Le SPGQ déplore un manque d’effectifs pour la préservation du patrimoine

Dans un rapport divulgué en juin, la vérificatrice générale citait plusieurs cas de biens pourtant protégés et laissés néanmoins à l’abandon, dont celui du moulin du gouffre à Baie-Saint-Paul, qui a été classé en 1965 et qui s’est effondré à la fin des années 2000.
Pierre Rochette Dans un rapport divulgué en juin, la vérificatrice générale citait plusieurs cas de biens pourtant protégés et laissés néanmoins à l’abandon, dont celui du moulin du gouffre à Baie-Saint-Paul, qui a été classé en 1965 et qui s’est effondré à la fin des années 2000.

« Nous sommes en douleurs pour la culture du Québec. Le patrimoine, en particulier, souffre d’un grave manque de soutiens », affirme Line Lamarre, la présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), à l’occasion d’une sortie publique. « Comment peut-on, comme société, accepter que ça se passe ainsi ? »

À la lumière de discussions qu’elle a conduites avec ses membres, la présidente du SPGQ dénonce, dans une lettre mordante, la situation du patrimoine au Québec. En entrevue au Devoir, elle constate de surcroît le mauvais sort fait à la culture en général en cette période où celle-ci lui apparaît « plus nécessaire que jamais ».

« La Loi sur le patrimoine, ceux qui doivent l’appliquer sont au ministère. Or, ils sont si peu nombreux déjà qu’ils peinent à fournir à la demande », explique la voix autorisée des employés. Autrement dit, comment espérer améliorer les choses sérieusement sans considérer la capacité des effectifs en place ?

En 1977, le public pouvait compter sur 162 employés à la Direction générale du patrimoine du ministère de la Culture du Québec (MCC). Le même ministère ne compte plus désormais que 31 professionnels, auxquels s’ajoutent une technicienne, une secrétaire et deux gestionnaires.

Pourtant, le nombre de questions à traiter a augmenté. « On réagit au cas par cas, mais on ne se préoccupe pas de la mémoire de l’État », constate le SPGQ. Line Lamarre en vient à se demander s’il existe « vraiment une volonté politique de sauver le patrimoine québécois ».

Rien de changé

Les signaux d’alarme se sont multipliés, mais rien n’a vraiment changé, regrette-t-elle. « Les signaux d’alarme pointant la protection du patrimoine québécois n’ont pas manqué au cours des dernières années. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les carences en effectif pour assurer la conservation du patrimoine bâti sur l’ensemble du Québec et le défaut d’une vision d’État pour protéger le patrimoine immobilier », affirme le syndicat dans une lettre à ses membres datée du 15 octobre.

Line Lamarre s’explique davantage en entrevue : « Comment peut-on penser que les choses vont s’améliorer si ce cadre ne change pas ? On fait de la gestion au cas par cas, selon ce qui pointe le nez dans l’actualité. Le cas des archives religieuses, par exemple. Comment se fait-il qu’une part aussi importante de la mémoire du Québec demeure entre les mains d’entreprises privées alors qu’elles apparaissent menacées ? Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) devrait veiller sur ces documents. Mais on se trouve dans une situation où même cette institution se voit sans cesse amputée de moyens pour travailler ! »

On réagit au cas par cas, mais on ne se préoccupe pas de la mémoire de l’État

 

Des ratés

En juin, le rapport de la vérificatrice générale du Québec dénonçait une longue suite de ratés du côté de la gestion du patrimoine. Ce rapport s’avère accablant à tous égards, comme le reconnaissait d’emblée, lors de sa publication, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, tout en rejetant le blâme sur ses prédécesseurs.

La vérificatrice générale observait, à la suite d’une vaste enquête, que le MCC ne parvenait pas à tout juste inspecter, tous les quatre ans, les biens immobiliers classés dont il a la responsabilité. La vérificatrice notait aussi, rappelle le syndicat, « l’absence d’inspection prévue pour connaître l’état des biens situés sur les sites patrimoniaux déclarés, de même que l’absence de coordination et de suivi des inspections ».

En vérité, soutient le SPGQ en entrevue, « le rapport dévastateur de la vérificatrice, on aurait pu le multiplier par dix tant les problèmes de coordination sont nombreux dans ce ministère ». Qu’est-ce à dire, plus précisément ? « On réagit toujours à la pièce, au cas par cas. Il n’y a pas de stratégie. Il n’y a pas de plan. Pas de vision de ce qu’est la culture québécoise et où nous devons la porter, par exemple en ce qui concerne la sauvegarde et la mise en valeur de notre patrimoine. C’est une gestion plus électoraliste qu’intelligente à laquelle nous avons affaire. »

Du renfort

Pour que la vapeur soit renversée, il faudrait que le ministère puisse au moins compter sur suffisamment de personnel qualifié. Ce qui est loin d’être le cas, estime le syndicat. Dans l’état actuel des choses, il manque au minimum une cinquantaine de postes, estime le SPGQ. « Il est clair que ça prend du renfort. On est déjà débordé. Ce n’est pas difficile à démontrer. »

En septembre dernier, la ministre Nathalie Roy a annoncé un ajout de 22 millions de dollars à un programme municipal de soutien au patrimoine immobilier. Ce programme, lancé en décembre 2019, vise la sauvegarde des maisons et des immeubles patrimoniaux dans les municipalités à partir d’initiatives privées. Cette somme doit permettre d’embaucher davantage d’agents de développement en patrimoine afin de dresser des inventaires des bâtiments patrimoniaux dans les municipalités. Cet ajout est bien en soi, estime le syndicat, même s’il ne touchera, en pratique, qu’une poignée de municipalités. Le SPGQ constate du même souffle que la coordination de cette action est d’emblée plombée, faute de personnel et faute de l’encadrement nécessaire par l’État. La réalité est qu’il « manque de porteurs de dossiers », explique la présidente du syndicat, en rappelant l’extrême maigreur des effectifs de l’État en matière de préservation et de mise en valeur du patrimoine des Québécois.

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