Donner la vie l’année où la vie a vraiment changé

«Je n’ose pas le dire trop fort, mais ç’a été la plus belle année de ma vie», confie Claudia Parent, mère du petit Elliot. Son conjoint, Gregory Bock-Morin, dont le rapport au travail a changé, aura été présent tout au long, à l’exception de trois jours en septembre.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Je n’ose pas le dire trop fort, mais ç’a été la plus belle année de ma vie», confie Claudia Parent, mère du petit Elliot. Son conjoint, Gregory Bock-Morin, dont le rapport au travail a changé, aura été présent tout au long, à l’exception de trois jours en septembre.

Pour de nombreux parents, l’arrivée d’un nouveau bébé en 2020 a été bien différente de ce qu’ils imaginaient. Avec des difficultés liées à l’isolement et aux mesures sanitaires. Et avec aussi des avantages…

Une seule constante revient parmi les témoignages récoltés par Le Devoir : le rapport au travail changé par les mesures sanitaires a eu des avantages pour bien des nouveaux parents. « Sans la pandémie, je serais retourné travailler au restaurant après cinq semaines », illustre le père du petit Elliot, Gregory Bock-Morin. « Ce congé de paternité étiré, je l’ai vécu presque comme un miracle », dit-il. La députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, a vu ses fonctions être allégées par le télétravail et par la nouvelle manière d’enregistrer les votes des élus, sans qu’ils aient à se déplacer. « La pandémie a fait qu’on a pu passer plus de temps à la maison. Ç’a été bénéfique pour moi. » Au-delà de cet invariant, Le Devoir a constaté que les expériences ont été très, très différentes. La frontière entre les désavantages et les avantages de la pandémie tenant souvent, dans les histoires récoltées, à un moment, au timing — selon qu’on ait été en zone jaune ou rouge pour l’accouchement et les premiers jours, par exemple, ou que les services de santé en suivi de naissance aient été débordés ou non. Illustrons donc cette réalité inédite, par trois mini-polaroïds de familles nouvellement formées ou agrandies.

Bébé Elliot

« Je n’ose pas le dire trop fort, mais ç’a été la plus belle année de ma vie », confie Claudia Parent, mère du petit Elliot né début février, dont le babil fait bruit de fond à l’entrevue. C’est que son conjoint, M. Bock-Morin, aura été présent tout du long, à l’exception de trois jours en septembre. Mme Parent poursuit : « On a vécu quelque chose d’exceptionnel. Vivre au rythme d’Elliot, ne pas être pressés, être tous deux sortis du cycle du travail — hé, je travaille depuis que j’ai 15 ans ! — pour vivre ça ensemble, c’était vraiment très doux. Que Greg soit à la maison fait qu’on a vraiment partagé toutes les tâches domestiques. Là, on a, les deux, une compréhension similaire de ce que c’est qu’avoir un enfant, et de ses premiers mois. »

M. Bock-Morin trouve cette implication gratifiante : « Toutes les décisions, on les a prises ensemble. Je me sens tellement chanceux de voir grandir mon bébé, à chaque étape, au quotidien, et d’être impliqué dans toutes les décisions. C’est pour ça que j’ai fait un enfant. Pour le prochain kid qu’on va avoir, c’est sûr que je prends six mois de congé. Je veux être là. »

Bébé Joséphine

Marie-Charlotte Aubin a appris à l’hôpital, une demi-heure avant la poussée, qu’elle avait obtenu un résultat positif au test obligatoire de COVID-19. « Ça a été un choc, et un branle-bas de combat surréel, se rappelle-t-elle. On était au téléphone pendant que j’étais en grosses contractions pour que mes parents sortent ma grande fille de 22 mois de la garderie — elle était en isolement dans une salle. On a eu l’impression que ça nous a enlevé notre moment, à mon conjoint et à moi. »

L’hôpital Sacré-Cœur, où elle a accouché fin octobre, permet la présence du conjoint dans ces cas, et laisse le bébé avec les parents « dans une chambre à pression négative, avec une seule infirmière qui ne vient pas souvent.

Pour un premier bébé, j’aurais été inquiète ; à mon deuxième, j’étais contente d’avoir la chambre à nous et qu’on soit tranquilles », dit Mme Aubin, tout en précisant que toute l’équipe de l’hôpital a été « d’une aide incommensurable ». L’isolement, ensuite, avec la grande Dolorès et la toute nouvelle Joséphine, a été épuisant pour les parents, qui ne pouvaient bénéficier d’aucune aide extérieure. « J’ai l’impression que je ne m’en remettrai pas de sitôt. » Ensuite, au rendez-vous de suivi d’un mois du bébé, « on s’est fait traiter à peu près comme si on avait la lèpre, à la clinique. J’entendais “C’est la maman COVID !” derrière moi. Ce n’est pas de ma faute si je l’ai attrapée. Tous les suivis ont été plus difficiles. Le CLSC n’est pas venu une seule fois. Si j’avais été le moindrement mal en point moralement, en post-partum… Il n’y a pas d’aide, là, vraiment pas ; ils ne prennent pas de tes nouvelles. »

Par contre, l’isolement des premiers temps a forcé la rencontre entre Dolorès et sa petite sœur, et les parents ont été témoins de tous, tous ces moments précieux. « Le fait de ne pas gérer la visite après la naissance, de ne pas avoir à se forcer pour être réveillée, sans pouvoir dire aux gens de partir après une demi-heure même si c’est ce dont tu as envie, c’était bien. Mais pour les grands-parents, manquer un an de vie de leurs petits-enfants… Et pousser, à l’accouchement, avec un masque, ça, je ne le souhaite à personne d’autre. Ça n’a juste pas de bon sens. »

Bébé Milan

« Une différence pour moi, avec mes deux premiers enfants, c’est que je ne calculais plus les heures entre les tétées. Ç’a été open bar pendant neuf mois pour Milan, qui est devenu un bébé particulièrement bien portant », note Katya Montaignac à propos de son gamin de dix mois. « Je n’ai jamais donné autant le sein. Le temps de la pandémie était tellement “sans temps”, flottant, que mon rapport aux boires a changé. Je ne sais pas si c’est lié, mais ça donne un bébé particulièrement souriant, particulièrement heureux. » Des sourires qui ont calmé son anxiété à elle, accentuée par la pandémie. « Je me souviens de m’être dit : “C’est le bordel dehors, c’est le drame, et [MiIan, lui,] rigole !”. Je me suis accrochée à ses sourires. Il me rappelait qu’on pouvait, nous aussi, sourire, être contents d’être vivants, saisir la chance d’être là, d’être en famille. »

Et c’est finalement une autre constante : ces nouveaux bébés, pandémie ou pas, sourient tout autant.

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