Revers en cour pour un couple d’ex-hassidiques dans sa requête contre Québec

Yochonon Lowen et Clara Wasserstein estiment avoir été abandonnés par le système d’éducation dans des écoles illégales de leur ancienne communauté.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Yochonon Lowen et Clara Wasserstein estiment avoir été abandonnés par le système d’éducation dans des écoles illégales de leur ancienne communauté.

Un couple d’ex-hassidiques a été débouté en Cour supérieure jeudi. La poursuite intentée contre Québec, un rabbin et plusieurs écoles ultra-orthodoxes a échoué, n’ayant pas convaincu le juge qu’ils ont été abandonnés par le système d’éducation.

« Non seulement le processus de scolarisation de matières séculaires est-il bien engagé, mais la situation d’école illégale est beaucoup mieux encadrée depuis les changements législatifs » de 2017, a conclu le juge Martin Castonguay dans sa décision rendue jeudi.

Aux yeux du magistrat, ce qu’ont vécu Yochonon Lowen et Clara Wasserstein lorsqu’ils étaient aux études dans la communauté Tash de Boisbriand appartient au passé. Il a donc rejeté leur requête contre le gouvernement québécois, la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles, six écoles hassidiques et le rabbin Elimelech Lowy, qui, selon le couple, « violent le droit des enfants de leur communauté de recevoir l’éducation à laquelle ils ont droit », comme le prévoit la Loi sur l’instruction publique.

M. Lowen et Mme Wasserstein ont grandi au sein du groupe Tash, avant de le quitter en 2007. Leur scolarité presque exclusivement religieuse les a laissés « complètement démunis pour fonctionner dans la société en général », note la requête. L’enseignement était donné en yiddish, laissant de côté les matières de base, telles que les mathématiques, la géographie, l’histoire et la biologie.

Devant le tribunal en février dernier, les avocats du couple ont tenté de démontrer que Québec n’a rien fait, ou si peu, pendant des décennies pour assurer l’éducation laïque des enfants Tash. Le gouvernement et la communauté ont reconnu les problèmes passés, mais plaidé que les réformes entreprises depuis 2017 ont permis de les régler.

En vertu de ces changements législatifs, les élèves inscrits dans des écoles religieuses doivent désormais suivre un enseignement séculier à la maison, conformément au cursus scolaire dans toutes les matières. Ils doivent aussi passer les examens du ministère. Les inspections sans préavis d’écoles potentiellement illégales ont par ailleurs été facilitées.

« L’État s’est donné les moyens pour que la difficulté ayant eu cours auparavant n’existe plus », estime le juge Martin Castonguay, bien que ces moyens ont rencontré de la résistance auprès des Tash.

Le cheminement scolaire « de presque tous les étudiants » des communautés hassidiques de Boisbriand et de Montréal est « satisfaisant », écrit-il, s’appuyant sur trois rapports déposés en preuve lors du procès. « Évidemment, il s’agit d’un processus ardu, tant pour les élèves que les parents, qui partent de loi. »

En rejetant leur requête, le magistrat a néanmoins tenu à exprimer « sa plus profonde empathie » à l’égard de Yochonon Lowen et de Clara Wasserstein, parents de quatre enfants. Il s’interroge d’ailleurs « si les véritables auteurs des atteintes aux droits des demandeurs répondront un jour de leurs actions ».

Réactions

« Le jugement confirme que les demandeurs, comme tous les enfants de leur communauté à cette époque, n’ont pas reçu l’éducation à laquelle ils avaient droit en vertu de la loi », a réagi l’avocate des Lowen, Clara Poissant-Lespérance, par voie de communiqué.

Le couple réfléchit actuellement à porter le jugement en appel. Il déplore que le magistrat n’ait pas conclu que les écoles religieuses des communautés hassidiques sont illégales. « Cette situation continue de préoccuper le couple Lowen, qui y voit un frein à la scolarisation de ces enfants », indique Me Poissant-Lespérance.

Les principaux intéressés n’ont pas accordé d’entrevues aux médias.

« On est très heureux que le juge Castonguay ait retenu le fait que la situation aujourd’hui telle qu’il la voit est nettement améliorée », a commenté de son côté le directeur de l’Association éducative juive pour l’enseignement à la maison, Jacob Maman.

« Beaucoup d’efforts ont été faits par les familles de la communauté Tash ces dernières années pour arriver au point où on est. Et notre souhait est que la coopération entre nous et les autorités continuent pour le bien-être des enfants », a-t-il ajouté.

La décision de jeudi n’a pas surpris Pierre Anctil, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste de la culture juive. « C’est très difficile de retourner en arrière de la sorte, et ce n’est certainement pas une porte que le tribunal voulait ouvrir », analyse-t-il, rappelant que le couple « poursuivait rétroactivement le gouvernement pour une situation jugée défavorable il y a une trentaine d’années ».

Le jugement ne l’inquiète pas, alors que les mesures prises par Québec depuis trois ans « semblent fonctionner assez bien » auprès des communautés hassidiques. « Si le juge avait donné raison aux plaignants, là, on aurait compris que la situation n’a pas été réglée de manière acceptable. »

Celle-ci n’est pas parfaite, concède-t-il. Mais le fait que les parents et les élèves de ces groupes ultra-religieux soient suivis par les centres de services scolaire et soumis à un encadrement législatif, « c’est ça qui compte », selon lui.