La pandémie a transformé le visage de la précarité

La semaine dernière, Sylvain Di Lallo séjournait à l’hôtel depuis plusieurs jours avec sa petite amie. Avant cela, il avait passé près de trois mois au campement.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La semaine dernière, Sylvain Di Lallo séjournait à l’hôtel depuis plusieurs jours avec sa petite amie. Avant cela, il avait passé près de trois mois au campement.

La récente apparition de campements de fortune à Montréal, comme celui en bordure de la rue Notre-Dame, démontre à quel point la pandémie de coronavirus a rendu l’itinérance plus apparente que jamais et a perturbé l’accès aux services d’aide, estiment des experts et des intervenants du milieu.

« Il y a des gens qui ont perdu leur maison et les endroits où ils restaient à cause de la COVID-19 », fait valoir Samuel Watts, le président-directeur général de la Mission Bon Accueil. « Combien ? Ce n’est pas clair. »

Serge Lareault, le commissaire montréalais aux personnes en situation d’itinérance, affirme que la pandémie a rendu ces dernières plus visibles. Les personnes sans abri avaient l’habitude de se poser dans des restaurants ou des centres de jour, mais les mesures sanitaires les en ont empêchées, observe-t-il. À Montréal, les restaurants, les cafés et les bibliothèques sont fermés depuis le 1er octobre.

« Nous avons l’impression qu’il y a une augmentation de l’itinérance, ou du moins une demande accrue des services d’hébergement d’urgence », rapporte M. Lareault. Il ne manque pas pour autant de places dans les refuges, soutient-il.

La Ville de Montréal a doublé le nombre de lits disponibles dans son réseau d’hébergement, avec l’ajout, entre autres, de 380 lits grâce à l’hôtel Place Dupuis, qui est maintenant géré par la Mission Bon Accueil.

La semaine dernière, Sylvain Di Lallo séjournait à l’hôtel depuis plusieurs jours avec sa petite amie. Avant cela, il avait passé près de trois mois au campement. Le temps froid l’avait décidé à se rendre au refuge.

L’homme âgé de 51 ans dit travailler comme laveur de vitres de gratte-ciel, mais le travail fait défaut depuis le début de la crise. Le plus gros client de son employeur, une université du centre-ville de Montréal, a annulé son contrat, et les laveurs de vitres ne peuvent pas travailler lorsqu’il pleut ou qu’il neige. Il espère que le travail reviendra au printemps.

M. Di Lallo dit qu’il vivait dans un appartement et qu’il était sur le point de déménager lorsque l’argent de son loyer lui a été volé. Il est déjà assez difficile de trouver un appartement abordable à Montréal, et sa mauvaise cote de crédit complique les choses encore davantage, explique-t-il.

Séjourner à l’hôtel Place Dupuis « n’est pas trop mal », dit-il. Il y a une douche dans la chambre et, même s’il n’y a pas de télévision, il y a une connexion wifi. Il peut rester avec sa petite amie — ce qui n’est pas possible dans un refuge traditionnel — , mais il doit se présenter environ une heure avant l’ouverture des portes pour qu’ils puissent avoir une chambre ensemble.

Logements permanents

M. Watts souligne que l’objectif de Mission Bon Accueil n’est pas seulement d’offrir un endroit où passer la nuit au chaud. « C’est aussi pour que nous puissions les aider à rencontrer des gens qui vont les aider à retrouver un logement permanent », souligne-t-il. Pour ce faire, il faut comprendre les besoins des gens, rappelle-t-il, qui ne sont pas les mêmes pour un homme qui vit à la rue depuis deux ans ou pour une femme qui a fui une situation de violence accompagnée de ses deux enfants, par exemple.

Bien que le nombre de personnes en situation d’itinérance à Montréal n’ait pas augmenté de manière considérable, les autres services de la Mission Bon Accueil sont davantage mis à contribution. Environ 1500 personnes supplémentaires profitent de ses programmes gratuits d’aide alimentaire depuis le début de la pandémie.

La Porte ouverte, un centre de jour du Plateau-Mont-Royal à Montréal, est ouvert 24 heures sur 24 depuis la semaine dernière. Le coordonnateur de l’équipe d’intervention, John Tessier, note que beaucoup de nouveaux visages fréquentent désormais l’organisme.

Il fut un temps où les refuges pour sans-abri se contentaient de fournir « un repas, un lit et une douche », mais ce temps est révolu, selon James Hughes, président et chef de la direction de Mission Old Brewery. Les organismes se concentrent désormais sur la question du logement.

Sur les centaines de personnes que son organisme aide à trouver un toit chaque année, M. Hughes estime que 93 % d’entre elles conservent ce logement. Mais il n’y a pas suffisamment de logements disponibles, surtout pour les personnes qui vivent de l’itinérance chronique et qui ont besoin de services adaptés. Le problème de l’itinérance à Montréal est maintenant un problème de logements sociaux, avance-t-il.

Ceux qui sont passés par le campement dans l’est de Montréal ne le savent que trop bien.

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