Loin du Dr Arruda… à Punta Cana, malgré la COVID-19

Photo: Francis Vachon Le Devoir «Ça ne se propage pas plus qu’ici parce qu’on est ailleurs. Si les conditions se maintiennent, avec le masque et tout ça, je ne vois pas le danger», estime Christian Talbot, qui s’est envolé en direction de Punta Cana mardi matin.

La plupart des voyageurs qui se dirigeaient vers le comptoir d’Air Transat pour s’inscrire à bord du vol Québec-Punta Cana, mardi matin, ont poliment décliné les demandes d’entrevue du Devoir. « On va passer pour les méchants encore », a lancé une femme qui faisait rouler sa valise vers le comptoir d’enregistrement.

Pour la première fois cette année, des passagers se sont envolés vers « le Sud » en partance de l’aéroport Jean-Lesage de Québec. Ils ont laissé derrière eux le gris de l’hiver, et la majorité de leurs inquiétudes.

Les quelques voyageurs qui ont bien voulu parler au Devoir ont dit ne pas craindre les risques associés à la COVID-19. « Pas pantoute », a répondu un adolescent pendant que son père, Éric, assurait que lui n’était « pas vraiment inquiet » des dommages que pourrait faire le nouveau coronavirus.

L’homme, qui n’a pas voulu donner son nom de famille, était sur le point de s’envoler vers un tout-inclus dominicain avec sa femme et ses trois enfants. « Tant qu’à ne rien faire ici, aussi bien ne rien faire là-bas. Il n’y a pas de différence », a-t-il assuré. « Nous, de toute façon, on est dans une vie très active. On va au Costco toutes les semaines, on travaille, donc on s’est dit : notre risque n’est pas plus grand là-bas qu’ici », a renchéri sa conjointe.

Là-bas, il n’y en a pratiquement pas [de COVID-19]. Il y en a moins qu’ici. Le pogner icitte ou le pogner là-bas… ça revient pas mal au même hein?

 

La COVID-19 a jusqu’ici fait près de 3000 morts en République dominicaine, où l’Organisation mondiale de la santé recensait mardi 161 000 cas. La situation sanitaire est marquée du plus haut niveau de danger établi par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains. « Les soins médicaux sont limités, l’accès aux lits de soins intensifs est restreint », note aussi l’ambassade américaine en République dominicaine.

Le gouvernement canadien recommande quant à lui d’« évite[r] les voyages non essentiels à l’extérieur du Canada jusqu’à nouvel ordre ».

En point de presse mardi, le premier ministre François Legault a rappelé que les milliers de Québécois qui se sont rendus dans une destination soleil se verront imposer des « mesures très sévères » de suivi de « leur quarantaine » à leur retour.

D’Ottawa, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a affirmé que 179 agents de la santé publique étaient déployés dans les principaux points d’entrée au pays pour rappeler aux arrivants les obligations de confinement. « Nous avons 100 téléphonistes qui font des appels auprès des gens revenant de voyage pour vérifier le respect de la quarantaine. […] IIs font 4300 appels par jour en personne et 3500 appels automatisés », a-t-il détaillé.

Selon Ottawa, 1,8 % de tous les cas de COVID recensés au Canada sont le fruit d’un retour de l’étranger, tandis que 98,2 % découlent de la contamination communautaire. Le gouvernement fédéral ne compte pas, pour le moment, imposer des tests obligatoires aux Canadiens qui rentrent au pays.

Des voyageurs rassurés

À l’aéroport de Québec, les voyageurs se sont tous dits rassurés. « L’agence de voyages [nous a expliqué que] ce sont les mêmes règles qui sont installées, en théorie. La distanciation et tout ça », a fait valoir Éric. « Comment ça va s’appliquer, c’est une autre histoire », a-t-il ajouté. Sa femme a précisé qu’on l’avait avertie que l’hôtel ne serait occupé qu’à « 50 ou 60 % » de sa capacité.

Christian Talbot, lui, a énuméré les consignes sanitaires par cœur. « On va se faire servir [au buffet], il faut garder le masque à l’hôtel, on peut l’enlever en mangeant, on peut l’enlever à la plage. Et les conditions sanitaires sont comme ici », a-t-il lancé. « Si tout le monde respecte les règles, je ne vois pas plus de dangers là-bas qu’ici. On a du Purell », a-t-il poursuivi, en tapotant le sac qu’il avait attaché autour de sa taille.

Cet habitué de la République dominicaine, où il a dit aller chaque année, était sur le point de s’envoler avec sa conjointe, qui vivrait son « baptême » du Sud. « Ça ne se propage pas plus qu’ici parce qu’on est ailleurs. Si les conditions se maintiennent, avec le masque et tout ça, je ne vois pas le danger », a-t-il assuré.

Lui comme les autres s’est dit prêt à s’isoler à la maison à son retour. « On a un formulaire à remplir tous les jours, on va faire notre quarantaine. Elle est en vacances, moi sur le chômage de la construction », a-t-il dit.

Éric et sa femme ont eux aussi fait leurs provisions et prévu le coup pour le retour. « Le congélateur est plein, on a des préposés aux commissions », a expliqué celle-ci.

« Oui, pas de problème, j’ai des informations, tout est beau », a aussi lancé un voyageur en se dirigeant vers l’aire des départs. D’autres ont dit partir pour plusieurs mois, loin de l’hiver québécois. « Moi, j’ai ma maison là-bas. On part jusqu’au mois de mai », a dit un homme qui a refusé de s’identifier. « Là-bas, il n’y en a pratiquement pas. Il y en a moins qu’ici. Le pogner icitte ou le pogner là-bas… ça revient pas mal au même, hein ? » a-t-il dit à propos de la COVID-19. En République dominicaine, il sera « en campagne », dans sa ferme. « On a notre piscine, on a tout », a-t-il souligné pour expliquer qu’il se tiendrait loin des autres.

Un léger rebond pour les Fêtes

La conseillère aux communications de l’aéroport de Québec, Laurianne Lapierre, a dit qu’il était « très difficile de chiffrer le nombre de passagers qui s’envoleront vers les destinations soleil au départ de Québec dans les prochaines semaines ».

« En ce moment plus que jamais, les compagnies aériennes ajustent leur offre en temps réel, en fonction de leur réalité d’affaires et de l’offre et la demande », a-t-elle souligné. Depuis mars, le trafic aérien à l’aéroport de Québec a chuté de 90 %. Ses revenus ont fondu dans la même proportion. « YQB passera de 1,8 million de passagers en 2019 à 550 000 en 2020 », a illustré Mme Lapierre, en utilisant les trois lettres associées à l’aéroport qu’elle représente. « À pareille date l’an dernier, nous accueillions de 3000 à 5000 passagers par jour à l’aéroport, alors que nous en accueillons tout au plus quelques centaines en ce moment. »

À Montréal-Trudeau, la directrice des relations médias, Anne-Sophie Hamel, a dit attendre en moyenne 8000 passagers par jour (arrivées, départs et toutes destinations confondues) pendant la période des Fêtes. « À titre comparatif, nous avions l’année dernière environ 56 000 passagers [arrivées et départs] par jour », a-t-elle illustré. Au total, « 120 mouvements aériens par jour » sont enregistrés dans le ciel de Montréal pour la période des Fêtes, « principalement vers des destinations domestiques ». Ce nombre est habituellement de plus de 550 mouvements par jour.

 

 

La directrice marketing d’Air Transat, Debbie Cabana, a quant à elle dit remarquer « une hausse de l’intérêt semaine après semaine pour des destinations telles que la République dominicaine et le Mexique, et plus particulièrement Cancún et Punta Cana au départ de Montréal ». Elle a dit ne pas posséder de chiffres exacts permettant de connaître le nombre de Québécois mettant le cap vers les « destinations soleil », puisque les voyageurs « ont tendance à faire leurs réservations à la toute dernière minute ».

« Il va sans dire que le maintien des restrictions d’entrée à destination et la quarantaine imposée au retour au Canada limitent les réservations et retardent les projets des voyageurs. Cela renforce la nécessité que l’industrie du tourisme obtienne une aide gouvernementale, pour s’assurer qu’elle reste compétitive lorsque la demande reviendra », a-t-elle aussi fait valoir.

Avec Marco Bélair-Cirino et Hélène Buzzetti

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