Le campement de la rue Notre-Dame démantelé

Les tentes installées sur le site en bordure de la rue Notre-Dame, à Montréal, ont été progressivement retirées, lundi, malgré la frustration de plusieurs campeurs, qui préféraient leur abri de fortune aux règles strictes des refuges.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les tentes installées sur le site en bordure de la rue Notre-Dame, à Montréal, ont été progressivement retirées, lundi, malgré la frustration de plusieurs campeurs, qui préféraient leur abri de fortune aux règles strictes des refuges.

Sous forte présence policière, les autorités ont procédé, lundi, au démantèlement du campement improvisé de la rue Notre-Dame que des sans-abri occupaient depuis l’été.

En matinée, toutes les tentes ont été numérotées et les représentants du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), accompagnés par des équipes en intervention psychosociale, sont passés d’abri en abri afin d’avertir les locataires qu’il leur faudrait quitter les lieux.

Selon Louise Desrosiers, cheffe de section au SIM, des sacs ont été offerts aux campeurs pour qu’ils puissent y mettre leurs biens. Ceux-ci seront entreposés en sécurité, a-t-elle affirmé. « On va prendre le temps qu’il faudra avec les citoyens pour s’assurer que tout se passe bien et de manière sécuritaire », a-t-elle dit.

Mais en fin d’après-midi, les tentes ont été progressivement retirées, malgré la frustration de plusieurs campeurs qui préféraient leur abri de fortune aux règles strictes des refuges. Les sans-logis ont été redirigés vers différentes ressources, dont le YMCA Hochelaga-Maisonneuve et l’hôtel Place Dupuis. Un des campeurs, Jacques Brochu, a même pu obtenir un logement.

Le SIM estimait à une soixantaine le nombre de tentes qui restaient lundi sur le site. « Ces tentes ont été démontées, [répertoriées], désinfectées et entreposées. Les propriétaires pourront venir les chercher d’ici la fin mars 2021 », a indiqué la Ville par courriel.

Incendie

Les autorités tentaient depuis des mois de convaincre les sans-abri de quitter le terrain qui appartient au ministère des Transports du Québec (MTQ), mais sans grand succès. La Sécurité civile a finalement pris la décision de démanteler le camp après qu’un feu eut éclaté dans une tente samedi. Une bougie avait été allumée dans cette tente ; on n’a cependant déploré aucun blessé.

Les forces de l’ordre étaient omniprésentes dans le secteur lundi. Un large périmètre a été bouclé, et l’accès au campement était limité. En avant-midi, des policiers antiémeutes surveillaient de près les dizaines de manifestants venus exprimer leur appui aux campeurs.

Tôt le matin, des manifestants auraient été bousculés et poivrés par des policiers, a soutenu Laury Bacro, organisatrice au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). « Je suis estomaquée par la violence qui est en train de se passer aujourd’hui », a-t-elle dit. Elle s’est étonnée que les policiers antiémeutes aient été déployés contre des manifestants qu’elle jugeait pacifiques.

« Le démantèlement du campement relève d’une logique contre-productive. Une partie des gens vont aller s’installer plus loin », a-t-elle dit.

Manque de logements sociaux

Questionnée sur la décision de la Sécurité civile de démanteler le campement, la mairesse Valérie Plante a dit comprendre la réticence de certains sans-abri de se rendre dans les refuges. « C’est sûr qu’il y a des gens qui vont dire qu’ils sont mieux dans leur tente que dans une chambre double. Je comprends, mais le fait est qu’on ne peut pas laisser ces gens dormir dehors cet hiver. »

L’incendie de samedi aurait pu tourner au drame, car une bonbonne de propane a été trouvée tout près des flammes, a-t-elle rappelé. Dans ce contexte, la décision d’évacuer les lieux était une décision inévitable, selon elle : « Je pense que c’était la bonne chose à faire pour la sécurité. Maintenant, on veut que ça se passe le mieux possible. »

À Montréal, 25 000 personnes sont en attente d’un logement social, a souligné la mairesse en lançant un appel aux gouvernements d’Ottawa et de Québec afin qu’ils accélèrent la construction d’unités. « L’habitation, c’est la responsabilité du gouvernement du Québec. Il ne se construit pas assez d’unités pour les besoins. Avant même la pandémie, il n’y avait pas assez d’unités qui étaient construites. »

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