Qui doit mener la relance du Québec?

Institut du Nouveau Monde Collaboration spéciale
Il faut revoir le rôle des villes et les mettre au cœur de la relance post-COVID-19, croit le professeur Jonathan Durand Folco.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Il faut revoir le rôle des villes et les mettre au cœur de la relance post-COVID-19, croit le professeur Jonathan Durand Folco.

Ce texte fait partie du cahier spécial L'état du Québec 2021

Dans L’état du Québec 2021, tout comme dans la société en général, les pistes de solution pour la relance sont nombreuses. Mais qui doit mettre en place ces actions ? Le gouvernement fédéral ? Le gouvernement du Québec ? Les villes ? La société civile ?

Quant au gouvernement du Québec, en plus de se charger de la mise en place du confinement, c’est sur lui que retombe la responsabilité de la santé de la population. Même si la question des compétences constitutionnelles peut sembler très technique, « c’est tout le contraire », rappelle le chroniqueur et stratège Harold Fortin. C’est que la contribution fédérale en santé « a diminué de plus de 25 % au cours des dernières décennies [donc] il est essentiel que cette contribution soit augmentée et respecte les compétences du Québec ».

Pour Harold Fortin, la relance doit donc passer par un rehaussement des paiements fédéraux en santé, mais c’est aussi une occasion pour les gouvernements « de construire du neuf, d’abandonner les promesses politiques racoleuses et de nous parler de leur vision de l’avenir ».

Pour une relance écologique

Cette vision d’avenir doit s’articuler, pour les gouvernements, dans un contexte de « crise économique », disent Luc Godbout, Yves St-Maurice et Suzie St-Cerny de la Chaire de recherche en fiscalité et finances publiques dans les pages de L’état du Québec 2021. Cette crise « inédite découle de la “mise sur pause” de l’économie, imposée par les gouvernements, pour tenter de freiner la propagation du virus ». Cela dit, le gouvernement du Québec doit adapter sa Loi sur l’équilibre budgétaire et poursuivre ce que devait être l’année 2020 avant la pandémie : l’année de l’environnement. Pour le plan de relance, « l’écofiscalité et une réglementation efficace devraient être utilisées pour structurer les investissements dans ce domaine et orienter le développement des marchés », proposent Luc Godbout, Yves St-Maurice et Suzie St-Cerny.

Les villes aussi peuvent être le lieu pour s’attaquer aux changements climatiques. À la démondialisation nationale, Jonathan Durand Folco, oppose ainsi le projet d’une « relocalisation municipale et régionale, ouverte et solidaire, comme levier d’une augmentation de la justice sociale, de la vitalité démocratique, de la viabilité écologique et de la solidarité internationale ». Il s’agit de poursuivre la volonté de revoir le rôle des villes et de les mettre au cœur de la relance post-COVID-19.

La transition écologique juste était aussi au cœur des revendications des mouvements sociaux avant le mois de mars. Parce que les « décisions politiques se prennent actuellement dans une “démocratie confinée” », dit la professeure de science politique Pascale Dufour, ils ont aujourd’hui plus de difficulté à mettre de la pression pour faire avancer leurs causes. Elle cite en exemple « le mouvement étudiant québécois […], très actif en 2019 quant aux questions environnementales, qui n’a pu mettre en œuvre des mandats de grève générale illimitée adoptés pour l’hiver 2020 ».

Miser sur l’innovation sociale

Les mouvements sociaux pourraient donc faire avancer la relance en élargissant le débat et en repoussant les frontières des possibles, indique Pascale Dufour, mais la situation présente est difficile pour eux. Au lendemain du déconfinement, « il s’agira de faire exister un conflit social qui pour le moment semble mis entre parenthèses ».

D’autres, comme la conseillère à la Maison de l’innovation sociale Mélanie Bisson, proposent de résoudre ces conflits avec l’innovation sociale. Cette dernière « contribue à mettre de l’huile dans les engrenages souvent grinçants de nos collaborations en favorisant l’hybridation de différentes visions du monde ».

Les innovations sociales, fait-elle remarquer, se heurtent néanmoins à des inégalités, des discriminations systémiques, des lois, des normes, des règlements et du capital qui limitent « l’atteinte de nos visées communes ». Ce sont donc autant d’enjeux sur lesquels toutes et tous, gouvernements et villes, société civile et entreprises, devront se pencher pour une relance réussie.

À lire à ce sujet dans «L’état du Québec 2021»

La relance du Québec sous l’angle des municipalités

« Les municipalités comme tremplin de l’après ? »
(Jonathan Durand Folco)

 

La relance du Québec sous l’angle de la politique
« La politique québécoise et fédérale en 2021 : des défis nombreux et complexes »
(Harold Fortin)

 

La relance du Québec sous l’angle des finances publiques
« Réflexions autour des défis de relance et des finances publiques à l’ère de l’ “avec-COVID-19”»
(Luc Godbout, Yves St-Maurice, Suzie St-Cerny)

 

La relance du Québec sous l’angle de la démocratie
« Action collective, démocratie et crise sanitaire »
(Pascale Dufour)

La relance du Québec sous l’angle de l’innovation sociale
« Mailler nos différences : un pari pour la transition »
(Mélanie Bisson)