Destination Floride pour des snowbirds malgré la pandémie

Subir la pandémie au froid au Québec ou au chaud en Floride ? La réponse semble évidente pour de nombreux snowbirds qui quittent ces jours-ci le Québec pour le sud des États-Unis. Comme à l’habitude… ou presque. La COVID complique les déplacements pour traverser la frontière, mais ne les rend pas impossibles. Loin de là. Des centaines de snowbirds — qui font partie d’une frange de la population pourtant à risque de développer des complications en lien avec la COVID — délient les cordons de leur bourse, et usent d’imagination, pour aller se confiner sous le soleil floridien plutôt que dans la gadoue québécoise.

« Je ne pouvais pas m’empêcher de venir. Ce n’est que du bonheur ici », lance Micheline Rodrigue, alias Mimi, 75 ans, arrivée jeudi pour passer son 30e hiver en Floride. « Ce n’est pas plus dangereux pour la COVID ici qu’au Québec, assure-t-elle, le soleil dans la voix. Je fais attention et toutes les mesures sanitaires sont en place. »

Contrairement à une croyance bien ancrée, la frontière américaine n’est pas fermée hermétiquement aux voyageurs canadiens. Il est impossible de franchir la frontière terrestre, mais par la voie aérienne, les voyageurs canadiens peuvent continuer de se rendre au pays de l’oncle Sam. La frontière canadienne, elle, est bel et bien fermée par les voies terrestres et aériennes.

Le soleil est donc à portée de main — même si le gouvernement canadien recommande d’éviter les voyages non essentiels à l’extérieur du pays —, à quelques « petits » détails près. Il faut tout d’abord trouver un moyen de faire traverser son véhicule récréatif ou encore sa voiture par la frontière terrestre, avoir les moyens de payer pour ce service de transport de véhicules en plus des billets d’avion, trouver une assurance médicale qui couvre la COVID, accepter de vivre avec le risque d’être contaminé par le coronavirus en étant loin de chez soi et effectuer une quarantaine ferme de 14 jours à son retour au pays.

« Je vous dirais qu’on a environ 25 % à 30 % de la clientèle québécoise habituelle », signale un brin étonné Michel Séguin, éditeur du magazine Carrefour Floride à Hollywood, une ville située entre Fort Lauderdale et Miami. De plus en plus de plaques d’immatriculation québécoises sont visibles dans les rues, rapporte-t-il. « Les États-Unis les font passer par la porte d’en arrière, parce que c’est payant, les Québécois, pour la Floride. »

Transport commercial

Chez Transport KMC, le téléphone ne dérougit pas depuis quelques semaines. La compagnie québécoise offre un nouveau service permettant de faire traverser les véhicules des snowbirds de l’autre côté de la frontière. Un service routier de transport commercial — donc autorisé en ces temps de COVID par la frontière terrestre — pour le moins prisé. « Depuis que le gouvernement a annoncé le 19 octobre que la frontière demeurait fermée, on reçoit environ 1200 appels par jour, indique Michael Couturier, président de Transport KMC. On paye de la publicité pour dire aux gens qu’on ne peut plus prendre d’autres clients pour essayer de réduire le nombre d’appels. »

KMC offre deux options aux snowbirds. La première est la livraison de leur véhicule directement en Floride (pour un prix allant de 1500 $ pour une voiture jusqu’à 4500 $ à 5000 $ pour un véhicule motorisé ou un pick-up avec remorque), pendant que les clients se rendent dans le Sunshine State à bord d’un vol commercial. La seconde — qui sied davantage à ceux qui possèdent un gros motorisé ou encore à ceux qui voyagent avec un gros chien ne pouvant prendre un vol commercial — qui consiste à la livraison du véhicule à l’aéroport de Plattsburgh, accompagnée d’un transport par un vol nolisé par KMC permettant de faire transiter neuf personnes à la fois de l’aéroport de Saint-Hubert à celui de Plattsburgh. Un service qui coûte 1000 $ pour le transport du véhicule et 500 $ par personne pour le vol et qui permet par la suite aux snowbirds de poursuivre leur chemin par la route vers le Sud. Depuis la mi-octobre, Michael Couturier estime avoir ainsi permis à plus de 1000 Québécois d’aller passer l’hiver au soleil.

Transport Élégance, qui effectue aussi le transport de véhicules vers la Floride, roule également à plein régime depuis quelques semaines. « La demande est extrêmement forte », confirme Mario Goulet, directeur de l’entreprise. « On transporte 90 véhicules par semaine, sans arrêt. »

Quitte à être confinés ici, mieux vaut l’être en Floride, se disent bien des snowbirds. Mais attention pas tous, et même loin de là. « Nous, on s’est acheté des pneus d’hiver », glisse dans un sourire Johanne Blain, qui se rend chaque hiver en Floride depuis 5 ans. Mais la jeune retraitée passera la saison froide qui est à nos portes ici au Québec. « On veut profiter longtemps de notre retraite, explique celle qui est également directrice pour le Québec et la francophonie de l’Association canadienne des snowbirds. Pourquoi on prendrait le risque avec la COVID avec l’âge qu’on a ? Si on l’attrape là-bas, on n’est pas chez nous, c’est pas notre langue. On est mieux dans nos choses avec notre famille autour de nous. »

Sous les palmiers de la Floride, les magasins, les restaurants, les bars sont actuellement ouverts comme à l’habitude ou presque, rapporte Michel Séguin. Le port du masque est bien répandu, assure-t-il. Ce Floridien d’adoption depuis 23 ans estime lui aussi que les risques liés à la COVID sont limités. « Les Québécois vivent entre eux, dans des parcs de maisons mobiles ou dans des condos, je ne vois pas ça comme étant plus dangereux [qu’au Québec]. »

Micheline Rodrigue anticipe tout de même une saison hivernale différente des autres. « Cette année, ça va être une année d’entraide entre nous, les Québécois. On n’aura pas toutes nos activités, pas tous nos amis, dit-elle. Mais ici, c’est les fleurs, c’est le bord de mer, c’est ma liberté. Je respire et je vis. »

Affaires mondiales Canada n’a pas répondu à notre question visant à connaître la position du gouvernement canadien par rapport à ces nombreux départs vers les États-Unis. Depuis le début de la pandémie, la Floride déplore quelque 17 000 décès dus à la COVID et près de 850 000 infections au coronavirus pour une population d’environ 21,5 millions d’habitants.



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8 commentaires
  • Simon Sauvé - Abonné 11 novembre 2020 07 h 37

    Me, myself and I

    Un seul mot: égoïste!
    Pendant que la majorité adopte tous les comportements recommandés pour amoindrir cette pandémie, d'autres ne pensent qu'à leur petit bonheur. Alors que les États-Unis viennent d'atteindre le niveau record de 200000 infections en 24 heures, sachant très bien que tous les cas ne sont pas détectés, ces abrutis profitent tout de même des failles du système pour aller dépenser notre argent aux USA. Bien entendu, advenant un pépin, ils vont venir pleurer devant la caméra et demander à l'état providence de venir les cherchers. Ridicule - Me, myself and I

  • Joane Hurens - Abonné 11 novembre 2020 07 h 59

    Et le retour?

    Les États-Unis sont en train de perdre le contrôle avec des sommets de 120 000 cas par jour. À quel moment reviendront ces chers Snowbirds? Quand les États seront à 200 000 par jour, en mars par exemple?

    Pourquoi s'en faire puisque le système de santé québécois ramassera "les malchanceux" Snowbirds qui auront fait attention comme en mars-avril derniers?
    Beau projet en perspective: Les vagues de la Floride pour les Snowbirds et au retour, les vagues printanières de la COVID pour le reste de la population québécoise.
    Suggestion de slogan pour ces oiseaux migrateurs: "Nous, on contribue!"

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 novembre 2020 13 h 16

      Je me trompe peut-être mais je pense qu'ils doivent se payer une assurance-maladie indépendante. Sinon,c'est à ajouter au transfert de capitaux ves la Floride qui l'accueille avec joie par la porte d'en arrière. Espérons qu'il y aura un vaccin avant la migration.
      Un snowbird: «S'il faut, on va y aller à la rame!»
      Triste dépendance. Il suffit de s'habituer à l'hiver en faisant du ski de fond. Un hiver qui sera peut-être plus clément.
      J'aime votre commentaire même si je ne suis pas sur FB.

  • François Boulay - Abonné 11 novembre 2020 10 h 15

    Message aux Snowbirds

    Avant de partir, il serait prudent d'informer des proches ou vous avez rangé votre testament. Prévoyez si possible de vous faire incinérer en Floride , c'est beaucoup plus plus facile de repatrier les cendres. Bonne chance

  • Daniel E. Gendron - Abonné 11 novembre 2020 10 h 45

    .Chers Snowbirds

    Y a rien de trop beau...

  • Yolande Naggar - Inscrit 11 novembre 2020 11 h 42

    Rappel de l'histoire la Cigale et la Fourmi

    La liberté des uns s'arrête où celle des autres commence! Ça m'a d'abord choqué de lire cet article, ensuite je me suis dis que chacun(e) est libre de vivre comme il ou elle l'entend. Nous sommes dans un pays libre non? Dans la mesure où l'on respecte toutes les consignes sanitaires pour protéger les autres, ça me va.. Malheureusement, que l'on décide de rester ici ou de voyager ailleurs, certains continueront à n'en faire qu'à leur tête sans aucun scrupule. À ces personnes je dis, attention à la loi universelle du retour du boomrang! Quand on fait du mal à autrui, en toute conscience, ça nous revient indéniablement et si comme la cigale vous aurez chanté tout l'hiver, essayez de danser devant votre propre malheur quand il arrivera à l'improviste sans tenir compte de la saison, ni de votre plaisir égocentrique!