Le rapport de la commission Laurent reporté

La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent
Photo: Jean-François Nadeau Archives Le Devoir La présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent

Régine Laurent, la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, confirme devoir reporter le dépôt de son rapport de cinq mois. Le rapport sera présenté au gouvernement Legault le 30 avril 2021.

Est-ce que ce sera alors un meilleur moment pour présenter un tel rapport qui entend remettre en question la façon dont les enfants des services sociaux sont traités au Québec ? « Je ne peux pas croire qu’il y a une bonne ou une mauvaise période politique pour les enfants », dit en entrevue Régine Laurent. « Est-ce qu’on va dire à des enfants : excusez-nous, mais vous tombez dans une bien mauvaise période ? »

« Je suis très mal à l’aise de ne pas être en mesure de tenir parole », affirme au Devoir, sur un ton déconfit, la présidente Laurent. Elle avait répété, à plusieurs reprises, tout au long des audiences publiques, qu’absolument rien ne pourrait empêcher le rapport d’être déposé à la date buttoir, prévu par le décret du gouvernement qui créait la commission suite au drame de Granby qui a coûté la vie à une fillette martyrisée.

De premières recommandations

La Commission compter toute de même proposer, en date du 30 novembre prochain, des recommandations intermédiaires pour améliorer, le plus vite possible, le sort des enfants des services sociaux du Québec. « Nous avons déjà dégagé ce que nous appelons des “recommandactions” afin qu’on puisse, au plus vite, améliorer la condition des enfants au Québec ».

Régine Laurent aurait aimé pouvoir aller tout de suite plus loin. « J’ai repoussé, autant que j’ai pu, ce constat difficile. Mais force est d’admettre que, dans la situation actuelle, il nous était impossible de respecter notre engagement de déposer notre rapport complet le 30 novembre. L’analyse était tellement énorme. » Sans compter les conditions de travail des derniers mois qui ont représenté une difficulté imprévue.

Agir pour les Autochtones

Devant l’effervescence qui règne sur la place publique à propos de constats d’exclusions et de racisme systémique au sein de la société québécoise, Régine Laurent demeure prudente. « Nous avons accordé une place particulière aux autochtones au cours de nos travaux, en écoutant des comptes rendus des impacts que les enfants subissent lorsqu’ils sont arrachés à leur communauté. Cela s’est fait dans une portion de nos travaux qui leur a été entièrement dédiée. »

Ceci étant dit, dans le décret qui crée la commission, Régine Laurent rappelle qu’il est question de prendre appui sur les résultats de la Commission Viens, la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec.

« On va ajouter nos recommandations à celles de la commission Viens. Mais il faut mettre en action le rapport de la commission Viens. On a regardé de près la situation dans nos travaux, mais tout est là, dans le rapport Viens. Notre position est qu’il faut mettre tout de suite en application ce rapport. »

La communauté noire

Tout au long de leurs travaux, les commissaires en général et Régine Laurent en particulier se sont dits estomaqués de constater la surreprésentation des noirs dans les services d’aide à l’enfance au Québec. « On se trouve dans une situation de manque de formation interculturelle, devant la nécessité de créer plus de liens », constate encore Régine Laurent en entretien au Devoir.

« On ne tient pas compte suffisamment des facteurs de pauvreté. Vivre à plusieurs, dans un appartement trop petit, ce n’est pas de la maltraitance mais de la pauvreté. Comment se fait-il qu’on n’en tienne pas compte suffisamment ? C’est assez clair que ce ne sont pas des situations qui peuvent perdurer. » Et c’est un secret de Polichinelle que le rapport final abordera précisément cette question.

Les policiers dans la mire

En rappelant certaines interactions difficiles survenues lors des audiences avec différents corps policiers, Régine Laurent ne cache pas son inquiétude. « C’était pour moi, à certains moments, une incompréhension totale. »

Si on veut s’occuper d’améliorer le sort des enfants dans notre société, dit-elle, il y a beaucoup à faire du côté des policiers. « Sinon, on risque de laisser passer par exemple cette surreprésentation des noirs, par manque de sensibilité, comme si c’était quelque chose de normal. »

L’équipe de la commission est désormais réduite d’environ la moitié. Une trentaine de membres du personnel s’affairent encore aux affaires qui vont conduire au dépôt du rapport final.

Plusieurs équipes œuvrent, depuis l’été, à rédiger différentes portions du rapport. Régine Laurent parle d’emblée de trois éléments qui se trouveront dans le rapport : la prévention, que ce soit du côté de l’école, des services de garde ou du milieu communautaire ; les changements législatifs, nécessaires à la mise à jour de la loi sur les services sociaux ; les contraintes en matière de confidentialité, lesquelles nuisent au partage d’informations essentielles entre l’un et l’autre des services à l’enfance.

Des commissaires aident chacune des équipes de rédaction, sur ces sujets comme d’autres, en attendant qu’un travail d’unification rende le rapport complet. « On s’est entendu sur la structure que l’on veut », assure Régine Laurent.

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