Adil Boukind Le Devoir Clément et Jessica sont rentrés trois semaines dans leur famille à Lyon et devaient encore attraper un dernier vol avant d’arriver chez eux, à Toronto.

« C’est une sécurité de plus, mais si on nous impose le test, il faudrait au moins pouvoir le faire gratuitement ou pour pas cher. Sinon, j’ai plus de mal avec l’idée », confie de son côté Jessica, une Française installée à Toronto. Avec son copain Clément, ils sont rentrés trois semaines dans leur famille à Lyon et devaient encore attraper un dernier vol avant d’arriver chez eux lorsque Le Devoir les a croisés à l’aéroport de Montréal en fin d’après-midi.

« L’épicerie est faite d’avance, les plats sont congelés et on a prévu l’alcool pour le Nouvel An. On va fêter tous les deux, en quarantaine » lance Jessica en riant.

 

Hanna Benarroch, qui revient d’une semaine de vacances avec sa famille au Mexique, souhaiterait pour sa part qu’Ottawa lève l’obligation de la quarantaine s’il décide d’imposer la présentation d’un test de dépistage négatif en arrivant au Canada. « À quoi ça sert si on n’a pas la COVID-19 de s’isoler 14 jours ? C’est trop de contraintes. Les pays qui imposent un test n’imposent pas de quarantaine », s’offusque-t-elle. À peine arrivée à Montréal mercredi soir, elle doit reprendre un vol jeudi matin pour rejoindre sa résidence secondaire en Floride, aux États-Unis. Elle respectera les règles en vigueur dans cet État, assure-t-elle.

Quelques minutes plus tôt, Ginette Fréchette revenait justement de Floride où elle avait retrouvé sa résidence secondaire début décembre. Devant les messages répétés du gouvernement Legault ces derniers jours, déconseillant les voyages et rappelant la situation critique au Québec, elle a décidé de prendre un vol de retour quatre mois plus tôt que prévu. « J’ai paniqué, dit-elle. J’ai eu peur d’une pénalité ou d’une situation où tout le monde doit rentrer en catastrophe comme en mars dernier. Alors j’ai acheté un billet de retour, mais mon amoureux est resté en Floride. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir Ginette Fréchette se dit fâchée de voir que tous les voyageurs se sont retrouvés dans le même sac dans la récente couverture médiatique et le discours politique.

Mme Fréchette se dit fâchée de voir que tous les voyageurs partis pour une destination soleil se sont retrouvés dans le même sac dans la récente couverture médiatique et le discours politique. « On a fait une quarantaine volontaire, on sortait avec nos masques juste pour marcher. On était assez intelligents pour ne pas aller dans des clubs », explique cette résidente de Québec qui passe tous ses hivers en Floride depuis 22 ans.

À quoi ça sert si on n’a pas la COVID-19 de s’isoler 14 jours ? C’est trop de contraintes. Les pays qui imposent un test n’imposent pas de quarantaine.

Elle aussi croit que le gouvernement aurait pu imposer un test aux voyageurs bien avant. « Il n’y aurait pas eu cette couverture médiatique négative et je n’aurais peut-être pas cédé à la panique. Je n’aurais pas gâché mon hiver », insiste-t-elle, riant jaune à l’idée de se dégourdir les jambes en marchant dans son appartement pendant sa quarantaine.

Soulagement

Plusieurs chauffeurs de taxi travaillant à l’aéroport de Montréal se sont dits pour leur part soulagés de l’ajout d’une telle mesure.

Pour Amin, c’est un stress de moins sur les épaules. « C’est sûr que c’est plus rassurant. Ça fait presque un an qu’il y a toujours un petit stress en embarquant un voyageur, la peur d’attraper le virus et de le redonner à ma famille. Même si on nettoie, qu’il y a le masque et le plexiglas, on ne sait jamais », explique le chauffeur de taxi.

« Plein de pays imposent un test de dépistage aux voyageurs depuis longtemps, on aurait dû le faire bien avant », renchérit Eddy Farias, qui est chauffeur de taxi depuis une dizaine d’années.

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4 commentaires
  • Gilles Marleau - Abonné 31 décembre 2020 08 h 10

    Trop onéreux !

    Aller dans le Sud cet hiver n'en vaut pas le prix côté inquiétude et dérangement. Et puis, pourquoi ne pas en profiter pour réapprendre à aimer notre pays, notre hiver? Canadiens
    , Québécois, sortons notre ceinture fléchée, notre violon et faisons la fête en virtuel. Rassemblons-nous technologiquement et gardons le sourire . Et puis, pourquoi ne pas en profiter pour aider un ami qui a besoin de notre solidarité?

  • Fabienne Lavoie - Inscrite 31 décembre 2020 11 h 18

    Un test de dépistage...et/ou la quarantaine???

    C'est une joke, le Canada est toujours à la traine, le gouvernement regarde ce qui se passe ailleurs avant de réagir, manque d'imagination ou d'intelligence?? Ils peuvent pas refuser l'entrée au Pays aux citoyens. S'ils sont positifs, qu'est-ce qu'ils vont faire? Même aux USA ils soignent les personnes qui n'ont pas d'assurance. Vous parlez des touristes, mais pas des personnes qui vont voir leurs proches malades, ou leurs familles... Encourager la colère des gens ça fait vendre je suppose.

    • Robert Chénier - Abonné 31 décembre 2020 15 h 13

      Je comprends votre point de vue mais, honnêtement, je n'aimerais pas voyager dans un avion alors qu'un passager a un résultat positif à la Covid. Et vous ?

  • Lalonde André - Abonné 31 décembre 2020 13 h 11

    crise crée par les medias

    Pourqupi pas des nouvelles internationales sur RC et CBC qui nous cassent la tete avec des personnes qui sont a l'étranger... pandant ce temps il y a pertes de vie ,des enafnts qui se meurent ..etc.. la TV nationale be remplis pas son mandat..andre