Poussée vers la précarité par la bureaucratie à l’immigration

Ayant perdu son emploi quelques mois après son arrivée au Québec, Tiffany Mirzica s’est retrouvée plongée dans une situation d’extrême précarité et poussée à se démener pour subvenir aux besoins de sa famille et régulariser son statut migratoire.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Ayant perdu son emploi quelques mois après son arrivée au Québec, Tiffany Mirzica s’est retrouvée plongée dans une situation d’extrême précarité et poussée à se démener pour subvenir aux besoins de sa famille et régulariser son statut migratoire.

Les travailleurs étrangers qui possèdent un permis temporaire de travail fermé dépendent de leur employeur, ce qui les rend très vulnérables en cas de rupture de leur lien d’emploi. Ayant perdu son emploi quelques mois après son arrivée au Québec, Tiffany Mirzica s’est retrouvée plongée dans une situation d’extrême précarité et poussée à se démener pour subvenir aux besoins de sa famille et régulariser son statut migratoire.

Ce qui a débuté comme un projet prometteur d’immigration économique pour la Parisienne d’origine martiniquaise et sa famille s’est vite transformé en un cauchemar. « Je pouvais demeurer en sol canadien jusqu’à l’expiration de mon visa mais ma situation était très complexe, car je devais trouver un nouvel employeur qui accepterait de refaire toutes les démarches d’immigration. »

« Pourtant, j’avais mis cinq ans à préparer mon projet d’immigration, assistant à tous les salons de l’immigration possibles en France et en faisant deux voyages exploratoires au Québec avant d’immigrer avec ma famille », dit la mère monoparentale de 3 enfants entre 6 et 14 ans.

Tomber dans la précarité aussitôt

Mme Mirzica a été recrutée en France pour un poste de cadre dans une entreprise en gestion immobilière et est arrivée au Québec avec ses enfants et sa mère en juillet 2017. Lorsque son emploi s’est terminé abruptement quelques mois plus tard, elle s’est vue dans l’impossibilité de travailler ailleurs en raison des restrictions de son visa. « Je faisais partie de la catégorie des personnes qui se retrouvent noyées dans les démarches administratives d’immigration et laissées pour compte, c’était un enfer ! », dénonce-t-elle.

Ayant dépensé toutes ses économies dans son déménagement au Québec avec sa famille, elle a lancé un appel à l’aide aux autorités municipales d’Anjou où elle résidait à ce moment-là, mais il est resté vain. « On m’a conseillé de rentrer chez moi et de revenir une fois que j’aurais les fonds pour m’en sortir », déplore-t-elle.

Des Samaritains et des organismes à la rescousse

Elle a trouvé du soutien auprès de l’école de ses enfants qui les a inscrits au Club des petits déjeuners et leur a offert des vêtements de neige neufs. « Je ne les remercierais jamais assez de nous avoir aidés ! », lance-t-elle. Le Centre humanitaire d’organisation de ressources et de référence d’Anjou (CHORRA) leur a fourni pour sa part un soutien alimentaire.

Mme Mirzica a pu se remettre sur pied grâce également à ses proches, à ses voisins et à la propriétaire de son logement à Anjou qui lui a permis de reporter le paiement de son loyer.

Bénévolat et entrepreneuriat

Incapable d’être embauchée par un nouvel employeur en raison de son permis de travail fermé, Mme Mirzica se lance sur le chemin du bénévolat entre 2017 et 2018, œuvrant notamment pour la place des femmes dans le milieu entrepreneurial. « Mon but en immigrant ici était d’offrir un meilleur avenir à mes enfants et d’apprendre et me nourrir de la culture québécoise, mais aussi de laisser ma petite patte. »

Du soutien trouvé en région

« J’ai rencontré Tiffany en mars 2019 lors de la Journée portes ouvertes de la Ville de Saint-Hyacinthe où nous participions comme exposants », dit Ana Luisa Iturriaga, directrice générale de Forum-2020, organisme dont la mission est d’attirer et de soutenir les nouveaux arrivants dans la région de Saint-Hyacinthe. L’organisme a accompagné 499 nouveaux arrivants en 2018 et 600 en 2019, la majorité étant des immigrants.

La députée de Saint-Hyacinthe et vice-présidente de l’Assemblée nationale Chantal Soucy déplore la lenteur des démarches d’immigration, soulignant le besoin grandissant d’arrimage entre les besoins de main-d’œuvre dans la région et les immigrants. « Nous avons accompagné Mme Mirzica, car elle s’est retrouvée sans emploi et dans le néant en raison de son permis fermé et de la complexité des démarches entre les deux paliers du gouvernement. »

Tomber entre deux chaises

Trois mois avant l’expiration de son permis de travail, une entreprise locale s’apprête à embaucher Mme Mirzica. Toutefois, en raison du délai de traitement de la demande et du changement dans l’admissibilité du poste offert, la démarche a échoué. « Ils ont déboursé près de 4000 $ en frais administratifs et d’immigration pour me recruter mais ç’a été un enfer ! », déplore-t-elle.

En juillet 2019, son visa arrive à échéance et elle se retrouve avec sa famille avec un statut implicite au Canada. Elle est alors aiguillée par le bureau de la députée vers John Sanchez, responsable diocésain au diocèse de Saint-Hyacinthe, accompagnateur de personnes en situation précaire, notamment les familles à statut précaire, les réfugiés et les travailleurs agricoles de la région.

Les difficultés pour régulariser son statut

« Tiffany avait épuisé ses ressources administratives pour régulariser son statut et son dernier recours était de se rendre à la frontière pour sortir et rentrer au pays à nouveau. » Le 17 mars dernier, ils se rendent donc ensemble au poste frontalier de Lacolle.

Voyant qu’elle ne détenait plus de statut légal au Canada, les agents frontaliers ont interpellé et interrogé Mme Mirzica pendant plusieurs heures. « Étant une femme persuasive connaissant tout sur les démarches d’immigration et ayant de forts arguments en main, elle a pu convaincre les agents de la laisser entrer à nouveau au pays », raconte M. Sanchez, originaire de Colombie.

« On a fini par m’accorder un visa de visiteur et un délai d’un mois pour régulariser ma situation », indique Mme Mirzica. Ayant réussi à obtenir un permis d’études, elle poursuit actuellement un programme en arts, lettres et communication au cégep de Saint-Hyacinthe et travaille à l’Association Aide en immigration (AAI), ne sachant toujours pas ce qu’il adviendra de son avenir au Québec.