Rivière Etchemin - Visa le noir, tua le blanc

En voulant faire une «bonne action» pour «offrir aux habitants un agréable bruit de cascade d'eau», le groupe AXOR a fermé pendant au moins un an un canal de dévalaison des poissons sur son barrage de la rivière Etchemin. Un geste qui choque le Comité de restauration de la rivière Etchemin (CRRE), inquiet de voir ralentir 11 ans d'efforts pour repeupler la rivière.

Alerté au sujet du problème ce printemps par le CRRE, la Société de la faune et des parcs du Québec (FAPAQ) a dépêché un observateur au barrage Jean-Guérin, près de Saint-Henri, dans la région de Québec. Celui-ci a pu voir que le canal de dévalaison, une voie de contournement qui permet aux poissons d'éviter d'être entraînés dans la turbine et de franchir la prise d'eau de manière sécuritaire, n'était effectivement pas utilisable. Pourtant, le ministère de l'Environnement et de la Faune avait inscrit, dans le certificat d'exploitation de la petite centrale hydro-électrique de 5,5 MW, l'obligation d'avoir en activité cette «voie navigable pour poissons», comme la décrit André Bélisle, président du CRRE.

Bonne foi

La FAPAQ a donc envoyé en mai une ordonnance à AXOR, maison mère de la Société d'énergie rivière Etchemin (SERE), pour qu'elle remette immédiatement en activité l'échelle de dévalaison. «Et ç'a été fait dans les deux heures», assure Bertrand Lastère, ingénieur à la SERE, qui dit que le canal a été fermé pendant un an.

Ce dernier explique que l'entreprise a pensé «bien faire» en fermant l'issue. «On est certains qu'il n'y a pas de poissons à cet endroit. La qualité de l'eau est déplorable. En fermant l'échelle de dévalaison, on augmente le débit de l'eau qui passe ainsi par-dessus le barrage, ce qui permet aux gens d'entendre un joli bruit d'eau.» M. Lastère reconnaît qu'il n'y a pas eu d'étude faite pour mesurer la population de poissons avant de fermer l'accès. «On a fait une évaluation sommaire, d'après l'état de l'eau et ce qu'on voit.»

L'argument fait sourire André Bélisle. «Je pêche souvent dans cette rivière. On a investi 500 000 $ depuis 1993 pour l'améliorer. Ça fait huit ans que le CRRE met à l'eau 1000 alevins de saumon avec des jeunes. La FAPAQ a des études qui démontrent qu'il y a des poissons, et le ministère a reconnu que ça prenait une échelle de dévalaison. Alors, qu'on dise qu'il n'y a pas de poissons parce qu'on en voit pas et qu'on ferme ensuite leur voie de sortie, c'est gros.»

Sans échelle de dévalaison, la CRRE affirme que les poissons sont happés par l'appel d'eau ou font le grand saut le long des 23 mètres de la cascade. «Le canal n'est pas là pour rien, même si ce n'est pas le secteur le plus peuplé et le plus propre de la rivière», rappelle M. Bélisle, qui ne pouvait par contre évaluer hier le nombre des poissons possiblement victimes de cette mesure.