Les policiers s’inquiètent de la violence en temps de pandémie

Les équipes de la SQ ont procédé à 676 saisies qui seraient liées au crime organisé en 2019.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les équipes de la SQ ont procédé à 676 saisies qui seraient liées au crime organisé en 2019.

En vertu d’un programme fédéral, Québec a annoncé mardi l’octroi de 28 millions de dollars supplémentaires, sur trois ans, pour « combattre la violence liée aux armes à feu et l’action des groupes criminels ». Le montant servira notamment à contrecarrer la hausse des événements violents constatée à Montréal depuis la fin du confinement du printemps dernier.

« Depuis le déconfinement, fin juin, début juillet, on a un quand même une augmentation importante : une quarantaine d’événements [violents] sont survenus. Un meurtre, une dizaine de tentatives de meurtre », a avancé le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Sylvain Caron, dans un point de presse organisé à Québec. Il a qualifié cette hausse d’« atypique » et a déclaré qu’on « pouvait penser » qu’elle était liée à la COVID.

À ses côtés, la directrice par intérim de la Sûreté du Québec (SQ), Johanne Beausoleil, a elle aussi dit avoir constaté davantage de violence, « au niveau des maisons » — donc conjugale — et « au niveau du crime organisé », dont la COVID « n’a pas ralenti les ardeurs ».

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, n’a pas osé tracer de parallèle direct, disant laissant cette tâche à des experts, comme des psychologues.

De l’argent pour Quiétude

Pour justifier l’octroi de sommes d’argent à la lutte aux armes à feu, la ministre a par ailleurs fait état « d’incidents liés à la violence et aux armes à feu [rapportés] dans les médias », et qu’elle juge « très inquiétants ».

Les chefs de police installés à ses côtés ont quant à eux avancé quelques chiffres sur la hausse des événements impliquant des armes à feu.

Johanne Beausoleil a ainsi affirmé que les équipes de la SQ avaient procédé à 676 saisies qui seraient liées au crime organisé en 2019. Son organisation ne dispose pas de chiffres comparatifs pour les années précédentes ou pour l’année en cours.

Le chef du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, a quant à lui déclaré que 92 armes à feu avaient été saisies sur son territoire en 2019, par rapport à 38 l’année précédente. « Donc on voit une augmentation quand même importante d’utilisation d’armes à feu dans un contexte de crime organisé », a-t-il déclaré, avant de parler des méthodes « proactives » des Hells Angels lorsque vient le temps de collecter des dettes aux revendeurs de drogues.

Entre octobre 2019 et 2020, « on a une hausse d’une vingtaine d’événements », a aussi observé Sylvain Caron, du SPVM.

Les montants octroyés à son service de police permettront entre autres de « maintenir en place » les membres de l’équipe Quiétude, de même que « les équipes qui travaillent conjointement » avec cette escouade anti-armes, a-t-il souligné.

Celle-ci a été qualifié d’escouade « anti-Noirs » par Ted Rutland, professeur au département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de l’Université Concordia. Il a déposé la semaine dernière un rapport déterminant que 75 % des personnes interpellées par cette équipe ont la peau noire, et qu’elles le sont généralement pour des crimes « qui on rien a voir avec des armes à feu », tel qu’il l’a résumé au Devoir.

Or à l’instar de « tous les policiers », les agents affectés à Quiétude « ne travaillent pas en fonction de l’origine des gens », a assuré le directeur Caron. « Le travail se fait dans le respect des gens, sans discrimination, sans racisme. »

Depuis décembre 2019, l’équipe Quiétude a retiré plus d’une trentaine d’armes à feu qui circulaient à Montréal, a par ailleurs rappelé le SPVM dans un communiqué diffusé la semaine dernière.

— Avec Mylène Crête