Des occasions existent en région pour les demandeurs d’asile

Plusieurs régions mises à mal par une pénurie de main-d’oeuvre veulent séduire les demandeurs d’asile arrivés au pays ces dernières années.
Photo: Charles Krupa Archives Associated Press Plusieurs régions mises à mal par une pénurie de main-d’oeuvre veulent séduire les demandeurs d’asile arrivés au pays ces dernières années.

Depuis plusieurs années, la Ville de Saint-Hyacinthe redouble d’efforts pour attirer les demandeurs d’asile afin de combler la pénurie de main-d’œuvre des entreprises de la région, avec l’aide des organismes d’accueil et d’intégration. Une tumultueuse traversée de huit pays a emmené Paul Yvens, originaire des Gonaïves en Haïti, à Saint-Damase, où il travaille depuis trois ans en attendant l’audience en immigration qui déterminera son sort au Québec.

Le père de famille de 41 ans a quitté son bercail en mars 2016 en raison de l’augmentation de la violence et de la corruption au pays, souhaitant trouver un meilleur avenir pour sa famille restée en Haïti. « Des bandits ont ravagé notre maison à coups de pierres après que j’eus participé à un rassemblement lors de l’élection présidentielle de 2015 », déplore M. Yvens, à qui il a fallu deux mois pour traverser la République dominicaine, le Panama, le Costa Rica, le Nicaragua, le Honduras, le Guatemala et le Mexique avant d’arriver aux États-Unis en mai 2016.

« J’ai pris un bateau en République dominicaine pour me rendre au Panama et j’ai fait le reste du trajet à pied et en autobus jusqu’en Californie. C’était très difficile et dangereux, surtout au Nicaragua, où l’on m’a tout volé : mon portefeuille, mon passeport, tout ! » se lamente l’ancien agriculteur et travailleur de la construction qui a pu refaire produire ses documents une fois arrivé au Mexique, ce qui lui a permis de demander l’asile aux États-Unis.

Après avoir séjourné 14 mois en Floride, le resserrement des politiques d’immigration du gouvernement Trump l’a poussé à reprendre la route vers le Nord, jusqu’à la ligne frontalière de Lacolle, au Québec, en août 2017. « Je me suis rendu à Plattsburgh en autobus et j’ai pris un taxi qui m’a emmené à Lacolle », raconte M. Yvens, qui a séjourné quelques semaines au YMCA, à Montréal, avant de faire connaissance avec Karen M’Bandaman, agente de développement en immigration à l’organisme Forum-2020, siégeant à Saint-Hyacinthe.

Attirer et retenir les nouveaux arrivants

« Notre mission étant d’augmenter la démographie de la région, nous organisions souvent des visites exploratoires de la ville pour les gens de Montréal jusqu’à l’arrivée de la pandémie. M. Yvens voulait sortir du YMCA rapidement et commencer à travailler pour subvenir à ses besoins, alors nous lui avons organisé une entrevue à Exceldor, où il a été retenu », dit Mme M’Bandaman, originaire de la Côte d’Ivoire et à l’emploi de Forum-2020 depuis 10 ans. Elle et son mari ont choisi de s’établir à Saint-Hyacinthe dès leur arrivée, en raison des occasions d’emploi qu’offre la ville maskoutaine.

Forum-2020 a été l’un des premiers organismes de Saint-Hyacinthe à commencer à attirer les demandeurs d’asile pour pouvoir combler la pénurie de main-d’œuvre des entreprises de la région. « Notre mission est d’augmenter la démographie de la région et d’aider les nouveaux arrivants à s’y installer et à trouver tous les services dont ils ont besoin pour qu’ils aient le goût d’y rester. On est très heureux quand ils prennent leur envol ! » affirme Mme M’Bandaman, soulignant que Forum-2020 collabore avec d’autres organismes de la région afin de répondre aux besoins des nouveaux arrivants, notamment en matière de logement, d’emploi, d’éducation et de santé.

La directrice générale de l’organisme, Ana Luisa Iturriaga, arrivée du Mexique depuis une trentaine d’années, précise pour sa part qu’en 2018, 103 demandeurs d’asile et 24 réfugiés d’origine haïtienne ont posé leurs valises dans la capitale agroalimentaire de l’est du Canada de 57 000 habitants, grâce aux visites exploratoires. « La plupart des nouveaux arrivants dans la région sont des réfugiés et des demandeurs d’asile de l’Afrique et de l’Amérique latine, mais la région attire également des étudiants, des retraités et près de 9000 travailleurs qui s’y rendent chaque jour. »

Souhaiter un meilleur avenir

Grâce au maillage fait par Forum-2020, M. Yvens travaille depuis trois ans comme opérateur dans la ligne d’abattage de poulets à Exceldor, à Saint-Damase, municipalité située à une vingtaine de kilomètres de Saint-Hyacinthe. « C’est très dur physiquement, mais je n’ai jamais cessé de travailler depuis mon arrivée, même durant la pandémie », dit M. Yvens, qui déplore que le gouvernement Legault n’offre pas l’occasion aux travailleurs essentiels hors du domaine de la santé d’obtenir un statut permanent au Québec.

« Si j’avais mes papiers, je pourrais quitter la chambre où j’habite et déménager à un endroit plus grand, aller à l’école et emmener ma famille ici », lance M. Yvens, père de quatre enfants âgés de 5 à 18 ans restés en Haïti, bien malgré lui.

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