Le cas d’Elisabeth Rioux démontre le fardeau des victimes de violence conjugale

«En quoi le fait qu’une femme montre ses fesses est incompatible avec le fait qu’elle puisse dénoncer de la violence conjugale?», questionne la sociologue Sandrine Ricci.
Photomontage: Olivier Zuida Le Devoir «En quoi le fait qu’une femme montre ses fesses est incompatible avec le fait qu’elle puisse dénoncer de la violence conjugale?», questionne la sociologue Sandrine Ricci.

Le témoignage de l’entrepreneure Elisabeth Rioux, victime de violence conjugale, a démontré une fois de plus que le fardeau repose sur les survivantes, estiment des expertes, qui soulignent que la responsabilisation de l’agresseur présumé est passée complètement sous le radar.

« L’apparence physique ou la popularité de quelqu’un ne devrait jamais éclipser tout le courage que ça prend pour dénoncer une situation de violence conjugale », note Chantal Arseneault, présidente du Regroupement des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

Mardi, l’influenceuse de 23 ans, qui compte plus de 1,7 million d’abonnés, a dénoncé dans une série de stories sur Instagram le comportement violent de son ex-conjoint. Celui-ci venait de publier une « blague » au sujet de l’infidélité et certains internautes l’ont associée à l’entrepreneure, puisque le couple a récemment confirmé s’être séparé. Voulant mettre fin aux rumeurs, la femme a publié des photos des blessures qu’elle aurait subies de la part de son ex-conjoint. Elle a également indiqué avoir porté plainte à la police.

Au micro de Paul Arcand, sur les ondes du 98,5, Elisabeth Rioux a expliqué jeudi avoir voulu rectifier les faits après avoir vu les publications de son ex. « J’ai subi de la violence psychologique dans les derniers mois […] il y a eu beaucoup d’humiliation de sa part », a-t-elle mentionné.

L’entrepreneure a confié s’être à nouveau sentie humiliée lorsqu’elle a entendu un échange entre la cheffe d’antenne de TVA, Julie Marcoux, et l’animatrice de QUB radio, Geneviève Pettersen, ainsi que lors d’une intervention à l’émission de Benoît Dutrizac. Des échanges qui ont mis l’accent davantage sur l’apparence d’Elisabeth Rioux, qui est à la tête d’une compagnie de maillots de bain, que sur la situation qu’elle dénonçait. Les deux journalistes se sont depuis excusées sur les réseaux sociaux.

« On critique une femme qui dénonce son conjoint violent parce qu’elle met des photos d’elle en maillot de bain , a-t-elle déploré.  Lui aussi publie des photos [de lui] en maillot de bain, lui aussi est un influenceur […] On ridiculise la femme et ça fait partie des raisons pour lesquelles on reste en silence », a-t-elle ajouté.

Jugement

Le cas d’Elisabeth Rioux met en avant la principale embûche que rencontrent les victimes de violence conjugale : le jugement.

« L’humain a peut-être des préjugés, mais la violence, elle, n’en a pas. Peu importe l’âge, la beauté, la richesse ou la pauvreté, la violence conjugale peut tous nous toucher », rappelle Mme Arseneault.

La sociologue féministe Sandrine Ricci déplore que ce soit l’apparence physique de l’entrepreneure qui retienne l’attention plutôt que la plainte envers son ex-conjoint. « Les personnes qui ont mis le feu aux poudres ont manqué une occasion de soulever la réalité des survivantes de violence conjugale », dit-elle.

La parole de l’entrepreneure a été discréditée par les normes de respectabilité, souligne Mme Ricci. « En quoi le fait qu’une femme montre ses fesses est-il incompatible avec le fait qu’elle puisse dénoncer de la violence conjugale ? » demande-t-elle.

Pourtant, note Mme Ricci, en utilisant les réseaux sociaux pour dénoncer, Elisabeth Rioux a lancé un message fort. « Même lorsqu’on a une vie qui semble parfaite, qu’on a un corps de rêve, on peut subir de la violence, et c’est ça, le message qui devrait être retenu », mentionne-t-elle. « Pendant qu’on discrédite la femme, l’agresseur présumé, lui, reste dans l’ombre », conclut-elle.

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