Les offres de voyages au rabais abondent

Selon les données d’Aéroports de Montréal, le nombre moyen de passagers pour la période du 14 au 29 décembre est de 8000 par jour — en incluant les arrivées et les départs —, toutes destinations confondues. C’est bien en dessous du niveau de 2019, puisque ce nombre était alors de 60 000.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Selon les données d’Aéroports de Montréal, le nombre moyen de passagers pour la période du 14 au 29 décembre est de 8000 par jour — en incluant les arrivées et les départs —, toutes destinations confondues. C’est bien en dessous du niveau de 2019, puisque ce nombre était alors de 60 000.

Depuis quelques semaines, l’intérêt pour les destinations du Sud est en croissance. Pour attirer de la clientèle, malgré les recommandations des autorités de ne pas sortir du pays, les compagnies de voyages cassent leur prix. En pleine seconde vague, l’engouement pour les voyages dans le Sud inquiète, même si le nombre de voyageurs reste bien en deçà des niveaux d’avant la pandémie.

Sur le site Web de Voyages Air Transat, on propose d’économiser « jusqu’à 50 % sur les forfaits Sud » pour les soldes d’après Noël. Air Canada, de son côté, propose par exemple aux Canadiens de profiter du soleil d’Hawaï tout en étant dispensés de la quarantaine à l’arrivée, à condition de faire un test de dépistage de la COVID-19 avant le départ. On peut trouver un aller simple Montréal-Honolulu à partir de seulement 330 $.

Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire de l’aéronautique et de l’aviation civile et professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, explique que ces rabais sont « presque du jamais vu, sauf peut-être lors de la pandémie de grippe A(H1N1) pour des vols vers certaines destinations ».

Une reprise modérée

 

Debbie Cabana, directrice marketing d’Air Transat, indique que la reprise de la demande reste « très modérée ».

Selon les données d’Aéroports de Montréal (ADM), le nombre moyen de passagers pour la période du 14 au 29 décembre est de 8000 par jour — en incluant les arrivées et les départs —, toutes destinations confondues. C’est bien en dessous du niveau de 2019, puisque ce nombre était alors de 60 000. En ce qui concerne le nombre de vols, il est en moyenne de 120 — en comptant les arrivées et les départs —, alors qu’il était de 550 l’an dernier.

Toutefois, le 18 décembre dernier, le nombre de voyageurs qui ont transité par l’aéroport international Montréal-Trudeau a culminé à près de 12 000 personnes. « [En temps normal], ce n’est rien. Mais dans la situation actuelle, c’est beaucoup », souligne Mehran Ebrahimi.

Anne Marcotte, directrice des relations publiques d’ADM, explique qu’il s’agit toutefois « majoritairement » de passagers pour des vols intérieurs. « Depuis plusieurs jours, on a l’impression que ce sont 8000 personnes qui partent vers le Sud, mais ce n’est pas le cas. »

« Au mois d’août, le nombre moyen de passagers était aussi de 8000 par jour », ajoute Mme Marcotte. Le contexte était cependant bien différent puisque la seconde vague n’avait pas encore frappé le Québec.

Dans un tel contexte, faudrait-il durcir les mesures ? « C’est évident que le profil des gens qui partent en voyage en pleine pandémie est peut-être plus insouciant. La preuve, c’est qu’ils partent [en dépit des recommandations de ne pas le faire]. Le gouvernement du Canada aurait dû ou devrait être plus exigeant par rapport aux voyages non essentiels », soutient M. Ebrahimi.

« Efforts désespérés »

Malgré la chute draconienne du trafic aérien cette année, le coût de maintien des infrastructures demeure. « Ce n’est pas parce qu’un avion ne vole pas que vous ne devez pas payer soit son coût de location, soit son coût de capital », souligne Mehran Ebrahimi.

Le professeur de l’UQAM explique que les compagnies comme Air Transat, qui proposent, par exemple, des rabais de 50 % sur leurs voyages, offrent un prix qui est « largement en dessous » des coûts d’exploitation. « Toutefois, il y a un tel désespoir et la situation est si catastrophique que les compagnies se contentent de peu. Donc, avec les prix, [elles] essaient de viser des gens qui ont peu de sensibilité sanitaire ou qui sont moins inquiets [par rapport aux restrictions]. »

Le professeur estime que les quelques milliers de passagers ne suffiront pas à faire en sorte que les compagnies aériennes ne soient plus dans le rouge. « Tout ça, ce sont en quelque sorte des efforts désespérés [de la part] des compagnies aériennes pour aller chercher un peu d’argent pour réduire minimalement l’envergure des pertes », selon l’expert.

Une industrie à bout de souffle

Manon Martel, directrice de l’Association canadienne des agences de voyages (ACTA) pour le Québec, croit que les inquiétudes en ce qui a trait aux Québécois qui partent dans le Sud sont une « tempête dans un verre d’eau ».

« On est bien loin du nombre de voyageurs des dernières années à cette même période. On est seulement aux alentours de 10 % du taux de voyageurs habituel », souligne-t-elle.

« Les agences de voyages conseillent très bien les consommateurs. On leur explique en détail les restrictions de voyage qui s’appliquent, la quarantaine au retour, l’enregistrement avec [l’application] ArriveCAN, etc. »

Il y a eu énormément d’investissements pour rendre les installations hôtelières et les aéroports très sécuritaires, explique Mme Martel.

« Au Québec, il y a déjà une centaine d’agences de voyages qui n’ont pas renouvelé leur permis et il y a au moins 1500 conseillers en voyages qui n’ont pas renouvelé leurs certificats », indique celle qui croit que les fermetures d’établissement vont se poursuivre. Le secteur du tourisme, qui a été frappé de plein fouet par la crise, a été l’un des premiers touchés et sera fort probablement l’un des derniers à s’en remettre.

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