Des vacances au soleil malgré la pandémie?

Des voyagistes s’attendent à ce que leur téléphone recommence à sonner avec (un peu) plus de frénésie dans les prochaines semaines. Au moment où le blues automnal et covidien se fait de plus en plus sentir, des Québécois pourraient être tentés de mettre le cap sur le Sud pour profiter de l’étirement de la pause scolaire [bien qu’il y aura de l’enseignement à distance], pendant que d’autres semblent plutôt être attirés par la possibilité de se réunir à l’étranger au-delà de la limite de 10 personnes.

Déjà, depuis quelques jours, les clients sont plus nombreux à poser des questions sur les conditions de voyage dans le Sud, rapporte Geneviève Bergeron de Voyages Aqua Terra — Voyage Kamé à Laval. « Les gens commencent à demander plus d’informations et de témoignages de la part de ceux qui sont allés dans le Sud dernièrement. Ils veulent savoir comment ça se passe à destination, est-ce sécuritaire, est-ce que les attractions locales sont fonctionnelles... »

Au Club Med, une hausse des réservations de dernière minute pour la fin décembre et le début janvier a été observée dans la dernière semaine. « La perspective de voir arriver l’hiver donne envie aux vacanciers de profiter d’une pause au soleil », soutient Julien Laurent, responsable du marketing et des communications au Canada pour le Club Med.

À la lumière de l’annonce de jeudi soir, la quarantaine obligatoire au retour sera facilitée pour les adolescents, puisque la première semaine d’enseignement au secondaire, en janvier, se fera de manière virtuelle. « Les enfants ne seront pas pénalisés puisqu’ils n’auront pas à manquer l’école », fait valoir Marie-Pier Guillemette, propriétaire de Voyages Vasco La Chaudière, à Gatineau.

Puisqu’ils ne pourront voir leur famille comme d’habitude, certains sont tentés de passer leurs vacances dans le Sud. Pour d’autres, c’est l’envie de contourner les règles qui les font zieuter les billets d’avion pour les destinations soleil.

« Il y en a qui ont le réflexe de se dire “on va tous partir dans le Sud ensemble pour se voir”, raconte Gina Leblanc-Baudin, conseillère voyage pour Voyages Nicole St-Hilaire, à Québec. Plusieurs nous appellent sans nous le dire directement, mais on le sent. »

« Certains bookent seuls et espèrent convaincre le reste de la famille de les suivre », ajoute Geneviève Bergeron. Un son de cloche que partage Marie-Pier Guillemette. « Le gouvernement restreint ici [la taille des rassemblements], mais les gens vont partir en voyage pour se voir. »

Pas sans risques

Gary Lawrence avait en tête de partir pour le temps des Fêtes avec sa conjointe et leurs adolescents, mais a depuis remisé le projet. « D’un point de vue éthique, c’est quand même par les avions et les voyages que la pandémie s’est propagée dans le monde, donc est-ce que je vais risquer de répandre la maladie là-bas ou la développer là-bas et ne plus pouvoir revenir ? » se questionne-t-il.

Dany Tanguay — qui songe à partir avec sa femme, sa fille, son gendre et sa petite-fille — hésite lui aussi. « Si je fais de la température et que je ne peux rembarquer dans l’avion, je vais recevoir quel type de soins là-bas ? »

Marika Simard, dans la trentaine, est beaucoup plus sereine quant à sa décision. Du 4 décembre au 3 janvier, elle sera au chaud dans une maison qu’elle a louée avec une amie à Puerto Vallarta. « J’ai un travail qui me permet de travailler d’où je veux. Et c’est un bon moment pour partir, puisque je peux coller mes vacances avec le congé des Fêtes. »

Catherine Papineau était, elle aussi, bien décidée à se rendre pour le temps des Fêtes dans une maison que sa famille possède en Guadeloupe. Mais son vol de départ a été annulé, une réalité avec laquelle bien des voyageurs doivent composer ces temps-ci. « On essaye de trouver une solution. Mais il faudra faire une ou deux escales et débourser plus. Ou on va peut-être changer de destination, on ne le sait plus. »

Surveillance plus efficace ?

Dès samedi, les voyageurs qui arrivent au Canada par avion devront au préalable avoir transmis leur plan de quarantaine électroniquement, par l’application ArriveCan ou par le site Web du même nom. Cela devient même une condition pour monter à bord. Jusqu’ici, il était possible de remplir lors du vol ou à l’arrivée un formulaire papier destiné aux autorités de santé publique.

Comme c’est le cas depuis mars, les voyageurs peuvent s’attendre à être questionnés par les douaniers à ce sujet. Les agents des services frontaliers ont comme consigne de signaler à l’agence fédérale de santé publique tout voyageur qui avoue ne pas avoir l’intention de respecter la quarantaine obligatoire de 14 jours au retour au pays, ou s’ils ont des doutes sur le sérieux du plan de quarantaine.

Sur papier, la Loi sur la quarantaine est très stricte. Elle interdit notamment toute visite, même à l’extérieur, et toute sortie du lieu de quarantaine, même les aires communes des édifices d’appartements. Or, jusqu’ici, les autorités fédérales ont adopté l’approche de la tolérance, préférant les avertissements aux amendes. Au 1er novembre, la GRC n’avait imposé que 59 amendes, d’une moyenne de 945 $, et seules deux personnes ont été accusées parce qu’elles ne s’étaient pas mises en quarantaine.

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5 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 20 novembre 2020 04 h 16

    On reproche beaucoup (non sans raison) à une certaine jeunesse d'être fragile et vulnérable devant tout propos qui contredit son idéologie, et de vouloir se réfugier dans des "safe spaces".

    Mais elle n'est pas le seul groupe fragile et vulnérable, de toute évidence. Du côté de leurs aînés, il y en a un bon paquet qui ne sont pas capables de supporter la vue du moindre flocon de neige et sont prêts à toutes les folies pour se réfugier au soleil.

    • Jean Lacoursière - Abonné 20 novembre 2020 08 h 05

      Dit autrement : les « snowbirds » seraient des « snowflakes » ?

  • Pierre Rousseau - Abonné 20 novembre 2020 07 h 53

    Naïveté sans borne!

    Je suis tombé de ma chaise quand j'ai lu « Les agents des services frontaliers ont comme consigne de signaler à l’agence fédérale de santé publique tout voyageur qui avoue ne pas avoir l’intention de respecter la quarantaine obligatoire de 14 jours au retour au pays... » Faut-il être vraiment innocent pour croire que les gens qui pensent contourner les directives de quarantaine vont « l'avouer » aux douaniers... C'est ça l'ineptie des gouvernements face à une pandémie mondiale qui a surtout été répandue par les voyageurs internationaux. On va répéter le scénario de la relâche le printemps dernier ?

    Reste à voir aussi comment notre cher gouvernement va réagir si et quand les frontières se referment en cas d'augmentation significative de la contamination et s'ils vont envoyer des avions comme au printemps pour aller chercher ceux qui ont pris une chance de voyager malgré les avis contraires. Ce n'est vraiment pas une bonne idée de voyager en temps de pandémie et un peu de patience peut faire beaucoup plus pour venir à bout de cette pandémie que de défier les directives et augmenter les risques potentiels.

  • Rene Labelle - Inscrite 20 novembre 2020 10 h 20

    Vous avez oublié de parler du gouvernement fédéral

    Bonjour Boris Proulx et Magdaline Boutros,

    Il me semble que dans votre article vous ne tenez pas compte de deux avertissements importantes de notre gouvernement fédéral,

    Le premier : Avertissements officiels aux voyageurs à l’étranger.

    https://voyage.gc.ca/voyager/avertissements

    Le deuxième vient du premier ministre Justin Trudeau : Trudeau invite les Snowbirds à rester au pays. (Si vous êtes malpris on ira pas vous chercher).

    https://www.lapresse.ca/covid-19/2020-11-17/trudeau-invite-les-snowbirds-a-rester-au-pays.php

    Le trosième est mon expérience personnel

    Nous étions en Espagne en mars 2020. Du 1er février au 26 mars. Le 13 mars le gouvernement de l'Espagne demanda à tous les hotels du pays de fermer leurs portes aux tourismes. Quelques jours plus tard c'est la compagnie Air Transat qui annula TOUS ses vols en Espagne. Pas moyen de revenir au Canada. Nous étions 400 clients du Québec dans notre hotel. Le gérant d'hotel ferma les piscines; le bar et le restaurant. Nous étions confiné dans notre chambre tous les jours. Heureusement nous avions un appartement/hotel avec cuisinette et frigidaire. Nous pouvions nous rendre à l'épicerie ainsi qu'à la pharmacie. Il n'y avait pas de masque à notre disposition. Dans la semaine du 15 mars, tous les bars; restaurants; activités touristiques furent annulés et fermés dans toutes les villes de la région de Malaga.

    Tout cela par le gouvernement Espagnol.

    Nous avons été chanceux que par l'intermédiaire de notre consulat canadien en Espagne et par l'intermédiare du gouvernement fédéral canadien qui s'est occupé de notre repatriement. Enfin, notre retour le 26 mars avec une escale à Halifax. Personne n'avait de masque dans l'avion d'Air Transant qui était pleine à craquer et on entendait " tousser" beaucoup de personnes.

    Un cauchemard que je ne souhaite pas à personne.

    Je crois que les personnes n'ont pas beaucoup de mémoire...cela ne fait que 8 mois...et des milliers de passagers n'ont pas encore été remboursés...

    Ont-ils v

  • Madeleine LaRoche - Abonnée 20 novembre 2020 15 h 12

    Quelle incohérence

    Comment un gouvernement peut-il interdire l'accès aux bars et au restaurants dans son propre état et tolérer en temps de pandémie supposément incontrôlable et galoppante à l'intérieur de ses frontières que des citoyens prennent l'avion et des vacances à l'international? Des vacances là où l'on a pas les mêmes normes d'hygiène? Depuis six mois, on nous fait faire la queue devant les commerces, on nous demande de porter un masque, on nous somme de nous laver, on demande aux gens de faire du télé-travail alors que bien souvent leur bureau est à quelques kilomètres de leur résidence. On nous dit même d'éviter d'aller à l'hôpital. Mais, pas un mot, pas d'avertissement ni d'interdiction de sortir du pays alors qu'il y a plus de cas dans certains pays ou certaines destinations visités. Qui cherche-t-on à protéger vraiment? L'économie ou les citoyens? On manipule même les chiffres et les mots. Quelle improvisation et quelle incohérence. Ce, depuis le début de ladite pandémie. On ne fait même pas la différence entre un «cas», un «infecté» et un «malade». On ne précise pas que ce sont les personnes âgées et/ou ayant une maladie chronique respiratoire qui sont les plus à risque. Même pas dans les médias. Sensationnalisme de bas étage? Comme disait le Capitaine Bonhomme : «Vous serez confondus - dus -dus -dus!» Se serait-il réincarné en capitaines Arruda et Legault?