Un grenier plein à craquer pour Moisson Montréal

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
En 2020, Moisson Montréal aura distribué pour plus de 100 000 000$ de nourriture grâce à la générosité des Québécois qui ont offert «un soutien financier incroyable». 
Photo: iStock En 2020, Moisson Montréal aura distribué pour plus de 100 000 000$ de nourriture grâce à la générosité des Québécois qui ont offert «un soutien financier incroyable». 

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Encore cette année, le nombre de paniers de Noël préparés chez Moisson Montréal sera impressionnant. « Et il y aura une boîte de masques dans chacun des 25 000 paniers ! » lance Richard Daneau, directeur général de l’organisme. Le temps des Fêtes, c’est la période où tout le monde a le coeur sur la main et c’est un moment de grande activité dans le milieu communautaire. Toutefois, en cette année toute chamboulée, c’est depuis le printemps que l’on court de tous les côtés chez Moisson Montréal.

Comme les bonnes nouvelles se font rares et qu’on les prend quand elles passent, ces temps-ci, Richard Daneau a de bonnes raisons de se réjouir : « Habituellement, un des grands enjeux des organismes communautaires, c’est le financement, on est toujours à la recherche d’argent, mais actuellement, force est de constater qu’on est dans une bonne situation financière », lance-t-il avec un sourire dans la voix. Cette situation enviable, l’organisme la doit aux gouvernements, bien sûr, qui ont beaucoup investi dans les grands réseaux d’entraide, mais aussi aux « Québécois et aux Montréalais qui, frappés de voir les tablettes vides dans les épiceries jusqu’en avril, ont offert un soutien financier incroyable », ajoute-t-il. Donc pas de tracas financiers pour l’année en cours, et des denrées à profusion.

Actuellement, chez Moisson Montréal, les entrepôts sont pleins : « Depuis avril, on donne 35 % plus de kilogrammes de nourriture qu’on en a donné l’an dernier, ça équivaut à 17 000 000 $ de plus dans les sept premiers mois de l’année », raconte le d.g. Selon lui, toute cette nourriture excédentaire découle du fait que les restaurants sont fermés et que le réseau hôtelier est en arrêt, « tout ça nous a aidés dans notre mission et on serait bien mal venus de crier au loup même si on nourrit des craintes quand on regarde vers l’avenir… »

Pour ce qui est de 2020, l’organisme de bienfaisance aura distribué pour plus de 100 000 000 $ de nourriture. Pour y parvenir, il lui en coûte 6 000 000 $ en frais d’exploitation et en salaires. Par ailleurs, le directeur rappelle que, plutôt que d’aller acheter une boîte de thon à 5 $ pour en faire don, mieux vaut faire un don de 5 $ en argent. Car « avec ça, on va aller chercher 75 $ de bouffe [chez nos partenaires], qui autrement se ramasserait à l’enfouissement ». C’est pourquoi, depuis quelques années et progressivement, le pourcentage de dons en argent a augmenté par rapport à ce qui est donné en denrées.

Un modèle enviable

Moisson Montréal est la plus grande banque alimentaire au Canada et son chiffre d’affaires fait l’envie de bien des entreprises : « Tout ça parce qu’on s’est attaqué au gaspillage alimentaire peut-être plus que les autres grandes banques », explique Richard Daneau. Dans son réseau, Moisson Montréal compte les grands acteurs de la transformation alimentaire de la région métropolitaine, et « contrairement à ce que les gens peuvent penser, ce qui provient du commerce au détail ne représente que 15 % de ce qu’on recueille », explique-t-il.

Les grandes quantités de denrées que sont capables de donner les transformateurs sont à la base du modèle philanthropique de Moisson Montréal et de son gigantesque impact social. C’est la raison pour laquelle l’organisme a besoin de dons en argent afin de payer le carburant des camions, l’électricité nécessaire aux entrepôts et le salaire de ses employés.

Le réseau des banques alimentaires du Québec est constitué de 19 membres Moisson. Ces derniers jouent le rôle de centres de tri régionaux et redistribuent les denrées. Chez Moisson Kamouraska, Mireille Lizotte, la directrice, explique que « c’est plus facile pour nous d’avoir 90 000 livres de patates que d’aller chercher 90 000 $ ! »

D’ailleurs, son approvisionnement provient en grande partie de la bourse de denrées, une plateforme qui permet aux fournisseurs et aux producteurs de faire rapidement don de leurs surplus ou d’une partie de leur production. Ici, les six MRC — qui comptent 26 organismes et huit comités de bénévoles — desservies par Moisson Kamouraska ont le privilège d’être voisines de producteurs maraîchers, mais contrairement à Montréal, elles ne peuvent pas compter sur les transformateurs alimentaires, « et même si on envie parfois Montréal, on ne pourrait jamais avoir la structure logistique pour être capables de récupérer autant », précise la directrice.

Avec un entrepôt et trois employés à temps plein, Moisson Kamouraska préparera cette année près de 700 paniers de Noël, alors que la demande pour l’an dernier n’était que de 425. Mireille Lizotte est optimiste : « On travaille en concertation avec le milieu. Des municipalités ont passé des résolutions pour nous soutenir et on a une réserve de denrées dans l’entrepôt. Mais on va quand même avoir besoin de la population parce qu’il n’y aura pas de tout, et ce qui manque, il faudra l’acheter. »

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