La traite de personnes reste méconnue en régions

Dans près de 90% des cas, il s’agit d’exploitation sexuelle et, comme dans les grands centres urbains, ce sont davantage les femmes qui en sont victimes.
Photo: iStock Dans près de 90% des cas, il s’agit d’exploitation sexuelle et, comme dans les grands centres urbains, ce sont davantage les femmes qui en sont victimes.

Une recherche publiée mardi lève le voile sur la réalité de la traite de personnes dans les Laurentides, au nord de Montréal, où 315 citoyens ont été victimes particulièrement d’exploitation sexuelle dans les cinq dernières années. Cette étude révèle aussi une méconnaissance de ce phénomène en région puisqu’il est souvent associé aux grands centres urbains.

« Les données que nous dévoilons ne représentent que la pointe de l’iceberg. Elles nous permettent de confirmer l’existence du phénomène dans les Laurentides et de nous assurer qu’on se sent tous concernés », mentionne Nathalie Khlat, cofondatrice et directrice de projets au Phare des AffranchiEs.

C’est après avoir constaté qu’il existait très peu de données sur la problématique que l’organisme, qui œuvre auprès des victimes de traite, s’est associé au Cégep de Saint-Jérôme pour la documenter. « C’est un sujet qui n’était pas abordé parce que les gens pensent encore que ça se passe davantage à Montréal ou à Québec », souligne Mme Khlat.

Or, les travailleurs d’organisations susceptibles d’être en contact avec des victimes en ont recensé 315 dans l’ensemble des huit territoires des Laurentides et soupçonnent également 80 autres cas possibles. À noter qu’une victime peut avoir été comptabilisée plus d’une fois si elle a fait appel à différents organismes.

 
315
C’est le nombre de victimes de traite de personnes dans les Laurentides qu’ont pu documenter les auteurs de l’étude.

Dans près de 90 % des cas, il s’agit d’exploitation sexuelle et, comme dans les grands centres urbains, ce sont davantage les femmes qui en sont victimes. L’étude parle de 64,8 % de femmes adultes et 30,8 % de filles mineures. Dans une plus faible proportion, 5,8 % des victimes ont été exploitées au sein de leur foyer, souvent dans des tâches domestiques, et 3,6 % ont été exploitées à des fins de travail.

« Sous le radar »

Des chiffres qui sous-estiment l’ampleur du phénomène, puisque, des 185 répondants, provenant des milieux communautaire, judiciaire, policier, de la santé et de l’éducation, seuls 53 ont été en mesure d’identifier des victimes.

« Clairement, il y a des victimes qui passent sous le radar », dit Édith de la Sablonnière, chercheuse principale et professeure de psychologie au cégep de Saint-Jérôme.

L’étude révèle également une grande méconnaissance de la problématique de la traite de personnes. « Il y a 40 % des participants qui ont indiqué ne pas savoir où référer une victime. C’est une donnée qui témoigne du manque criant de formation et qui est inquiétante puisque des victimes peuvent souffrir en silence », note Mme de la Sablonnière.

Cette première phase de l’étude recommande d’ailleurs aux organismes de bonifier la formation offerte à leur personnel afin de s’assurer de non seulement identifier les victimes potentielles, mais aussi de répondre aux besoins de celles qui cherchent de l’aide.

L’année 2021 sera consacrée à un deuxième volet qui permettra de comprendre les causes du phénomène et ses conséquences chez les victimes. « En région, le phénomène peut être très subtil. Ça se passe souvent sur Internet, dans des lieux de location de courte durée, parfois même dans des hôtels. On veut pouvoir discuter directement avec des victimes pour documenter leurs besoins, du moment où de l’aide leur est offerte jusqu’à leur rétablissement », indique Mme de la Sablonnière.

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