Au lieu de Noël, des afrodescendants célèbrent Kwanzaa au Canada

Cette fête moderne est née dans les années 1960, aux États-Unis.
Photo: Jaku Konbit Cette fête moderne est née dans les années 1960, aux États-Unis.

Kwanzaa, cette fête née lors du mouvement afroaméricain des droits civiques, essaime un peu partout au Canada.

À la manière d’Hanouca, ceux qui fêtent Kwanzaa allument une chandelle chaque jour, durant sept jours, à partir du 26 décembre. Chacune des bougies, teintée d’une couleur panafricaine, symbolise une valeur sur laquelle tous sont invités à méditer : unité, autodétermination, travail collectif et responsabilité, coopération économique, but, créativité et foi.

Cette tradition méconnue n’a pourtant rien de religieux, assure l’historienne Dorothy Williams, autrice du livre Les Noirs à Montréal. Il s’agit plutôt de se réapproprier l’identité noire. « Kwanzaa est un moment où les gens se remémorent les valeurs qui leur ont été enlevées avec l’esclavage et les centaines d’années de racisme. »

Au Québec, Kwanzaa demeure marginale. Dans la région d’Ottawa, où se concentre une importante communauté afrocaribéenne, l’organisme Jaku Konbit s’affaire à maintenir cette tradition en vie, malgré la pandémie. « C’est important de célébrer Kwanzaa, spécialement en 2020 avec le mouvement Black Lives Matter et le racisme anti-noir », fait valoir en anglais le président de l’association, Ken Campbell.

En temps normal, quelques centaines de personnes de l’est du pays se réunissent dans la capitale fédérale pour partager un festin. Cette année, l’événement se tiendra en ligne. Qu’à cela ne tienne, à l’image des rassemblements habituels, les restaurateurs de la région passeront de maison en maison distribuer des repas aux aînés qui, à leur tour, prendront la parole pour exalter les valeurs de Kwanzaa. « On veut garder l’esprit, l’énergie et le sens de la célébration, l’essence du message », soutient M. Campbell. L’important, c’est de réfléchir aux symboles de Kwanzaa, explique-t-il en parlant d’une fête « flexible » qui « dépend des individus ».

Ainsi, Kwanzaa n’est parfois célébrée qu’un seul soir. Les sept chandelles peuvent être illuminées à quelques minutes d’intervalle, le temps de se recueillir sur leur symbolisme. « Il y a différentes façons de célébrer Kwanzaa comme il y a différentes façons de célébrer Noël », souligne Dorothy Williams. Elle insiste pour dire que la cérémonie tourne autour de l’inculcation des sept valeurs aux enfants. « Il ne peut pas y avoir de Kwanzaa sans enfants. » Ken Campell, lui, parle d’une célébration qui fusionne les multiples branches afrodescendantes autour des racines communes. « Il peut y avoir une diversité dans la communauté afrodescendante, mais pour avoir un mouvement vers l’avant, il faut y avoir un sens d’unité. »

Une tradition d’abord afro-américaine

Le nom « Kwanzaa » dérive d’une expression swahilie qui signifie « les premiers fruits », en référence à la période des moissons en Afrique subsaharienne. Cette fête moderne est pourtant née dans les années 1960, aux États-Unis.

L’activiste afro-américain Maulana Karenga a créé la fête de Kwanzaa afin d’offrir à la population noire une solution de rechange aux traditions chrétiennes, certifie Frantz Voltaire, du Centre de documentation et d’information sur Haïti, la Caraïbe et les Afro-Canadiens. Alimentées par la mouvance du Black Power et de la revalorisation des symboles noirs, les traditions de Kwanzaa ont ensuite essaimé un peu partout sur le continent.

Le chandelier à sept branches a atteint ce côté-ci de la frontière vers le milieu des années 1990, « surtout par le Canada anglais », se remémore M. Voltaire. « Je me rappelle qu’au Canada, le succès était mitigé, mais a eu un impact auprès de plusieurs activistes. » De nombreux afrodescendants francophones, surtout les Afro-Caribéens, célèbrent Kwanzaa, mais « la grande majorité continue dans des pratiques chrétiennes, catholiques », nuance-t-il, lui qui reçoit à l’occasion des cartes postales « Joyeux Kwanzaa ».

Preuve de la résilience de cette tradition, les chandelles rouges, vertes et noires s’illumineront encore cette année un peu partout, jusque dans le Grand Nord, dans la communauté noire de plus de 200 personnes d’Iqaluit, au Nunavut. Depuis 2007, on y souligne Kwanzaa, atteste en anglais l’Afro-Nunavutois Clayton Greaves. Il note que ce festoiement s’insère très bien parmi les festivités plus répandues de Noël. « Nous célébrons Kwanzaa avec la communauté. On inclut ici les Inuits et les Blancs qui viennent pour célébrer. […] Il y a des similarités entre les valeurs inuits et les valeurs de Kwanzaa. Si tu les mets côte à côte, tu peux voir des tendances similaires. »

Comme ailleurs en cette année pandémique, Kwanzaa s’y déroulera dans l’intimité ou en ligne. Mais l’esprit demeurera, promet M. Greaves. « On veut bâtir de meilleurs humains, pour bâtir de meilleurs foyers, pour bâtir de meilleures communautés, et pouvoir partager. »

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