Le Château Beauce sera finalement protégé par Québec

Après plus de deux années d’attente, Québec procède finalement au classement du Château Beauce et de son site comme biens patrimoniaux.
Photo: Gaston Cadrin Après plus de deux années d’attente, Québec procède finalement au classement du Château Beauce et de son site comme biens patrimoniaux.

Après plus de deux années d’attente, la ministre de la Culture et des Communications procède finalement au classement du Château Beauce et de son site.

À l’été 2018, la municipalité de Sainte-Marie avait accordé à un promoteur local le droit de démolir, au cœur de son centre-ville historique, cette vaste résidence centenaire dessinée par un des architectes québécois parmi les plus importants : Jean-Omer Marchand. « Ça a de l’histoire. Mais un moment donné, faut avancer », avait déclaré au Devoir le maire Gaétan Vachon, aussi préfet de la MRC de La Nouvelle-Beauce, afin de justifier cette décision.

La limite de protection légale, par laquelle l’État, avait empêché la démolition arrivait à son extrême limite. La ministre en titre, Nathalie Roy, « souhaite préserver les valeurs historiques, architecturale et paysagère qui caractérisent ces biens patrimoniaux situés dans la ville de Sainte-Marie », indique un communiqué officiel.

Cette protection survient au moment même où des centaines de résidences, souvent très anciennes, ont été démolies ou sont en voie de l’être en Beauce, tout le long de la rivière Chaudière, à la suite d'un décret concernant les inondations saisonnières. Au nombre des maisons importantes qui n’ont pas encore été détruites, on compte encore la maison d’Élyse, située à Beauceville, pour laquelle aucune décision officielle n’a encore été prise malgré un projet de démolition.

« Il est important d’agir aujourd’hui pour conserver des bâtiments qui rappellent l’histoire de Sainte-Marie », affirme dans son communiqué officiel au sujet du Château Beauce le ministère de la Culture et des Communications, en citant la ministre Nathalie Roy.

La ministre Roy espère qu’une nouvelle vocation prochaine de ce vaste ensemble puisse le mettre en valeur. Elle en profite pour signaler que, depuis son arrivée en fonction, 17 biens patrimoniaux ont été classés. Le cas du Château Beauce avait constitué une sorte de baptême en la matière pour la ministre puisqu’il s’était trouvé sur son bureau au jour même de sa nomination.

Cette résidence d’inspiration néo-Tudor, érigée en 1903, est d’un style plutôt rare hors des grands centres urbains. Elle constitue une des premières, sinon la toute première réalisation de l’architecte Jean-Omer Marchand au Québec. Architecte canadien réputé, diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, on lui doit plusieurs constructions publiques importantes, dont la chapelle du Grand-Séminaire-de-Montréal, la prison de Bordeaux, l’édifice de la Cour municipale de Montréal et l’imposante résidence du financier Rodolphe Forget, aujourd’hui le consulat de Russie. Il est considéré comme l’un des architectes canadiens les plus novateurs du début du XXe siècle. Fait à noter : il a même contribué à la conception de l’édifice central du parlement fédéral à Ottawa. Les archives nationales conservent les dessins de cette maison commandée à l’origine par le notaire Georges-Siméon Théberge de Sainte-Marie de Beauce et son associé. À partir de 1944, le lieu est occupé par des religieuses.