Mort de Bony Jean-Pierre : un enquêteur décrit les préparatifs de l’intervention policière

Le procès, qui se déroule devant le juge Yvan Poulin, devrait durer cinq semaines.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le procès, qui se déroule devant le juge Yvan Poulin, devrait durer cinq semaines.

Au deuxième jour du procès du policier Christian Gilbert, accusé d’homicide involontaire ayant causé la mort de Bony Jean-Pierre en mars 2016, l’enquêteur au dossier, le lieutenant-détective Érick Lavallée, a relaté les préparatifs de la frappe antidrogue effectuée dans un immeuble de Montréal-Nord.

Interrogé par la Couronne, l’enquêteur Lavallée, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a indiqué que les policiers avaient fait une surveillance de l’immeuble de la rue Arthur-Chevrier dans les jours précédant l’intervention. Deux transactions de drogue avaient aussi été effectuées par un agent d’infiltration.

Décrivant l’endroit comme une « plaque tournante » du trafic de stupéfiants dans le secteur et comme le « quartier général » des Rouges, un gang de rue, le policier a précisé qu’un va-et-vient constant avait été observé lors des opérations de surveillance. « Au Jour J », le 31 mars 2016, deux rencontres avaient été tenues avec certains policiers impliqués dans l’opération, une tôt le matin et une autre vers 15 h 30 à l’arrière du Walmart de Montréal-Nord.

Il était prévu que quatre personnes seraient arrêtées lors de la perquisition, mais l’enquêteur a indiqué que les policiers s’attendaient à procéder à d’autres arrestations sur place compte tenu de la présence possible d’un plus grand nombre de personnes sur les lieux.

L’opération a été lancée vers 16 h 10 avec le concours des policiers du Groupe tactique d’intervention (GTI) du SPVM.

Risque « modéré »

Le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Bussières, a longuement interrogé le témoin sur l’évaluation du risque qui avait été effectuée avant l’opération. Ce risque était considéré comme « modéré », mais nécessitait la participation du GTI. Le lieutenant-détective Lavallée a soutenu qu’il y avait possibilité de présence d’une arme.

Six individus ont été arrêtés sur place et conduits au Centre d’enquête de l’Est alors que six autres ont été relâchés sur les lieux. Bony Jean-Pierre a pour sa part tenté de s’enfuir par la fenêtre. Il avait en sa possession 3,5 grammes de marijuana, a dit l’enquêteur Lavallée.

Blessé par une balle de plastique tirée un policier, Bony Jean-Pierre a été conduit à l’hôpital. L’homme noir de 46 ans a succombé à ses blessures quatre jours plus tard.

Érick Lavallée a indiqué avoir appris que Bony Jean-Pierre faisait l’objet d’un mandat d’arrestation d’une autre province, mais il a affirmé ne pas vu le mandat en question. Plus tard en après-midi, l’avocat du policier Christian Gilbert, Me Louis Belleau, a précisé que M. Jean-Pierre était accusé en lien avec une affaire de proxénétisme et d’usage d’une arme.

En marge de cette opération, les policiers souhaitaient aussi procéder à l’arrestation de Dany Villanueva — dont le frère Fredy est tombé sous les balles d’un policier en août 2008, dans un parc de Montréal-Nord —, qui se trouvait alors à Repentigny. Le SPVM voulait l’arrêter « avant qu’il arrive à Montréal », a précisé le lieutenant-détective Lavallée.

Le procès, qui se déroule devant le juge Yvan Poulin, se poursuivra mercredi et devrait durer cinq semaines. Le policier Christian Gilbert était membre du GTI au moment des faits.

L’intervention policière, qui avait conduit à la mort de Bony Jean-Pierre, avait provoqué une émeute à Montréal-Nord, le 6 avril 2016. Des manifestants avaient alors saccagé le poste de police 39, boulevard Henri-Bourassa, vandalisé des voitures et fracassé des vitrines de commerces avoisinants.

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