Documenter les crises, pour le futur

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir 4 juin 2020, Minneapolis, États-Unis. Service commémoratif pour George Floyd, à l’Université North Central.

Pour un photojournaliste, pas moyen de rester à la maison pour faire son travail. J’ai donc continué à arpenter le terrain, cherchant à combler en images une tragédie qui se caractérise par l’absence, la distance et le vide. Récit en trois photographies.


Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

1. 20 mai 2020, Montréal. L’infirmière auxiliaire Marie Alexis salue une patiente atteinte de la COVID-19, et très affaiblie, à l’hôpital mobile de LaSalle. « La mort ne vous effraie pas ? » me demande Mme Alexis avant d’entrer dans la tente suivante, où repose une patiente en fin de vie. Depuis plus d’un mois, je discutais avec mes collègues de l’inexistence de photos dans les hôpitaux et CHSLD du Québec. Leur accès était complètement bloqué, contrairement à d’autres pays, comme la France, l’Italie ou les États-Unis. J’ai donc écrit à tous les établissements du Grand Montréal pour leur souligner l’importance de documenter cette crise pour le futur. J’ai finalement obtenu un accès, à l’hôpital de LaSalle. La visite, sous haute protection sanitaire, fut aussi stressante que touchante.


Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

2. 4 juin 2020, Minneapolis, États-Unis. Service commémoratif pour George Floyd, à l’Université North Central. J’ai reçu un appel le lundi matin, et quelques heures plus tard j’étais dans un avion. Trois mois avaient passé depuis le début de la pandémie et les manifestations contre le racisme marquaient le retour des foules, plus ou moins masquées, dans la rue. Pour capter les images de ces manifestants, j’ai dû me frayer un passage entre des dizaines d’autres journalistes. Tous collés comme « au bon vieux temps ». J’ai tenté de retenir ma respiration pour finalement m’extraire de la foule compacte… pour y revenir quelques minutes plus tard. Évidemment, à mon retour, il me fallait rester enfermé quatorze jours et, cette fois, photojournaliste ou pas, pas moyen de sortir !


Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

3. 8 avril 2020, Montréal. Abdul Waheed et son plus jeune fils, Mohd. La famille de six vit dans un petit trois et demie dans Parc-Extension, et le père continuait de partir travailler en bus tous les jours. Cette photo devait accompagner un article sur les inégalités de logement durant le confinement. J’ai rencontré M. Waheed par l’entremise du FRAPRU, mais impossible d’entrer dans l’appartement. Je suis donc monté dans les escaliers de l’immeuble pour le laisser sortir. Avant de pouvoir prendre son plus jeune fils dans ses bras, il a bien pris soin d’enfiler des gants de plastique. Ce détail en dit beaucoup sur cette première période de la pandémie et comment elle a si vite changé nos relations avec nos proches.

L’envoi de notre journaliste aux États-Unis a été rendu possible grâce au soutien financier du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.
 



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