Le Québec en mauvaise posture à l’approche de Noël

À l’approche des Fêtes, le nombre de cas quotidiens de COVID-19 ne faiblit pas au Québec, frôlant le plateau des 1400. Un record a même été atteint samedi avec 1480 nouveaux cas enregistrés. Pourtant, des contestataires continuent de défier les règles sanitaires et promettent de multiplier leurs actions d’ici Noël.

« Je comprends que certaines personnes n’en peuvent plus et sont à bout de toutes ces mesures et restrictions sociales, mais il ne faut pas minimiser les risques », prévient Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Au cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, on insiste sur l’importance de faire baisser le nombre de cas quotidien d’ici le mois de décembre afin que les Québécois soient autorisés à célébrer Noël. « Le Québec devra être dans une bonne situation épidémiologique en décembre pour qu’il y ait des rassemblements privés durant le temps des Fêtes. La situation est en évolution constante. La deuxième vague frappe toujours », indique-t-on.

Au cours de la fin de semaine, la situation a continué de se dégrader à travers le Québec. Dimanche, sur l’île de Montréal, on a rapporté 437 nouveaux cas, alors qu’on en recensait 219 le 24 novembre dernier. On a également dépassé la barre des 100 nouveaux cas dans la Capitale-Nationale (167), en Montérégie (137), à Laval (120) ainsi qu’au Saguenay–Lac-Saint-Jean (104).

À Québec, des militants anti-masques se sont donné rendez-vous samedi devant l’Assemblée nationale pour manifester contre les mesures sanitaires du gouvernement Legault. Le Service de police de la Ville de Québec a confirmé avoir donné pas moins de 34 constats d’infraction à des manifestants « en vertu des mesures décrétées par la Santé publique, des règlements municipaux et du Code de la sécurité routière ».

Ce rassemblement est survenu une semaine après qu’une trentaine de personnes non masquées se sont réunies à la Place Rosemère, un centre commercial en banlieue nord de Montréal.

Des citoyens opposés aux mesures sanitaires ont partagé durant la fin de semaine une vidéo YouTube appelant à des actions concertées de désobéissance aux règlements des autorités sanitaires.

La fatigue s’installe

La majorité des Québécois adhère aux mesures sanitaires, mais une légère fatigue est observée, selon les données les plus récentes publiées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), en date du 11 novembre.

Au sommet de la liste des mesures les plus respectées, on retrouve le port du masque, 94 % des répondants assurant « toujours » suivre cette consigne. Une mesure plus difficile à respecter est le maintien d’une distance de deux mètres dans les lieux publics : 60 % des répondants ont indiqué être en mesure de le faire en tout temps.

Du 25 septembre au 28 octobre, le taux de Québécois respectant « toujours » les trois mesures phares du gouvernement, soit se laver des mains, maintenir la distanciation physique en société et éviter les rassemblements, a grimpé de 34 % à 47 %. Un léger recul a été observé du 29 octobre au 11 novembre dernier, établissant le taux à 43 %.

« Un taux d’adhésion de 100 %, ça n’existe pas. Il y aura toujours une proportion de citoyens prête à prendre des risques. Ce léger fléchissement ne m’inquiète pas, parce que le taux d’adhésion reste très très fort pour la plupart des mesures même près de huit mois après le début de la pandémie », note Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.

D’ailleurs, si les restrictions devaient se poursuivre encore durant six mois, 58 % des répondants ont confié qu’il serait « très difficile » pour eux de continuer à respecter ces mesures.

Depuis la fin du mois de mars, l’INSPQ analyse des résultats de sondages effectués par la firme Léger auprès de 3000 Québécois sélectionnés de façon aléatoire pour connaître leur adhésion aux mesures recommandées par la Santé publique.

Mme Des Rivières-Pigeon prévient contre le fait de mettre l’accent sur les contestataires des mesures sanitaires, alors qu’ils représentent somme toute une minorité de citoyens.

« Il y aura toujours des irréductibles, mais les données montrent que les gens qui ne veulent pas suivre les consignes restent des exceptions », dit-elle.

« D’ailleurs, il ne faut pas faire d’amalgame entre les Québécois qui se disent fatigués des mesures et les conspirationnistes, qui sont une petite minorité à qui on accorde parfois trop de visibilité », ajoute-t-elle.

À voir en vidéo