La politique de vaccination contre la COVID-19 en Alberta, un terrain à défricher

L’Alberta a annoncé que près de 435 000 Albertains se verront proposer un vaccin au cours du premier trimestre de l’année prochaine.
Photo: Joe Klamar Agence France-Presse L’Alberta a annoncé que près de 435 000 Albertains se verront proposer un vaccin au cours du premier trimestre de l’année prochaine.

Le gouvernement albertain se dit prêt à recevoir et à distribuer le vaccin au cours de l’année 2021. Cependant, nul ne sait encore ce qu’il adviendra précisément de la politique de vaccination dans la province.


L’Alberta a annoncé que près de 435 000 Albertains se verront proposer un vaccin au cours du premier trimestre de l’année prochaine. À l’instar du Royaume-Uni, premier pays à autoriser dès la semaine qui suit le vaccin Pfizer/BioNTech contre la COVID-19, est-ce que le vaccin Pfizer sera celui utilisé pour vacciner les habitants de l’Alberta ?

Dans un sondage en date du 16 novembre, la firme de sondage Léger s’est penchée sur cette question, en interrogeant 1522 Canadiens de la province sur la venue de ce vaccin et son usage éventuel dès avril 2021. « Ce vaccin nécessiterait que vous receviez deux doses sur une période de deux semaines. Prendriez-vous ce vaccin au printemps 2021 ? » En Alberta, 20 % ont répondu qu’ils ne savent pas, 28 % le refuseraient carrément, contre 52 % qui ont répondu par l’affirmative.

Des chiffres qui frisent le 50/50. Car les incertitudes, mais aussi les inquiétudes, demeurent quant aux effets au long cours concernant une conception qui aura mis moins d’un an à se faire.


Ubaka Ogbogu, professeur associé à la Faculté de droit de l’Université de l’Alberta depuis 2011, et spécialisé dans la politique de vaccination explique que l’autorisation d’un vaccin ne peut se faire sans l’aval d’un organisme de réglementation en matière de santé. « Santé Canada doit mener sa propre évaluation indépendante du vaccin », rappelle-t-il.

 

« Je pense que cela se fera par un processus accéléré similaire à celui du Royaume-Uni. Si tout se passe bien, les Canadiens devraient s’attendre à ce que le vaccin soit distribué au cours du premier trimestre 2021 », poursuit-il. Un discours qui vient corroborer l’annonce de la veille de Jason Kenney, concernant la disponibilité prochaine d’un vaccin contre la COVID-19.

Politique de vaccination

Face aux doutes d’une portion de la population albertaine, le gouvernement pourrait-il rendre alors la vaccination obligatoire ? Pour Ubaka Ogbogu, « il peut, mais je ne pense pas qu’il doit le faire », explique-t-il.

Selon ses évaluations, il faut s’attendre à assister à une augmentation de la demande par rapport à l’offre de vaccins disponibles. De façon générale, « Le Canada n’a pas constitué de stocks suffisants pour vacciner l’ensemble de la population », note-t-il. Une réalité d’autant plus vraie pour la province de l’Alberta.

Pour le professeur en droit de l’Université de l’Alberta, la question de la vaccination obligatoire n’est non seulement pas centrale, mais également sans objet.

La vraie question est ailleurs. « Plutôt que de discuter de la vaccination obligatoire, nous devrions nous concentrer sur l’élaboration de critères d’attribution, afin de garantir que ceux qui en ont le plus besoin l’obtiennent en premier; nous devrions nous concentrer aussi sur la logistique de distribution [le vaccin nécessite un entreposage très froid, des équipements et des processus spécialisés pour sa distribution] et sur la transparence des processus », résume-t-il.


Pour les plus sceptiques, M. Ogbogu souhaite faire une campagne de sensibilisation, pour lutter contre la désinformation sur les vaccins.

Enseignements

À la suite de « l’expérience » de la COVID-19, quelles seront les leçons à tirer, mais aussi les mesures à prendre en matière de politique de vaccination au niveau provincial ?


Sur la base de son expertise, le professeur entrevoit déjà l’élaboration de critères d’attribution clairs pour les vaccins (et éventuellement pour d’autres thérapies de pointe) qui sont très demandés selon lui, par rapport à l’offre. « Je pense également que nous allons apprendre beaucoup sur la manière de concevoir des programmes de vaccination pour faciliter leur bonne utilisation. J’espère en tout cas que ce sera le cas », conclut-il.

En attendant, si l’année 2020 s’achève avec la garantie de donner un vaccin à près de 435 000 Albertains, en 2021, la situation, elle, devient de plus en plus critique. Aux dernières nouvelles, l’Alberta prépare un plan de contingence dans lequel elle demande l’aide du gouvernement fédéral et de la Croix-Rouge, afin de soulager ses services de soin en santé.