La COVID-19 emporte 7 des 35 résidents d’un CHSLD d’Alma

Le CHSLD Isidore-Gauthier, à Alma, où la COVID-19 a fait des ravages depuis le début de la deuxième vague.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le CHSLD Isidore-Gauthier, à Alma, où la COVID-19 a fait des ravages depuis le début de la deuxième vague.

La résidence pour aînés cumulant la plus forte proportion de décès depuis le début de la deuxième vague se trouve à Alma. En cinq jours, 20 % des résidents du CHSLD Isidore-Gauthier ont été emportés par la COVID-19.

« Ça commence à être assez inquiétant, les décès qu’il y a actuellement », faisait remarquer mardi le président du syndicat local de la CSN, Gaston Langevin.

Située dans le secteur Saint-Cœur-de-Marie à Alma, la résidence a l’allure d’un grand bungalow dont les quatre ailes sont reliées par le centre. Sur les 35 résidents, 7 sont décédés depuis le 15 octobre et 50 personnes ont été placées en isolement, des patients autant que des employés.

Dans l’une des fenêtres, un grand dessin d’enfant vient rappeler que les résidents de ces maisons anonymes sont aussi souvent des grands-parents.

Sur l’une des portes, une affiche indique qu’on est en « Alerte — Éclosion ». Une employée croisée près du porche indique qu’elle préfère ne pas nous parler.

À l’intérieur, le personnel est débordé, selon Julie Bouchard du syndicat des professionnelles en soin de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ).

« On a beaucoup de personnel qui sort, mais on n’a pas plus de remplaçantes », déplore-t-elle. La région n’était pas prête à ça, dit-elle. Lors de la première vague, l’impact de la COVID-19 s’était limité à un CHSLD de Chicoutimi. Cette fois, le virus est « dans plusieurs endroits ».

Fait notable, la pénurie ne touche pas seulement les infirmières, mais également les préposés aux bénéficiaires.

Au CHSLD Isidore-Gauthier, il en manque à tous les quarts de travail, précise Gaston Langevin. « Ils sont tout le temps à moins deux, moins trois, moins quatre… Ça a même monté à moins six préposés sur certains quarts [sur un total de 12 à 14]. On essaie de combler les besoins avec des aides de services qui viennent leur prêter main-forte, mais la situation est difficile. »

Pourtant, pas moins de 200 nouveaux préposés se sont ajoutés dans la région, dit-il. Mais ce n’était pas assez, relève M. Langevin. « Une chance qu’on a eu les nouvelles cohortes en septembre »

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Sur l’une des portes du CHSLD IsidoreGauthier, à Alma, une affiche indique qu’on est en « Alerte éclosion ».

« On était protégés »

Michel (nom fictif), un employé de l’établissement, raconte que le virus s’est répandu à un rythme effarant à partir du premier résultat positif reçu par un résident, le 3 octobre. « Une fois que la COVID est entrée, les cas se sont multipliés. […] On était tous stressés par la situation parce qu’on n’avait jamais vécu ça. On n’avait pas eu de cas dans la première vague », confie-t-il en soulignant que « tout le monde a donné son maximum ».

Michel n’a pas voulu divulguer son identité par crainte de représailles de son employeur, qui avait donné pour directive au personnel de ne pas parler aux médias.

Cinq ou six jours après le premier cas, plusieurs résidents et employés manifestaient des symptômes. Michel n’arrive pas à comprendre pourquoi il y a eu autant de cas tant les précautions ont été nombreuses. « C’est inexplicable. On était protégés, les gens en zone chaude sont hyperprotégés, on ne peut pas dire qu’on n’a pas de matériel, on avait tout ce qu’il fallait. On se protège, mais on l’attrape pareil. » Le Devoir a questionné  le CIUSSS de Saguenay–Lac-Saint-Jean sur sa propre lecture de la progression de l’éclosion mardi, mais il n’était pas en mesure de nous éclairer mercredi.

Le réseau local de services (RLS) du Lac-Saint-Jean-Est, où se trouve Alma, vient de passer au 2e rang des territoires ayant le plus de cas de COVID-19 par 100 000 habitants (voir tableau). Outre, le CHSLD, on recense 12 foyers d’éclosion différents dans les environs d’Alma, notamment à l’hôpital (48 cas), au cégep (13) et dans différents milieux de travail.

Niveau d’alerte orange

Or, la région est toujours en zone orange. Lundi, le directeur régional de santé publique Donald Aubin semblait toutefois préparer la population à une entrée imminente dans la zone rouge.

Cas actifs pour 100 000 habitants

Réseau local de services :

Granit : 440

Lac-Saint-Jean-Est : 319

Baie-des-Chaleurs : 298

Drummond : 241

Portneuf : 231

Source : INSPQ

Mardi midi, le restaurant Goofy était plein comme d’habitude. Croisé à l’entrée, Patrick Harvey ne semblait pas inquiet outre mesure. « Non », a-t-il dit : ce n’était pas son dernier arrêt au Goofy avant longtemps. « Je pense qu’on va reprendre le contrôle », d’expliquer l’homme accompagné de sa fille adolescente. « Je pense qu’on va baisser [le nombre de cas] incessamment. »

Un retraité abordé plus tard dans un stationnement à proximité tenait toutefois un autre discours. « C’est sûr qu’on est plus inquiets. Moi, mon frère est à Isidore-Gauthier. Ça va, ça vient, mais il est encore malade. »

En même temps, tous les espoirs sont permis, selon Michel, l’employé avec qui s’est entretenu Le Devoir. « On en a qui sont guéris », a-t-il fait remarquer.

Outre le CHSLD et l’hôpital, le collège d’Alma est, lui aussi, en gestion de crise. Lundi, l’établissement a été reconnu comme « foyer d’éclosion » par la Santé publique. Un total de neuf cas avaient été diagnostiqués chez les étudiants dans cinq programmes différents, dont les soins infirmiers.

On a des préposés aux bénéficiaires chez nos étudiants qui travaillent à l’hôpital. Ces gens-là vont dans des cours avec les étudiants en sciences humaines », a expliqué la directrice Josée Ouellet au Devoir. Désormais, 85 % des cours se donnent en ligne et ceux qui vont toujours au Cégep doivent répondre à des questions sur leurs symptômes à leur arrivée sur les lieux. Seuls les cours où la présence des étudiants est jugée indispensable se donnent toujours en présence, notamment les cours en laboratoire des étudiants en sciences infirmières. N’est-ce pas un peu inquiétant pour eux ? La directrice relativise le risque que peut représenter le collège. « C’est important qu’ils continuent. Surtout en sciences infirmières ! L’hôpital les demande. Tout le monde les demande. Ce n’est pas ici qu’ils sont le plus à risque. »

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