Le casse-tête des «partys» de bureau

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au cégep Gérald-Godin, les célébrations de Noël ont déjà commencé depuis le 16 novembre avec un «calendrier d’avant l’avent».

Les partys de Noël de bureau sont annulés cette année au Québec. Mais beaucoup d’entreprises se sont tournées vers des solutions de rechange — très variées — pour gâter et réunir leurs employés. Tour d’horizon.

L’an dernier, le thème du party de Noël d’Ubisoft était « l’après-ski ». Avant même d’entrer au Taz, un immense parc de planche à roulettes intérieur dans le nord de Montréal, les participants étaient plongés dans l’ambiance avec des sapins et des skis. Ils avaient ensuite droit à une glissade géante, une piste de danse animée par un DJ perché dans une télécabine suspendue, des jeux électroniques et de la nourriture « réconfortante », entre autres choses.

Cette année, rien de comparable n’aura lieu pour les quelque 4500 employés de l’entreprise. Il n’y aura pas de party du tout.

« Au début, on voulait se rassembler quand même, en mode virtuel, mais avec la fatigue Zoom, on ne voulait pas obliger les gens à se retrouver encore devant un écran pendant des heures », indique Alexandra Boily, chef d’équipe communications et événementiel chez Ubisoft.

Son équipe a opté pour des activités que les employés vivront chacun de leur côté, en même temps. Ils recevront à la maison une « boîte d’expériences » à ouvrir du 18 au 20 décembre.

« Il y aura un petit guide pour suivre une trame narrative pendant le week-end », explique Mme Boily, qui n’a pas voulu dévoiler le contenu de la boîte pour ne pas gâcher la surprise aux employés. « Il y aura un défi culinaire qui implique une prise de photo et une remise de prix », risque-t-elle tout de même.

Cela ne peut pas remplacer l’effet bénéfique des célébrations en personne, qui sont très attendues par les membres de cette « grande famille », selon les dires de Mme Boily. Mais l’annonce de ces activités aurait été très bien reçue par les travailleurs. « On a battu un record de “likes” sur notre intranet. Les employés ne s’attendaient pas à ce qu’on organise quelque chose », souligne la chef d’équipe, ajoutant que la participation sera plus élevée qu’aux partys de Noël.

Calendriers de l’aventet soirées glamour

L’agence de relations publiques Bicom n’a pas voulu abandonner le chic souper organisé chaque année pour sa trentaine d’employés de Montréal et de Toronto.

« Habituellement, on prenait un vendredi de congé en décembre. Toute la journée, au bureau, on avait des activités. On faisait venir des coiffeurs, des maquilleurs, on faisait un pot luck, des échanges de cadeaux, des tirages de prix. Le soir, on allait au restaurant », raconte Marie-Noëlle Hamelin, présidente fondatrice de Bicom.

Cette fois-ci, la soirée se déroulera sous la forme d’un 5 à 7 Zoom, dirigé par deux animatrices. Une boîte de produits de marque, de nourriture et de vin sera livrée au domicile des participants, qui auront droit à une journée de congé le lendemain.

Il aurait été impensable pour Mme Hamelin de laisser tomber l’occasion de se rassembler. « On veut que les gens se sentent reconnus. On veut renforcer leur sentiment d’appartenance », dit-elle.

Au cégep Gérald-Godin, les célébrations de Noël ont déjà commencé depuis le 16 novembre avec un « calendrier d’avant l’avent ».

« Chaque jour, on propose des activités réconfortantes en ligne pour le personnel et les étudiants, comme une séance de méditation ou un défi de danse », explique Mélodie Laplaine, directrice adjointe des études, qui fait partie du comité organisateur des festivités.

Les employés ont aussi pu piger un ami secret, à qui ils devront laisser des surprises personnalisées pendant le mois de décembre, virtuellement, par la poste ou en personne, pour ceux qui se rendent encore régulièrement au cégep.

Le comité organisateur a aussi opté pour une soirée 5 à 7 Zoom en guise de party, avec la thématique « Chic du haut, mou du bas ». Au menu : de l’animation, un chansonnier et des jeux dans de petites salles Zoom séparées.

« On travaille sur tout ça depuis plusieurs semaines. On trouve ça important de mettre en place des moments d’échange et de socialisation, pour la santé psychologique de nos employés », estime Geneviève Turcot, directrice des ressources humaines au cégep Gérald-Godin. « Mais ça ne peut pas durer bien plus que deux heures, sinon les gens se désintéressent. »

Une livraison de nourriture et de boisson est aussi prévue, mais sans alcool, pour ne pas encourager la surconsommation.

Un rituel essentiel

Selon la conseillère en ressources humaines agréée et psychologue organisationnelle Julie Carignan, les entreprises doivent absolument garder vivant ce rituel important qu’est le party de Noël.

« C’est encore plus important dans un contexte où les gens sont en télétravail. Ça prend des rituels, sinon on risque de voir s’effriter les liens entre les employés. Ils doivent sentir qu’ils font partie d’une communauté », analyse Mme Carignan, associée de la firme-conseil Humance.

Cette année, cette célébration représente un casse-tête pour les responsables des ressources humaines. « On ne peut pas faire de copier-coller, réserver la même salle et le même DJ. Il faut tout réinventer », dit-elle.

Selon elle, il peut par ailleurs être pertinent pour les employeurs de rappeler, lors de partys virtuels, que la modération est préférable en ce qui a trait à la consommation d’alcool. Toutefois, la formule réduit les chances que quelqu’un conduise sa voiture en état d’ébriété.  

Virage virtuel pour les entreprises en événementiel

Les difficultés sont prononcées pour les restaurants et les entreprises de production d’événements, qui perdent leur clientèle de partys de Noël. Plusieurs d’entre eux ont dû faire un virage à 180 degrés.

 

Le restaurant La Cage, par exemple, organise le 5 décembre un grand party virtuel, sur une plateforme Web développée spécifiquement pour l’occasion. Une vingtaine d’employeurs ont déjà choisi de se joindre à la fête. Ils auront chacun leur propre salle virtuelle, mais les participants pourront regarder le même spectacle. Des repas de La Cage leur seront livrés.

 

« Ça ne compense pas pour les pertes qui viennent avec l’absence de partys en salle, mais ça permet d’occuper mon monde », affirme Jean Bédard, président et chef de la direction du Groupe Sportscene.

 

Creativ Nation, habitué à produire des soirées dans de grandes salles, a créé sa propre plateforme pour accueillir des partys de Noël virtuels. Elle permet la diffusion de spectacles, des interactions entre les participants et diverses animations sur mesure pour les entreprises.

 

Le projet permet à Creativ Nation de garder la tête hors de l’eau, indique son président, Pierre Jean. « On fait moins d’argent, ça c’est certain, reconnaît M. Jean. J’ai 5 millions de dollars en équipement qui dort dans un entrepôt. »

 

Par contre, il croit que la structure virtuelle qu’il a bâtie permettra, lorsque les rassemblements seront à nouveau permis, d’offrir un modèle hybride, avec du présentiel et du virtuel.

 

« On organise bientôt un party de Noël avec 25 000 employés de plusieurs pays, dit M. Jean. À l’avenir, on pourrait proposer à des gens de se joindre virtuellement à des événements en personne. »


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