Célébrer Hanoucca autrement

Debbie Rootman
Photo: Efraim Gavrilovich Debbie Rootman

La congrégation Beth Israel Ohev Sholem, à Québec, se débrouille depuis le début de la pandémie pour souligner les fêtes juives tout en évitant les rassemblements. Célébrée cette année du 10 au 18 décembre, Hanoucca sera commémorée avec une distribution individuelle de cadeaux pour les enfants de la communauté et un office virtuel d’allumage de bougies.

« La pandémie a instauré beaucoup de changements dans le judaïsme », dit David Weiser, président sortant de la congrégation et fondateur d’Unité Québec, regroupement visant à faire rayonner le vivre-ensemble du Québec. « On a vu l’utilisation de la technologie s’intégrer aux célébrations de Pessah et du Yom Kippour cette année, même dans les lieux les plus conservateurs, ce qu’on n’a jamais vu auparavant, étant normalement interdit. »

Il précise qu’aucune activité en présentiel n’a été tenue à la synagogue depuis le mois de mars, à l’exception de Roch Hachana (nouvel an juif), en septembre dernier, lorsque le gouvernement avait autorisé des rassemblements limités dans les lieux de culte. « On n’y était que dix personnes afin de respecter la distanciation physique. »

Préserver la tradition malgré la COVID-19

La congrégation organise normalement, chaque année, une fête à l’occasion de Hanoucca dans laquelle participent entre 60 et 100 personnes. « On distribue des cadeaux aux enfants et on tient une cérémonie d’allumage des bougies », souligne M. Weiser.

L’histoire veut que lorsque Jérusalem fut reprise par les Macchabées, au IIe siècle avant J.-C., il restait juste assez d’huile d’olive pour que la menora du temple (chandelier saint) reste allumée un seul jour, mais elle demeura allumée huit jours. Depuis, les juifs commémorent le « miracle des lumières » en allumant une des branches du chandelier chaque jour durant huit jours consécutifs, se servant de la chandelle centrale, aussi appelée « chamach ».

Cette année, la fête des lumières sera soulignée par une cérémonie virtuelle qui rassemblera une trentaine des membres de la congrégation samedi prochain. « On va se réunir sur Zoom pour allumer nos bougies ensemble, chacun chez soi, compte tenu des restrictions sanitaires actuelles », avance M. Weiser.

Debbie Rootman, impliquée comme bénévole à la synagogue de Québec depuis un an, indique que bien que les rassemblements en ligne soient nouveaux pour la communauté juive de Québec, il en est autrement pour celle de Vancouver. « Le rabbin et sa femme ayant des connaissances technologiques avancées, tous les offices du sabbat sont transmis en ligne depuis sept ans pour que les aînés qui ne peuvent pas sortir de chez eux puissent en prendre part. »

Repenser les célébrations familiales

Hanoucca est aussi l’occasion pour les familles de la communauté de se rassembler pour partager un repas symbolique du miracle des lumières, dans lequel on trouve les traditionnels latkes (galettes de pommes de terre) et les beignets agrémentés de thé à la menthe, frits à l’huile.

Mme Rootman dit avoir l’habitude de recevoir une quinzaine de personnes chez elle pour l’occasion. « Je cuisine une poitrine de bœuf, des latkes et d’autres mets traditionnels de Hanoucca et on passe du temps ensemble, mais cette année ce sera très différent. »

Née à Calgary d’un père russe et d’une mère de l’Europe de l’Est, elle a vécu près de 40 ans à Vancouver avant d’immigrer au Québec afin de rejoindre ses deux enfants, mariés à des Québécois. « La vie est courte et je voulais être près de ma famille, alors mon mari et moi avons déménagé à Québec l’an dernier. »

Compte tenu de l’interdiction de rassemblement, elle et son mari se joindront virtuellement à leurs deux enfants et leurs familles respectives dimanche soir pour célébrer Hanoucca. « Nous allons allumer nos chandelles, dire nos prières, puis manger nos repas ensemble », nous confie-t-elle.

Hanoucca des enfants

Les membres de la communauté ont également préparé des sacs surprises pour les enfants, contenant des toupies, des monnaies en chocolat et des activités de bricolage traditionnelles. « Nous comptons une quinzaine d’enfants dans la communauté. Nous avons commencé la distribution individuelle des sacs samedi dernier au centre communautaire, en portant des masques et en respectant la distanciation physique », explique Mme Rootman.

Elle raconte que lorsque ses enfants fréquentaient la maternelle et le primaire à l’école publique, à Vancouver, elle avait l’habitude de visiter leurs classes pour faire connaître aux enfants non juifs la signification de la fête des lumières. « J’apportais des latkes pour tous et je leur racontais l’histoire de Hanoucca. J’ai voulu faire la même chose dans la classe de ma petite fille ici, mais ma fille m’a dit qu’aucune fête religieuse n’est célébrée dans les écoles du Québec. »

M. Weiser nous confie pour sa part que le parcours de sa mère a instauré en lui un sens d’ouverture envers d’autres cultures. « Ma mère est née au Mexique de parents russes et est déménagée à Québec pour faire un stage après avoir étudié en France. J’ai grandi avec beaucoup de traditions mexicaines chez moi malgré le fait qu’on était juifs et qu’on était à Québec. »

Il ajoute que sans égard à la religion, le temps des Fêtes est une occasion pour revenir à notre enfance. « Ça nous ramène à une époque où la vie était facile, où l’on n’avait pas de stress ni de décisions à prendre, et en plus, on recevait des cadeaux ! » lance-t-il jovialement.

À voir en vidéo