Le Sud vous attend, malgré la pandémie

Le Sud ouvre grands les bras à l’ami touriste.
Photo: Yamil Lage Agence France-Presse Le Sud ouvre grands les bras à l’ami touriste.

Les destinations soleil privilégiées par les Québécois prennent les moyens pour que les touristes soient au rendez-vous cet hiver malgré la pandémie. La plupart ont choisi de ne pas imposer de quarantaine aux visiteurs, et certains pays offrent même des assurances médicales gratuites. Bref, le Sud ouvre grands les bras à l’ami touriste.

Le Devoir a effectué une recension des mesures de contrôle qui s’appliqueraient aux téméraires qui détestent tellement l’hiver qu’ils braveraient les recommandations sanitaires canadiennes pour aller se faire dorer au soleil pendant les vacances prolongées de Noël. Les informations ont été colligées pour le Mexique, Cuba, la République dominicaine, le Costa Rica, Haïti, la Jamaïque et Sainte-Lucie. La Barbade et le Bélize n’ont pas répondu à nos requêtes.

Premier constat : la quarantaine n’a pas la cote. Personne ne l’impose. Les touristes n’ont donc pas à craindre de devoir passer leurs vacances à grelotter à l’intérieur dans l’air trop climatisé en attente de la fin de la période d’incubation du virus.

Seule Sainte-Lucie, petite île des Caraïbes, exige des touristes qu’ils demeurent au moins 14 jours à leur hôtel avant de pouvoir s’évader et aller, par exemple, escalader ses pitons iconiques. Mais ce n’est pas une quarantaine pour autant puisque les touristes pourront circuler dans l’hôtel et, selon les règles édictées par chaque établissement, y faire des activités, se rendre à la piscine et même à la plage. Il faut quand même, pour entrer dans l’île, avoir une réservation dans un hôtel « certifié COVID-19 » par le gouvernement.

En Jamaïque, où les règles semblent les plus sévères avec celles de Sainte-Lucie, il n’y a pas de quarantaine non plus, mais la circulation des touristes sera limitée. Ils devront rester à l’intérieur des « couloirs résilients », des zones désignées par le gouvernement autour des hôtels touristiques. Les visiteurs devront aussi télécharger une application permettant aux autorités de surveiller leurs déplacements.

À Cuba, le touriste devra tout au plus rester à son hôtel le temps d’obtenir le résultat du test de dépistage obligatoire qu’il aura passé à l’aéroport. Les autorités garantissent un résultat en 24 heures. Mais pendant cette journée d’attente, il sera quand même autorisé à circuler dans le complexe hôtelier, à aller à la plage et à la piscine. Une fois le résultat négatif en poche, le touriste pourra circuler comme bon lui semble dans l’île des Castro.

Dans la même veine, Haïti demandera aux touristes de fournir à leur arrivée une adresse de séjour afin qu’on puisse faire des suivis auprès d’eux. Mais ils demeurent libres de circuler dans le pays. En République dominicaine, la seule contrainte imposée aux touristes est un couvre-feu entre 21 h et 5 h les jours de semaine et entre 19 h et 5 h les fins de semaine. Ce couvre-feu est en vigueur jusqu’au 1er décembre. Les autorités en réévalueront la pertinence par la suite. Le Costa Rica n’impose aucune quarantaine, tout comme le Mexique, qui se limite à dire que ses installations touristiques fonctionnent entre 30 % et 50 % de leurs capacités.

Des assurances alléchantes

Les touristes ne pourront pas pour autant se rendre dans le Sud dans l’insouciance. Ils devront dans bien des cas souscrire une assurance au cas où ils contracteraient la COVID-19 pendant leur séjour. Le Costa Rica exige des visiteurs qu’ils détiennent une assurance couvrant leurs frais médicaux à hauteur d’au moins 50 000 $ et leurs frais de séjour prolongé pour au moins 2000 $.

La République dominicaine est celle qui se distingue le plus à ce chapitre. Elle offre gratuitement jusqu’au 31 décembre une assurance médicale à tous les touristes arrivés par avion qui demeureront à l’hôtel — ceux qui économiseront leurs précieux dollars en allant habiter chez une connaissance n’y auront pas droit. L’assurance couvrira non seulement les soins médicaux nécessaires en cas d’infection à la COVID-19, mais aussi les frais de transfert médical et ceux du transfert d’un proche pour suivre le malade, les pénalités facturées par la compagnie aérienne en cas de changement de billet d’avion et les frais d’hébergement en cas de séjour prolongé pour cause de maladie.

Cuba n’offre rien de semblable, mais son ambassade à Ottawa prend soin de préciser que toutes les compagnies aériennes desservant l’île à partir du Canada offrent une assurance médicale de 21 jours.

Enfin, la plupart des destinations soleil exigeront des voyageurs qu’ils remplissent un formulaire sanitaire à leur arrivée (Mexique, République dominicaine, Costa Rica, Jamaïque) et certaines (Mexique, Haïti, Sainte-Lucie) prendront aussi leur température. Mais peu feront passer un test de dépistage de la COVID-19. Cuba le fera systématiquement tandis que la République dominicaine le fera de manière aléatoire, auprès de 3 à 10 % des visiteurs. Sainte-Lucie exige des voyageurs qu’ils aient en main un résultat négatif à un test de dépistage effectué au plus tard dans les sept jours précédant leur arrivée sur l’île.

Des pays touchés différemment

Ces destinations soleil n’ont pas toutes été frappées de la même manière par la pandémie de COVID-19. Le Costa Rica est de loin celui qui a été le plus touché : il a eu à peu près autant de cas qu’au Québec, mais avec une population d’à peine 5 millions de personnes, pour un taux de contamination de 2540 pour 100 000 habitants. La République dominicaine a elle aussi eu un nombre de cas très semblable à celui du Québec, mais pour une population de presque 11 millions, avec un taux de 1280 pour 100 000 habitants. Le Mexique a eu un taux de 794 cas pour 100 000 habitants, contre 341 pour la Jamaïque, 121 pour Sainte-Lucie, 90 à la Barbade, 81 à Haïti et 70 à Cuba.

La Barbade s’était démarquée cet été en proposant aux télétravailleurs de la pandémie de venir s’installer chez elle. La Jamaïque a offert quelque chose de similaire. Quant à Sainte-Lucie, son office du tourisme publicise depuis jeudi au Canada un grand solde de voyages, avec surclassement de chambres en prime.

Photo: Yamil Lage Agence France-Presse À Cuba, les touristes doivent rester à l’hôtel le temps d’obtenir le résultat du test de dépistage passé à l’aéroport. Dans l’attente, ils peuvent tout de même circuler dans le complexe hôtelier et aller à la plage ou à la piscine.

Le Canada déconseille fortement à ses citoyens de voyager pour des raisons non essentielles. « Voyager ne serait pas approprié cette année », a lancé lundi le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne. Sa collègue vice-première ministre, Chrystia Freeland, a réitéré ce message tout en admettant que « les Canadiens ont toujours le droit de partir de notre pays ». Passeport Canada a dû retirer la semaine dernière un gazouillis qu’il avait publié sur Twitter invitant les Canadiens songeant à voyager cet hiver à envoyer rapidement leur demande de passeport. Le gouvernement avait reconnu que cela contredisait sa recommandation générale. Les Canadiens de retour de l’étranger doivent s’isoler pendant 14 jours sous peine d’une amende très élevée.

La professeure de santé publique à l’Université de Montréal Marie-France Raynault trouve très étrange que les pays du Sud n’aient pas interdit aux Canadiens l’accès à leur territoire. Des pays comme la Suède, le Danemark ou encore la Norvège l’ont fait à cause de la situation épidémiologique inquiétante au Canada. « Si les pays du Sud autorisaient la venue de gens de Nouvelle-Zélande ou de Taïwan, où le risque est très faible, je comprendrais. Mais nous, du Québec, le risque n’est pas faible. On a une transmission communautaire soutenue. »

Mme Raynault déconseille fortement aux Canadiens de voyager pendant les vacances. « On peut faire courir un risque aux populations locales. » Sans compter que les voyageurs pourraient accentuer le problème au Canada à leur retour, après avoir côtoyé à l’étranger des gens provenant des quatre coins de la planète. « Au Québec, on a eu une expérience douloureuse avec les vacances scolaires au début de mars. »

En données

Les responsables de la Santé publique font état de 1164 nouveaux cas de COVID-19 au Québec, pour un nombre total de 133 206 personnes infectées. Elles font également état de 13 nouveaux décès, pour un total de 6842. De ces 13 décès, 3 sont survenus dans les 24 dernières heures et 10 sont survenus entre le 16 et le 21 novembre.

La Presse canadienne

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