L’étrange Noël de l’Alberta

Les Albertains cherchent plus que jamais du réconfort alors que la province fait face à 20 562 cas actifs d’infection et 719 morts.
Photo: Federico Gambarini / dpa via AP Les Albertains cherchent plus que jamais du réconfort alors que la province fait face à 20 562 cas actifs d’infection et 719 morts.

L’Alberta est atteinte de morosité aiguë. Les cas actifs de COVID-19 ne cessent de grimper et les Albertains auraient bien besoin de voir le père Noël, et de s’amuser. Malgré la COVID-19, certains artistes d’animation francophones ne baissent pas les bras et usent d’ingéniosité pour apporter, à leur manière, joie et rire durant un Noël terni par l’ombre de la COVID-19.

« HoHoHo », le fameux rire de saint Nicolas se fera moins retentissant, cette année, en contrée albertaine. Les restrictions sanitaires de la province obligent les Albertains à éviter les rassemblements comme partout au pays. Un vrai paradoxe quand on sait que cette période de l’année incarne une fête religieuse certes, mais avant tout familiale.

Les Albertains cherchent plus que jamais du réconfort alors que la province fait face à 20 562 cas actifs d’infection et 719 morts. Apporter de la gaieté et créer des moments privilégiés à se remémorer, c’est aussi un métier. Depuis 2015, chaque année, Alexandre Bossé, travailleur indépendant, revêt ses bottes, son manteau et sa tuque rouge pour devenir le temps des Fêtes, le père Noël.

Au départ, ce travailleur autonome a vu durant l’hiver un moyen de diversifier ses revenus. Puis très vite, il s’est pris au jeu. Depuis, ce Québécois d’origine prend son rôle très sérieux. « C’est mon temps à moi d’être la rock star des enfants », reconnaît-il.

Ses clients habituels sont aussi bien des familles que des maisons de retraite, ou encore des entreprises qui sollicitent le père Noël pour leur party de Noël.

 

Ses recettes tournent autour de 5000 $ durant le temps des Fêtes. Faire de la luge avec les enfants, interagir au maximum avec eux, c’est sa manière à lui d’incarner un père Noël actif, pétillant et surtout joyeux à l’instar du père Noël de Coca-Cola.

Cependant, cette année, avec la COVID-19, « je ne ferai pas d’argent », reconnaît-il. Alexandre Bossé a dû adapter sa formule et essaye de s’en sortir en offrant des services différents, en livrant les cadeaux à la porte à certains de ses clients. Mais la peur de recevoir une amende dissuade nombre de gens.

M. Bossé a donc décidé de faire des activités gratuites, dans l’idée de se faire connaître, une sorte d’investissement pour l’an prochain. « J’espère qu’à Noël prochain, je serai le père Noël officiel des gens qui vont me rencontrer cette année », planifie-t-il.

Lui et une photographe vont dans le Rotary Park à Stony Plain, afin de prendre des photos distancées, avec parents et enfants. Une pratique qui n’est pas toujours du goût des autorités. « La police était là pour que je m’en aille », raconte-t-il. Le jour suivant, il y retourne. « Comme je n’avais pas fait d’annonce, la police ne voulait pas que je sois là, mais elle ne pouvait pas non plus m’en empêcher », résume-t-il.

En attendant, il travaille sur un projet gratuit avec toutes les associations canadiennes francophones régionales (Acfas). « Tous les enfants durant une heure ou deux, pourront se connecter sur Zoom pour venir me parler au téléphone gratuitement », explique-t-il. Les écoles auront aussi la chance, classe par classe et en respectant la distanciation, de dire bonjour au père Noël.

Se réinventer en temps de COVID-19

 

Dans le sud de la province, l’artiste entrepreneur Isabelle Cliche, originaire de la ville de Québec, résidente depuis 16 ans en Alberta, dans la ville de Cochrane, a su s’adapter. Comptable de formation, elle a monté sa propre entreprise d’animation, Amazing Smile Makers. La COVID-19, elle l’a vue venir. 

En mars, lors de la première vague, quand la COVID-19 met l’économie à l’arrêt, elle décide de contacter ses clients. « Je leur ai offert des sessions virtuelles par zoom », explique-t-elle. Elle lance alors des ateliers de yoga du rire et des ateliers de magie à partir de chez elle, qu’elle nomme Improviser avec le rire. « Je leur explique comment créer un personnage, en utilisant le rire avec les techniques de rire », résume-t-elle.

Elle raconte avoir découvert cette technique, voilà plusieurs années. Une technique qu’elle voudra utiliser et rapporter dans ses spectacles. Sans le réaliser, « les enfants ont fait une session du yoga du rire, mais pensent avoir fait de l’improvisation », explique-t-elle.

Isabelle travaille sur plusieurs projets à la fois, notamment avec Canadian Parents for French, et l’immersion française. Elle préenregistre donc des spectacles qui peuvent être visionnés grâce à un lien YouTube qu’il faut acheter, comme Isabelle la wonderful, déjà présenté dans plus de 81 écoles en Alberta. Un service offert par les Acfas régionales durant l’Halloween.

Une formule qui sera reprise pour Noël en date du 14 décembre, pour les prématernelles et les garderies francophones. Une sorte de cadeau de Noël, commandé cette fois-ci par le Centre d’appui familial, basé à Calgary. « Tout a été filmé à la Cité des Rocheuses ; le centre communautaire de Calgary est un partenaire de cette initiative », explique-t-elle.

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