Un concours d'architecture pour construire une abbaye

Les concours d'architecture ne pleuvent pas au Québec. Encore moins ceux qui visent à ériger un édifice à caractère religieux. La communauté monastique d'Oka, qui déménagera prochainement à Saint-Jean-de-Matha, a lancé aux architectes québécois le défi de concevoir leur nouvelle abbaye. Les noms des quatre finalistes viennent d'être dévoilés.

Il s'agit de la firme Eide-Fianu architectes, de l'architecte Pierre Thibault, de l'équipe réunissant Manon Asselin et Louis Brillant, et du tandem formé par Marc-André Plasse et Stéphane Rasselet. Des mentions du jury ont également été attribuées à l'architecte Anne Bordeleau et à Croft Pelletier architectes.

Lancé en mai dernier, le concours de l'abbaye cistercienne a attiré soixante propositions. La première étape visait à définir le concept général du bâtiment et de son emplacement sur le site. «Les quatre équipes devront présenter au jury un concept plus élaboré [dont une maquette] à la fin de septembre», explique Cathy Beauséjour, de PHD architecture, une firme spécialisée dans l'organisation de telles épreuves.



Rare

Des 10 épreuves que la firme a menées jusqu'ici, la plupart visaient la conception de salles de spectacles, de bibliothèques et de théâtres. «C'est la première fois qu'on a un bâtiment religieux en concours, et en général, au Québec, c'est assez rare, note celle qui salue l'ouverture d'esprit dont les moines ont fait preuve. On sentait que ça suscitait un intérêt particulier», dit le père-abbé Joseph-Yvon Moreau. Des architectes s'étaient d'ailleurs montrés intéressés par le projet, mais la communauté trouvait difficile de faire un choix elle-même. «Et on voulait une abbaye d'une architecture de notre siècle, pas une reproduction du Moyen Âge», souligne-t-il.

Les moines ont évidemment établi certains paramètres à respecter, les espaces qui leur sont propres, les aires partagées avec le public, l'hôtellerie, etc. Les projets devaient aussi s'inspirer des caractéristiques de l'architecture cirstercienne. «Qui, de fait, sont très simples, précise le père-abbé. Le souci de la simplicité, l'intégration du site dans la nature et une grande sensibilité à la lumière. Car notre vie est rythmée aux heures du jour... » Enfin, les cirsterciens privilégient les projets à caractère écologique.

La communauté est établie à Oka depuis 1881. Des 175 moines qu'elle comptait, il n'en reste plus que 34, dont la moitié ont plus de 70 ans. Et les vocations se font de plus en plus rares... Les moines cherchent donc à vendre l'abbaye, devenue trop grande pour leurs besoins.

Pour construire le complexe monastique, les architectes disposeront d'un budget de neuf millions de dollars, soit le fruit de la vente de l'actuelle abbaye d'Oka additionné aux économies de la communauté. On ne peut connaître les détails des projets sélectionnés pour l'instant afin d'éviter que les participants s'influencent mutuellement. «Les concepts et les images sont retenus jusqu'à la prochaine étape du concours, le 21 septembre», indique Mme Beauséjour.