Du pôle Nord au royaume du plexiglas

Jeudi, à la Place Versailles, c’est dans une boîte en plexiglas que le père Noël accueillait les tout-petits.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jeudi, à la Place Versailles, c’est dans une boîte en plexiglas que le père Noël accueillait les tout-petits.

Uu royaume des glaces à celui du plexiglas, il n’y a qu’un pas que le père Noël a déjà franchi pour maintenir un soupçon de magie dans une année qui n’en a plus beaucoup. COVID oblige, le patriarche à barbe blanche ne sera accessible aux enfants, cette année, qu’en « visioconférence », ou sous une bulle protectrice, dans la plupart des centres commerciaux. Comme quoi, même Santa n’échappe pas aux affres du télétravail et de la pandémie.

Les acrobaties imposées par la COVID aux traditions des fêtes ne font que commencer. Surtout quand ladite tradition implique d’exposer un aîné à risque à une ribambelle d’enfants, à un potentiel bisou contagieux ou à un contact prolongé sur les genoux. Autant d’éléments réunis pour semer une bombe infectieuse sur laquelle plusieurs entreprises ont sagement fait une croix.

Jeudi, à la Place Versailles, c’est assis dans une cage en plexiglas que le vieillard joufflu, tel un pape dans sa papamobile, accueillait quelques tout-petits, sourire aux lèvres. Dans un décor enjolivé de sapins givrés et de flocons scintillants, la fée des étoiles et les lutins jouaient du chiffon plus que de la baguette, s’affairant à astiquer l’abri antigouttelettes, après le passage de chaque enfant.

« C’était un peu étrange », a confié Mégane, 7 ans, qui a fait sa requête au père Noël à travers un petit trou percé dans la paroi de ce bocal géant. Sa grand-mère se disait enchantée d’avoir pu voir le père Noël « dans les circonstances ».

Dure dure, la vie de père Noël en temps de COVID. N’en déplaise à Tino Rossi, le sage barbu « ne descendra pas du ciel », mais surgira plutôt d’un écran cathodique en 2020. « On a commencé nos premiers rendez-vous virtuels. Il n’y a pas de file, les lutins accueillent les enfants installés devant les écrans pour rencontrer le père Noël », explique Marie-Claude Lacasse, d’Audace & Co, une entreprise qui a pondu une formule « père Noël sans contact » pour 39 centres commerciaux.

L’agence juge la formule hautement sécuritaire et très pratique pour les parents. Pas de file interminable ni de foules impatientes, mais plutôt un rendez-vous virtuel de trois minutes avec Santa, à heure fixe. Et voilà scellée la rencontre des mousses avec le mythique vieillard, en mode 100 % technologique. Une vidéo souvenir du tête-à-tête virtuel peut même être commandée au passage.

« L’idée, c’est de maintenir la tradition dans la mesure du possible, affirme Mme Lacasse. Ça fait longtemps qu’on travaille là-dessus. Tout a été envisagé. »

Dans de rares endroits, un Saint-Nicolas en chair et en os traînera bel et bien sa hotte en personne. Mais le vieux sage sera protégé par une barrière antipostillons. « Quelques clients (centres commerciaux) ont choisi la formule en personne, mais dans ces cas, le père Noël reste à distance, assis. Les décors ont été adaptés pour assurer la distance physique », ajoute la porte-parole d’Audace & Co. Grâce à Photoshop, des photos truquées vont permettre d’immortaliser les tout-petits, flanqués du père Noël.

Pères Noël au repos

À la grandeur du pays, les rencontres physiques avec Santa, notamment en Ontario, ont été annulées dans la plupart des centres commerciaux. Les personnificateurs du vieillard souriant sont au repos, laissés sans contrats. Selon CBC, les réservations sont en baisse de 90 % dans une agence de Toronto qui représente des pères Noël professionnels.

Mais les substituts ne manquent pas pour rescaper ce qui reste de la féerie des fêtes. Rue Jean-Talon, pour pallier l’absence du grand-père ventru au centre commercial Le Boulevard, les familles sont plutôt conviées à un tirage au sort sur les réseaux sociaux, dont les 250 gagnants recevront par la poste une boîte d’activités. « On a dû revoir nos plans, s’adapter, explique une porte-parole de ce centre. Il n’y aura pas de rencontres avec le père Noël, mais il sera là, indirectement, dans les activités proposées. »

Les parades de Santa et de son célèbre attelage sont aussi tombées à l’eau ou ont été reformatées d’un bout à l’autre du pays. À Québec, une parade en mode « safari » est prévue pour assister depuis le confort de sa voiture à la « tempête du siècle ». La ville de Windsor, en Ontario, a elle aussi opté pour une parade « inversée », où les familles défileront en voiture devant le traîneau du père Noël et sa compagnie de lutins.

Quant aux fameuses lettres au père Noël, les missives envoyées (avant le 2 décembre) au plus célèbre résident du cercle polaire seront traitées par Postes Canada, mais avec un certain retard. À Libourne, en Gironde, en France, où le secrétariat du père Noël dépouille depuis 1962 des millions de lettres venues de tous les pays, la pandémie teinte déjà la plupart du courrier déjà reçu. Plusieurs enfants réclament de pouvoir voir leurs grands-parents, « un remède contre la COVID », ou rien de moins que la fin de la pandémie. Parions qu’ils ne seront pas les seuls à formuler ce souhait en secret.

 

À voir en vidéo