Un groupe antimasque défend les thérapies de conversion

Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles est une organisation basée à Calgary, plus connue sous son sigle en anglais JCCF.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles est une organisation basée à Calgary, plus connue sous son sigle en anglais JCCF.

Une organisation proche des groupes antimasques mène en parallèle une charge contre le projet du gouvernement Trudeau d’interdire les thérapies qui visent à changer l’orientation sexuelle d’une personne. Une curieuse convergence des combats ayant comme point commun d’inclure des éléments de désinformation, de l’avis d’experts.

« Des jeunes qui se disent transgenres ont accès à des processus irréversibles de transition […] approximativement 85 % d’entre eux vont simplement grandir dans leur genre natal [sic] avec le temps », a affirmé Lisa Bildy, avocate du Centre de justice pour les libertés constitutionnelles, lors d’un comité parlementaire sur la justice et des droits de la personne à Ottawa, mardi.

À en croire la présentation de cette organisation basée à Calgary, plus connue sous son sigle en anglais JCCF, le gouvernement Trudeau est influencé par des « idéologues du genre », poussé par des intérêts « d’activistes dans les médias et même dans nos écoles » visant à faciliter la transition de genre des enfants. Autant de raisons pour lesquelles il s’oppose au projet de loi fédéral C-6 qui vise à criminaliser les thérapies qui ont pour objectif de rendre une personne mineure hétérosexuelle ou cisgenre, ou le fait d'obliger quelqu'un à suivre ce genre de thérapies.

Le problème ? Ce discours livré aux élus est empreint de désinformation, selon le Dr Richard Montoro, du Centre d’orientation sexuelle de l’Université McGill. À commencer par la statistique des enfants qui restent cisgenres après une dysphorie de genre, estimée plutôt entre 65-70 %. « À l’enfance, la recommandation est d’encourager les enfants à explorer leur genre, et ne pas nécessairement choisir. C’est seulement à l’adolescence que les gens sont mis devant l’option de transitionner médicalement. »

Les thérapies de conversion forcent plutôt l’enfant ou l’adolescent à renier son identité de genre, explique le médecin psychiatre, qui compte parmi ses patients des survivants de ces traitements controversés que le fédéral vise à interdire. « [Les thérapies de conversion] créent des victimes, et ça continue de créer des victimes même si tous les regroupements de psychiatres y sont opposés. »

Mesure sanitaires

Le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles était ces derniers mois plutôt occupé à pourfendre les gouvernements sur les mesures sanitaires pour lutter contre la COVID-19. L’organisation aide par exemple des citoyens à contester les constats d’infraction d’Albertains pincés à ne pas respecter les règles sanitaires. L’avocate Lisa Bildy a elle-même livré un discours au rassemblement antimasque Ontario Freedom Rally, devant Queen’s Park à Toronto, en novembre.

« La triste réalité est que c’est un virus qui attaque les vieux et les infirmes. Il n’a pas d’impact sur les jeunes et les gens en santé de manière significative, malgré la campagne de peur qui dit le contraire », a-t-elle soutenu devant une foule opposée au port obligatoire du couvre-visage. Les autorités de santé publique soulignent au contraire le danger, pour les jeunes, de transmettre la COVID-19 à d’autres personnes même sans symptômes.

Par courriel, l’avocate Lisa Bildy a nié propager toute désinformation, et précise que le Centre de justice pour les libertés constitutionnelles, une organisation de charité enregistrée, vise à défendre les droits fondamentaux des citoyens inclus dans la Charte canadienne des droits et libertés.

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