Un racisme plus violent depuis le début de la pandémie, selon la communauté asiatique du Québec

La hausse d’agressions se constate un peu partout au Québec, selon les administratrices du groupe d’entraide contre le racisme envers les Asiatiques au Québec.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La hausse d’agressions se constate un peu partout au Québec, selon les administratrices du groupe d’entraide contre le racisme envers les Asiatiques au Québec.

Le 7 septembre dernier, un chauffard fauche une dame d’origine chinoise à Brossard. Même si le Service de police de Longueuil (SPVL) assure que l’homicide n’a aucun lien avec l’origine de la victime, le doute court parmi la communauté chinoise de la Rive-Sud.

« Il y a une perte du sens de sécurité », confie la directrice générale du centre sino-Québec, Xixi Li. « Les enfants doivent faire attention quand ils marchent sur le trottoir, assure-t-elle. Les gens craignent de sortir durant la soirée. » D’habitude discrets, les membres de la communauté chinoise ne cherchent « pas de provocation avec les autres », mentionne pourtant Mme Li. « Je n’ai jamais vécu une situation comme ça. J’ai toujours pensé que j’étais une Québécoise ou une Canadienne, mais dans ce moment, je suis Chinoise. C’est plate. »

Informé de ce sentiment, le relationniste du SPVL Ghislain Vallières se dit « surpris », car il indique n’avoir constaté aucune hausse d’agressions à caractère racial envers les Asiatiques. Il compte cependant « demander une plus grande vigilance » de la part du corps policier.

Pourtant, depuis le début de la pandémie, la hausse d’agressions se constate bel et bien un peu partout au Québec, selon les administratrices du groupe d’entraide contre le racisme envers les Asiatiques au Québec.

Julie Tran, l’une des administratrices du groupe et résidente de l’Outaouais, dit avoir remarqué un « changement drastique » depuis le début de la crise de la COVID-19. « On ne se sent pas en sécurité d’aller dans une épicerie non asiatique, parce qu’on craint de subir des agressions verbales, soit en région, soit à Montréal. Donc il y a un changement flagrant dans nos vies quotidiennes pour éviter de vivre ces agressions-là, parce qu’on a des appréhensions. »

Un chauffeur qui refuse l’entrée à bord à une dame asiatique, une autre femme qui dit avoir reçu des crachats aux visages, un citoyen qui pique une colère sans raison : les témoignages recueillis par le groupe d’entraide sont nombreux et variés.

« Ça s’est calmé durant le déconfinement, mais on voit ça encore et encore », ajoute Sarah-Le Côté, une des gestionnaires du groupe fondé en mars dernier. Elle confie avoir reçu le témoignage d’une dame qui, tentant de vendre sa propriété en région, avait écrit une mise en garde aux potentiels acheteurs asiatiques en raison du mauvais traitement qu’elle subissait autour d’elle.

« Mon frère travaille à l’hôpital. Quand il entrait dans la chambre des patients, on demandait : “Êtes-vous le coronavirus ?” » raconte une autre membre du groupe, Laura Luu. Selon elle, il ne s’agit que de la « pointe de l’iceberg », car les personnes d’origine asiatique ne sont « pas du tout du genre à rapporter à la police ».

Encourager la dénonciation

« [Les générations précédentes] ne croient pas qu’on peut combattre le racisme, explique Mme Luu. C’est vraiment une façon de penser de nos parents, une génération qui dit que non, on ne peut rien faire, que ce n’est pas grave alors, qu’il faut laisser passer. Mais notre génération, parce qu’on est nés et élevés ici avec la culture québécoise, croit qu’on a des droits et qu’on pourrait être un peu plus vocaux. On est québécois aussi. »

Elle espère que la pandémie saura déclencher une prise de conscience chez la nouvelle génération de Québécois d’origine asiatique. « On essaye de défaire ce mauvais apprentissage, parce que ça nous blesse. Il y a les micro-agressions, on peut l’endurer, mais avec la pandémie, il y a des agressions physiques. C’est devenu plus violent, il faut qu’on réagisse. On ne peut pas laisser passer ça. »

Porter plainte à la police constitue une solution, mais Laura Luu invite aussi les parents à discuter de racisme avec leurs enfants, à la manière de la communauté noire dans laquelle « tes parents t’apprennent à dire que si jamais on t’agresse, si on te dit quoique ce soit, ce n’est pas correct, tu réponds ».

À Brossard, même si « la solidarité manque », Xixi Li confie avoir reçu des appels et des messages de soutien de la part d’autres Québécois. « Ça nous fait très chaud au cœur. C’est très important pour nous d’avoir une vie harmonieuse avec les autres communautés. »

Ces agressions ne semblent d’ailleurs pas généralisées au Québec. Jen Yang, résidente de Québec, indique n’avoir jamais ressenti de discrimination de la part d’autres Québécois. « Je n’ai jamais entendu mes amis chinois parler de ça. Les problèmes de la communauté chinoise sont les mêmes que les autres personnes. »

À Drummondville également, dans la « très petite communauté » chinoise, le principal problème vient de la chute des revenus pour les petites entreprises, dit Diane Huang, propriétaire d’un motel. « On va passer à travers », souffle-t-elle.

L’organisme Project 1907, qui collige les cas de racisme anti-asiatique partout au Canada, rapporte plus de 600 incidents durant les six premiers mois de la pandémie, dont le tiers impliquant de la violence physique.

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