Pas de propos racistes à l’hôpital de Chicoutimi, conclut un rapport

Georges-Hervé Awashish est décédé le 11 octobre, à l’âge de 53 ans, dix jours après qu’il aurait reçu des menaces de mort à l’hôpital de Chicoutimi.
Photo: Nicolas McComber iStock Georges-Hervé Awashish est décédé le 11 octobre, à l’âge de 53 ans, dix jours après qu’il aurait reçu des menaces de mort à l’hôpital de Chicoutimi.

Les allégations de Georges-Hervé Awashish, un homme attikamek mort peu de temps après avoir dénoncé des propos racistes de la part du personnel de l’hôpital de Chicoutimi, étaient « sans fondement », conclut une firme externe mandatée pour faire la lumière sur ces événements.

« Pourquoi, encore, on ne nous entend pas ? Parce qu’on n’a pas de vidéo ? Ça prend quoi pour qu’on nous croie à propos des choses qu’on vit ? » a réagi une cousine du défunt, Maylène Weizineau, en entrevue avec Le Devoir lundi.

Georges-Hervé Awashish est décédé le 11 octobre, à l’âge de 53 ans, dix jours après qu’il aurait reçu des menaces de mort à l’hôpital de Chicoutimi. Sa famille attend toujours de savoir de quoi il est décédé. Dans une entrevue qu’il a accordée au média La Converse le 5 octobre, il a raconté que, pendant son hospitalisation, il aurait entendu des infirmières « rire » en évoquant la mort de l’Attikamek Joyce Echaquan, survenue quelques jours auparavant. « J’ai entendu parler une des infirmières [qui disait] : “On en a un, Indien, ici couché dans la chambre. On devrait lui injecter un produit toxique. Son problème va être réglé” », avait-il déclaré.

Photo: Courtoisie George-Hervey Awashish

Dans la foulée, le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean a mandaté la firme Solutions RH 2000 afin qu’elle fasse la lumière sur cette affaire. Le 22 octobre, celle-ci a conclu que « rien dans les témoignages des personnes interviewées ne donne à penser qu’une situation de maltraitance, de propos racistes ou de menaces de mort s’est produite à l’hôpital de Chicoutimi », révèlent des documents obtenus par Le Devoir.

Enquête

La conclusion de cette enquête désole Maylène Weizineau, sans toutefois l’étonner. « Souvent, souvent, ça ne donne rien les plaintes qu’on fait dans le système. Ce n’est jamais pris en considération. On dirait que le monde ferme les yeux », a-t-elle déclaré.

« Ce qui est difficile à accepter pour nous, c’est que mon père est mort dans des circonstances douteuses. Et on ne sait même pas de quoi il est mort », a aussi réagi la fille du défunt, Kimberley Sikon Awashish.

Ça prend quoi pour qu’on nous croie à propos des choses qu’on vit ?

Le rapport d’enquête relate les rencontres que la firme privée a eues avec M. Awashish et une personne qui l’a parfois accompagné à l’hôpital. Ces portions sont presque totalement caviardées, sauf un passage dans lequel le président de Solutions RH 2000, Sylvain Gaudreault, note qu’« il ressort [du témoignage de M. Awashish] qu’il n’y aurait pas eu de mauvais traitements ni de propos racistes ». L’homme attikamek « se plaint de menaces de mort par une employée du CIUSSS sans pour autant pouvoir l’identifier », ajoute l’enquêteur.

En revanche, le rapport reproduit presque entièrement les propos de sept membres du personnel hospitalier qui ont été en contact avec le défunt.

Deux de ces personnes rapportent que M. Awashish leur aurait manqué de respect. « En huit heures de côtoiement avec [M. Awashish], je n’ai eu droit qu’à des bêtises de sa part, de l’impolitesse et un manque de respect », a notamment déclaré l’enseignante en soins infirmiers Josée Lavoie. « Lors de la prise de sang, il a interpellé mon étudiante en lui disant “d’arrêter de le dire et de le piquer câlisse” et de se grouiller. »

Malgré le mauvais souvenir qu’elle a conservé de ses contacts avec M. Awashish, Mme Lavoie a affirmé que celui-ci avait reçu « d’excellents soins ». À propos de la possibilité qu’il ait reçu des menaces de mort, elle a été sans équivoque : « Non et je serais très surprise que cette situation puisse exister », a-t-elle dit.

L’infirmière-clinicienne Pascale Lamontagne-Poirier a aussi dit de M. Awashish qu’il avait un « comportement désagréable » et qu’il lui « sacrait après à l’occasion ». Elle a qualifié la publication Facebook dénonçant le traitement qu’aurait reçu le défunt patient de « mensongère » et elle a dit ne pas y croire. La majorité des personnes rencontrées dans le cadre de l’enquête ont fait état de l’attitude méfiante de l’homme autochtone, ou de la difficulté à gagner sa confiance et à obtenir sa collaboration.

D’entrée de jeu, l’enquêteur Gaudreault qualifie de « douteuse[s] » les publications Facebook qui ont initialement attiré l’attention sur M. Awashish. Il termine son rapport en statuant que « la preuve récoltée démontre hors de tout doute que l’usager concerné a reçu tous les traitements que requérait son état de santé, et ce, avec professionnalisme et civilité ». Il note au passage que le patient « a même quitté l’hôpital sans autorisation », ce que le principal intéressé avait dit avoir fait en raison des craintes que lui avaient inspirées les commentaires qu’il aurait entendus.

Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean n’avait pas répondu au Devoir au moment où ces lignes étaient écrites.

Avec Dave Noël

 

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