L’intelligence artificielle au service des emplois en région

Seul un petit pourcentage des quelques 3000 entrevues accomplies à ce jour par plus de 1000 immigrants a conduit à une embauche.
Photo: iStock Seul un petit pourcentage des quelques 3000 entrevues accomplies à ce jour par plus de 1000 immigrants a conduit à une embauche.

Un « algorithme de match » de la Fédération des chambres de commerce du Québec a mené plus de 1000 immigrants à une entrevue avec un employeur.

L’idée a germé il y a quatre ans, alors que les 55 000 entreprises que chapeaute la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) peinaient à embaucher de nouveaux arrivants. « Les employeurs du Québec voulaient embaucher des personnes immigrantes, mais ils avaient de la difficulté à les rejoindre », explique le responsable du programme, Benoît Malric.

À la tête d’une équipe de trois personnes, ce dernier tente alors de bâtir des ponts en arrimant manuellement les curriculum vitæ des uns aux exigences des autres. La première année, 790 employeurs s’inscrivent au programme nommé « Un emploi en sol québécois », tandis que 1500 personnes immigrantes font de même. « Avec la popularité du programme, on était un petit peu fatigués au bout de notre année », raconte M. Malric en riant.

C’est alors qu’avec l’aide d’une entreprise externe, son équipe met sur pied un « algorithme de match ». Dès lors, tant les employeurs que les candidats remplissent un formulaire d’une trentaine de questions pour lister les attentes des uns et les compétences des autres. Le logiciel en question compare les profils et produit un « rapport de compatibilité » qui court-circuite le fastidieux travail du tri des candidatures. Les résultats se font vite sentir. « À 84 %, l’employeur se dit que la candidature présentée est pertinente », déclare Benoît Malric.

Le logiciel se double cependant d’un œil humain « pour s’assurer que l’intelligence artificielle n’a pas de biais ». Au-delà des critères comme le « domaine d’expertise, le nombre d’années d’expérience, le quart de travail, l’échelle salariale, la langue parlée », l’équipe de la FCCQ s’assure, par exemple, que le candidat possède un permis de conduire si la région visée ne possède pas de transport en commun.

Seul un petit pourcentage des quelque 3000 entrevues réalisées à ce jour par plus de 1000 immigrants a conduit à une embauche. Benoît Malric voit cependant dans chacune des entrevues un pas vers l’amélioration des communications interculturelles. D’une part, les nouveaux arrivants « s’habituent à faire des entrevues à la québécoise » et de l’autre, « les décideurs d’entreprises du Québec rencontrent des personnes immigrantes pour s’habituer à faire des entrevues avec des personnes d’autres cultures ».

« C’est une question d’apprentissage culturel. Par exemple, on avait des participants d’un pays africain. Eux, dans leur culture, quand ils passent une entrevue, regarder la personne qui est en position hiérarchique dans les yeux, c’est considéré comme impoli. Donc, par respect, ils baissaient les yeux et regardaient la table. Après, le recruteur québécois nous disait : “Bien là, toute l’entrevue, il ne m’a pas regardé dans les yeux. Je pense qu’il me cache quelque chose.” On lui explique les choses et on fait aussi un retour au candidat. […] On veut que les personnes immigrantes sachent pourquoi elles n’ont pas été sélectionnées. La rétroaction qu’on fait avec les candidats, ça leur permet de s’améliorer. »

Benoît Malric affirme aussi vouloir familiariser les nouveaux arrivants aux régions québécoises. Avant l’entrevue d’embauche formelle, la FCCQ offre aux candidats des visites du territoire et la rencontre de personnalités locales. Depuis octobre, ces entretiens se déroulent dorénavant à distance, mais Benoît Malric y voit tout de même une façon de plus d’emmener plus d’immigrants à vivre en région. « Quand un Camerounais dit :  “Moi, ils m’ont surnommé Abib-tibien, parce que mon nom c’est Abib et que je suis bien intégré ici”, ça fait une différence, raconte-t-il. Et puis, ils sont capables de parler d’enjeux particuliers et de solutions particulières que nous ne connaissons pas, nous, les Québécois natifs. »

À voir en vidéo