Demandeurs d’asile: les «anges gardiens» ne seront pas renvoyés

L’Agence des services frontaliers soutient que sa décision de recommencer à appliquer les mesures de renvoi des demandeurs d’asile déboutés est motivée par la réouverture de certains pays. Sur la photo, des manifestants ont réclamé, le 21 novembre, à Montréal, la régularisation du statut d’immigration des travailleurs essentiels.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L’Agence des services frontaliers soutient que sa décision de recommencer à appliquer les mesures de renvoi des demandeurs d’asile déboutés est motivée par la réouverture de certains pays. Sur la photo, des manifestants ont réclamé, le 21 novembre, à Montréal, la régularisation du statut d’immigration des travailleurs essentiels.

Même si les anges gardiens visés par le programme de régularisation ne seront apparemment pas renvoyés, la reprise des expulsions, lesquelles viseraient néanmoins tous les autres demandeurs d’asile déboutés, continue d’inquiéter.

« On n’est pas du tout rassuré », a indiqué Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des immigrants (TCRI) et porte-parole de la Coalition pour la régularisation des statuts. « [L’Agence des services frontaliers] ne sait pas du tout qui est un ange gardien ou pas, alors c’est comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de ces personnes qui travaillent en ce moment. Elles ne savent même pas si elles vont être renvoyées ou pas. »

Lundi, Le Devoir rapportait que l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) avait décidé qu’à compter du 30 novembre, elle reprendrait ses opérations de renvoi pour tous les ressortissants étrangers interdits de territoire au Canada. L’ASFC n’avait toutefois pas été en mesure d’indiquer au Devoir si cette décision allait concerner les demandeurs d’asile qui se qualifient dans l’entente de régularisation du statut des anges gardiens entre Québec et Ottawa, entente qui doit entrer en vigueur incessamment. Mardi matin, elle a apporté cette précision, en mentionnant que les anges gardiens ne seront pas renvoyés. « L’Agence ne renverra pas les personnes qui pourraient être admissibles à la résidence permanente dans le cadre de la politique publique des anges gardiens. »

Wilner Cayo, président de l’organisme Debout pour la dignité et membre de la Coalition pour la régularisation des statuts, dit avoir reçu la nouvelle de la reprise des expulsions comme un « coup de massue ». Car même si Ottawa soutient que les travailleurs essentiels admissibles au programme ne seront pas renvoyés, ce risque d’être expulsé est bien réel pour tous les autres travailleurs essentiels. « Comment expulser quelqu’un dans un contexte de pandémie ? On ajoute à ce stress déjà difficile à vivre pour ces gens. C’est inhumain, a-t-il déclaré. Pour nous, le Canada doit faire preuve de respect de ces humains-là qui ont tout donné et qui ont continué de s’investir sans avoir droit à la reconnaissance que d’autres travailleurs auront. Alors, qu’on n’ajoute pas à leur fardeau. »

Élargissement du programme ?

Wilner Cayo se dit d’autant plus surpris de constater que les renvois reprendront qu’il avait eu l’assurance du ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, et du leader en Chambre et lieutenant du Québec, Pablo Rodriguez, que l’objectif était non pas d’expulser qui que ce soit, mais plutôt de régulariser la situation de tous les demandeurs d’asile en sol canadien. « Ma compréhension était qu’ils souhaitaient aller beaucoup plus loin que ce qu’ils avaient annoncé au mois d’août et qu’ils ne se limiteraient pas [à régulariser la situation] des personnes travaillant dans la santé, que ça irait plus loin que ça », a dit M. Cayo, en faisant état d’une conférence téléphonique qu’il a eue vendredi dernier avec les deux élus libéraux.

Selon lui, même si le gouvernement du Québec n’est pas ouvert actuellement à l’élargissement du programme, rien n’empêche le gouvernement fédéral d’aller de l’avant. « Politiquement parlant, froisser le Québec n’est pas bienvenu, car l’immigration est un champ de compétence partagé. Mais le fédéral peut quand même aller de l’avant. Le Québec ne peut pas prendre en otage tout le Canada. »

Invité à commenter ces questions, le cabinet du ministre de l’Immigration s’est contenté de dire que, si Québec souhaite élargir le programme, « la porte du ministre Mendicino est toujours ouverte ». La ministre de l’Immigration du Québec, Nadine Girault, a pour sa part réitéré qu’aucun élargissement n’était prévu et que le programme spécial des demandeurs d’asile sera maintenu « tel qu’il a été annoncé en août dernier ».

Reprise des expulsions

Par ailleurs, la ministre Girault n’a pas voulu se prononcer sur le bien-fondé de la reprise des expulsions à ce stade-ci de la deuxième vague. « La gestion des frontières et la procédure relative aux renvois relèvent uniquement du gouvernement fédéral […] qui prend la décision de renvoyer les personnes interdites de territoire selon des critères qu’il fixe », a affirmé au Devoir l’attachée de presse de son cabinet, Flore Bouchon.

L’Agence des services frontaliers soutient que sa décision de recommencer à appliquer les mesures de renvoi a été notamment motivée par la réouverture progressive des pays et par l’émergence des divers scénarios de vaccins. Les expulsions qui reprennent ces jours-ci ne concernent toutefois pas les ressortissants de 14 pays, comme Haïti et la Syrie, à qui l’Agence des services frontaliers du Canada offre un sursis, notamment parce que la situation y est trop dangereuse.

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