2020, année d’entraide jusqu’au bout?

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
L’année 2020 n’a pas été aussi désastreuse que ce à quoi on s’attendait pour les organismes et la philanthropie.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne L’année 2020 n’a pas été aussi désastreuse que ce à quoi on s’attendait pour les organismes et la philanthropie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Malgré la situation plus que particulière engendrée par la pandémie, les Québécois se sont serré les coudes en 2020 et ont fait preuve d’une grande générosité, ce que démontre la dernière étude sur les tendances en philanthropie au Québec menée par Épisode, une firme d’experts-conseils en philanthropie. Qu’en sera-t-il pour cette fin d’année et pour 2021 ? Entrevue avec Daniel Asselin, président d’Épisode.

Habituellement, les gens donnent beaucoup à l’approche des Fêtes. Est-ce que ce sera le cas cette année aussi ?

On pense que le temps des Fêtes ne sera pas mauvais pour la philanthropie surtout grâce aux baby-boomers et à la génération précédente, parce qu’ils n’auront pas voyagé et ne voyageront pas dans la prochaine année. Ces gens-là continuent à avoir des revenus et vont en profiter pour soutenir des organismes locaux de façon importante. Et pour les organismes, ce sera donc encore un bon moment pour solliciter le public et pour recueillir des revenus substantiels. Si jamais on vivait une crise économique majeure, celle-ci serait plus dommageable qu’une pandémie. Une pandémie, c’est temporaire, ça fait bouger le marché de la philanthropie, mais on va reprendre là où on était dès que ça va repartir.

Et si nous regardons l’année dans son ensemble. À quoi vous attendiez-vous pour 2020 en philanthropie ?

Si on prévoyait une baisse dans les dons philanthropiques en 2020, finalement, l’année n’aura pas été aussi désastreuse que ce à quoi on s’attendait. Deux éléments majeurs font que 2020 aura dépassé nos attentes. D’abord, les baby-boomers et la génération précédente, qui ont le portefeuille le plus important en dollars philanthropiques, ont été moins affectés par la pandémie que les générations X, Y et Z. Ils ont continué à soutenir les organismes et même, dans certains cas, ils ont augmenté leurs dons. De plus, l’aide du gouvernement fédéral — qui a maintenu une économie artificielle — a fait en sorte que les portefeuilles des individus et ceux des organismes et des entreprises ont baissé, mais pas tant que ça compte tenu des subventions comme la PCU et la subvention salariale. Comme je le répète souvent, la philanthropie est au bout de la chaîne alimentaire, mais si celle-ci n’est pas trop grugée, les gens continuent à être généreux.

En quoi 2020 a-t-elle été différente des autres années ?

Actuellement, ce qui hypothèque le plus le dollar philanthropique, c’est l’interdiction de grands rassemblements. La perte la plus importante est dans l’événementiel. En philanthropie, les grands événements à caractère rassembleur, comme le Défi Pierre Lavoie, le 24 heures Tremblant ou le tour CIBC-Charles-Bruneau, génèrent beaucoup de dons. Cette année, ces rassemblements n’ont pas eu lieu. C’est ce qui fait le plus mal en 2020, et ça va continuer à être difficile en 2021.

Les gros joueurs, comme les fondations hospitalières, les universités, les collèges qui sont bien structurés en philanthropie peuvent se permettre d’avoir de moins bonnes années parce qu’ils ont déjà de l’argent d’amassé. Ceux à qui la pandémie a fait le plus de mal, ce sont les petits organismes qui vivent de l’événementiel en organisant un tournoi de golf ou un souper-bénéfice. Certains d’entre eux n’auront pas les reins assez solides pour survivre et devront envisager des fusions ou des alliances avec des organisations plus développées. Cet élagage que la pandémie aura forcé n’est pas nécessairement mauvais. On va rebondir avec de meilleures pratiques et avec créativité.

Comment réagissent les organismes philanthropiques ?

Actuellement, les organismes sont en questionnement. Dans la recherche de solution, ils vont mettre en place de nouvelles façons de faire afin de mieux solliciter les baby-boomers et la génération précédente, qui sont encore très présents. On va creuser des stratégies pour faire en sorte de diminuer l’événementiel. Mais un jour, les rassemblements vont revenir. La philanthropie, c’est un être humain qui console un autre être humain, c’est un geste de générosité, et les gens aiment se rassembler. On ne peut pas réinventer la philanthropie de manière virtuelle. Ce que je suggère actuellement aux grandes organisations, c’est de profiter de la pandémie pour faire des alliances avec différents ministères, organiser de grandes campagnes de promotion de la philanthropie et de faire émerger de nouveaux philanthropes dans la communauté.

Un virage pris à toute vitesse

Selon Yannick Elliott, vice-président au développement philanthropique chez Centraide du Grand Montréal, « les méthodes utilisées dans le passé sont aujourd’hui transformées par la COVID-19, et il faut faire preuve d’imagination et être en mesure d’opérer un virage numérique pour rejoindre les gens ». Chez Centraide, plus de 80 % des dons amassés lors de la campagne de financement annuelle proviennent de milieux de travail. « De plus en plus, ces milieux nous demandaient des outils pour rejoindre les employés de façon électronique, et ça fait 10 ans qu’on y travaille », explique-t-il, rappelant que, jusqu’à l’an dernier, une soixantaine d’entreprises recueillaient des fonds de manière électronique ; cette année il y en a près de 400. Centraide soutient un réseau de 350 organismes. Quand la première vague de la COVID-19 est arrivée avec son confinement, certains de ces organismes n’étaient tout simplement pas équipés pour offrir un service à distance. « Dans les fonds d’urgence qu’on a recueillis depuis le printemps et l’été, on a investi près d’un million de dollars pour donner aux organismes des outils électroniques afin qu’ils soient en mesure de continuer le service auprès de leur clientèle », raconte le vice-président.

 

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