Petit guide pour un Noël sécuritaire

Photo: iStock Le gouvernement québécois permet les rassemblements de 10 personnes maximum du 24 au 27 décembre.

Certains s’accrochent à Noël comme à une bouée de sauvetage en pleine tempête. D’autres voient dans la pandémie de COVID-19 un bon prétexte pour éviter de se farcir la dinde traditionnelle et une enfilade de réunions familiales. Et il y a ceux qui ne savent plus sur quel pied danser. Petit guide pour un temps des Fêtes sécuritaire. Un texte de Marie-Eve Cousineau.

Un party ou pas ?

Le gouvernement québécois permet les rassemblements de 10 personnes maximum du 24 au 27 décembre. En théorie, chaque citoyen pourrait donc voir 40 personnes différentes en quatre jours. La Santé publique le déconseille fortement. Selon les autorités, l’idéal est de participer à un seul rassemblement durant cette période. Il y a encore mieux, disent des experts : fêter Noël chez soi avec ses proches immédiats.

« Quand on regarde ça d’un point de vue de risque de transmission, ne pas organiser de party est la façon la plus sécuritaire de faire, dit la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire de Sainte-Justine. Maintenant, il faut aussi prendre en compte le besoin de se rassembler. »

Pour l’épidémiologiste Benoît Mâsse, les gens doivent se poser la question suivante : quel est mon degré de tolérance au risque ? Se sent-on à l’aise d’inviter au rassemblement sa mère de 80 ans, sachant que les risques de graves complications sont plus élevés si elle contracte la COVID-19 ?

« Si jamais ma belle-mère vient ici, qu’on a [la COVID-19] et qu’elle tombe gravement malade, on va savoir quelle est la source d’infection : le souper des Fêtes, dit Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. [Personnellement], je n’ai pas le goût que mes enfants se sentent coupables. Je ne veux pas leur faire vivre ça. »

Isolement

« L’idée, c’est d’arriver au party de Noël avec le moins de risques possible d’avoir été infectés dans les deux dernières semaines », explique la Dre Caroline Quach-Thanh.

Il faut donc diminuer au maximum les contacts dans les 14 jours précédant la fête. « Si on est capable de faire du télétravail en permanence, c’est facile, remarque la médecin. La difficulté, c’est lorsque les gens sont obligés de travailler à l’extérieur. » Elle recommande à ces derniers de porter le masque à l’intérieur « en tout temps ». « Quand on enlève notre masque pour manger ou boire, on est idéalement seul dans son bureau, précise-t-elle. Sinon, à deux mètres de la personne la plus proche de vous. »

Un Noël masqué

La Santé publique, qui concocte un guide sur l’art de recevoir à la maison en temps de pandémie, recommande aux convives de porter un masque (sauf, évidemment, lorsqu’ils mangent ou boivent) et de demeurer à deux mètres de distance les uns des autres.

Les grands-parents et les vieillards, qui risquent davantage de souffrir d’une forme grave de la maladie, doivent demeurer à l’écart des autres pour éviter d’être contaminés. Ils s’abstiennent aussi de tenir leurs descendants dans leurs bras — aussi mignons soient-ils.

Des maladies chroniques ?

Les hôtes demandent habituellement à leurs invités s’ils ont des allergies alimentaires. Cette année, ils devraient aussi s’enquérir de leurs conditions médicales, selon Benoît Mâsse. Les individus souffrant de diabète ou de maladies pulmonaires ainsi que les gens immunosupprimés (ex. : greffés du foie) sont plus susceptibles de développer des symptômes graves de la COVID-19.

« Il faut prendre soin de ces personnes vulnérables », comme les personnes âgées, souligne la Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de santé publique et de médecine préventive du CHUM. Les mesures de distanciation et le port du masque sont alors d’autant plus importants.

Ouvrir les fenêtres

Les invités auront peut-être besoin d’une petite laine lors du réveillon. Selon la Santé publique, il vaut mieux garder les fenêtres entrouvertes pour améliorer la ventilation. « Une maison, c’est pire qu’une école, dit le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre spécialisé en épidémiologie qui pratique au CHUM. C’est plus petit. »

Pas de chanson à répondre

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, l’a dit, l’hiver sera « plate ». Et Noël le sera un peu aussi. Oubliez les karaokés. « Les chants et les cris sont à éviter, dit la Dre Marie-France Raynault. Et il vaut mieux qu’on garde le volume de la musique assez bas pour que les gens n’aient pas à hausser la voix. » Autrement, on postillonne davantage, ce qui contribue à propager le virus.

Le repas

Un buffet est possible, croit la Dre Marie-France Raynault. À condition qu’une seule personne fasse le service. La Dre Caroline Quach-Thanh conseille d’y aller par « tablée » : les plus jeunes, les plus vulnérables, etc.

Des cadeaux ? Bien sûr !

« La transmission [de la COVID-19] par les objets est un risque plus théorique qu’autre chose », dit la Dre Marie-France Raynault. Elle recommande toutefois aux gens de se laver les mains fréquemment durant le rassemblement. Les hôtes devraient d’ailleurs mettre à la disposition des convives du gel désinfectant, notamment à l’entrée de la maison.

Et le dodo ?

Dormir chez un proche est permis pourvu qu’on respecte scrupuleusement les règles de distanciation physique et que le séjour soit le plus court possible, indique la Santé publique. Passer la nuit ailleurs est préférable à conduire avec un taux d’alcoolémie trop élevé. Opération Nez Rouge n’offrira pas de service cette année.

Attention de ne pas « trop » prolonger le séjour le lendemain, dit la Dre Marie-France Raynauld. Pourquoi ? Une soirée ne suffit-elle pas à contaminer quelqu’un ? « Si c’était la rougeole, je vous dirais que c’est sûr que vous auriez déjà été contaminé [la veille], répond-elle. Mais pas avec la COVID-19. Ça se peut que vous n’ayez pas été contaminé et que quatre heures de plus fassent la différence. »

Un registre des invités

L’hôte ou hôtesse devrait prendre en note le nom, l’adresse et le numéro de téléphone des gens présents à la fête. « Ça va faciliter la vie de la Santé publique », si la COVID-19 s’invite dans la soirée, indique la Dre Marie-France Raynault.

Mais les invités doivent être avertis à l’avance : s’ils ont le moindre doute sur leur état de santé, ils restent chez eux. « Même si ça nous tente d’y aller, pis on se dit “d’habitude, j’irais, je prendrais du Tylenol”, on se retient d’y aller, dit la Dre Caroline Quach-Thanh. On reste à la maison pour protéger les autres. »

Un Noël du campeur ?

Benoît Mâsse a bien l’intention de fêter Noël avec ses parents âgés… le 24 juillet. D’ici là, ils auront été vaccinés contre la COVID-19. « On pourra faire un gros barbecue dehors, dit-il. Ils seront plus relax. »

Le Dr Quoc Dinh Nguyen encourage aussi les aînés à se regrouper avec leur famille cet été. Du moins, ceux qui peuvent attendre et ne vivent pas d’isolement. « On a un vaccin qui s’en vient », dit le gériatre. Le prochain Noël a donc de bonnes chances, poursuit-il, de se dérouler comme dans le bon vieux temps. « Ça donne un sens à tout ce sacrifice. »

Avec Marco Bélair-Cirino  

Période clé pour les rassemblements, dit Québec

La Santé publique se défend d’avoir tenu compte du calendrier chrétien avant de donner sa bénédiction à la tenue de petits rassemblements privés les 24, 25, 26 et 27 décembre. Le choix de cette période de quatre jours a le mérite de ne pas trop bousculer le calendrier scolaire, soutient-elle. La Santé publique rappelle qu’une personne déclarée positive à la COVID-19 est contagieuse environ 14 jours, et ce, à compter du troisième jour après avoir été exposée au virus. La fermeture des écoles et des lieux de travail à compter du 17 décembre permettra ainsi, selon elle, d’identifier toute personne présentant des symptômes de la COVID-19 et de la tenir à l’écart d’un rassemblement entre le 24 et le 27 décembre. Une personne exposée à la COVID-19 l’ultime jour de rassemblement permis, le 27 décembre, ressentira pour sa part des symptômes vraisemblablement le Jour de l’An, soit avant la date du retour prévu à l’école ou au travail, selon le calendrier de la Santé publique. Les jeunes du secondaire, parmi lesquels on trouve davantage d’asymptomatiques, retourneront à l’école seulement le 11 janvier ce qui limitera aussi la transmission du virus, estime la Santé publique.

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