Gilbert Rozon se pose en victime consentante à son procès

Il s'agit du deuxième jour du procès pour viol et attentat à la pudeur du fondateur de Juste pour rire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il s'agit du deuxième jour du procès pour viol et attentat à la pudeur du fondateur de Juste pour rire.

Gilbert Rozon soutient que c’est plutôt lui qui s’est « laissé faire » par la victime présumée à son procès pour viol et attentat à la pudeur. Le fondateur de Juste pour rire a soutenu mercredi avoir « accepté son sort » après que la plaignante eut amorcé une relation sexuelle après une soirée dans une discothèque des Laurentides en 1980.

« Aussi étonnant que ça puisse paraître, je me suis réveillé vers 7 h du matin et j’avais [la plaignante] qui était à califourchon sur moi. C’est elle qui était en train de me faire l’amour », a affirmé le fondateur de Juste pour rire.

Tout de noir vêtu, l’ancien magnat de l’humour s’est avancé calmement à la barre des témoins mercredi. L’homme de 65 ans, qui s’est présenté comme un « retraité », a confirmé avoir passé une soirée avec la plaignante, qu’il a rencontrée dans une station de radio il y a 40 ans, mais a contredit sa version des événements.

« Je sais que des gens trouveront ça incroyable, mais c’est ce que j’ai vécu. Je n’inventerais pas une histoire comme ça », a-t-il assuré.

M. Rozon a livré un témoignage détaillé de cette soirée, soulignant d’abord qu’il n’avait jamais prétexté devoir récupérer des documents chez sa secrétaire. La résidence où les événements se sont déroulés est le chalet d’une amie qui étudiait en droit avec lui. M. Rozon a raconté qu’une fois qu’ils sont arrivés à destination, il a allumé un feu de foyer afin d’instaurer une ambiance « romantique ». Loin de la bousculade décrite la veille par la victime alléguée, il a dit avoir commencé à la caresser, après quoi aurait eu lieu un échange de baisers. « J’ai voulu mettre la main sous sa jupe », a-t-il dit en mimant le geste devant la juge Mélanie Hébert. « Elle s’est raidie et elle m’a dit non et j’ai arrêté tout de suite », a-t-il assuré. Il a nié avoir « arraché » quelque bouton que ce soit de la blouse de la femme comme elle l’a affirmé devant le tribunal lors de son témoignage.

« Dépité », M. Rozon dit avoir suggéré à la plaignante d’aller se coucher chacun de leur bord, dans deux chambres différentes. « Je me souviens d’avoir pensé qu’elle avait peut-être ses menstruations ou qu’elle avait un copain dans sa vie […] J’ai aussi pensé qu’elle était peut-être vierge », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il ne lui avait toutefois pas posé de questions sur le malaise qu’elle semblait avoir ressenti.

S’il se souvient de cette soirée, c’est parce qu’à 7 h du matin, il s’est réveillé avec la plaignante à califourchon sur lui, a-t-il dit. « Elle était en train de me faire l’amour, a-t-il raconté. Je me souviens que je me suis dit : “Elle est ben weird”. »

M. Rozon a ensuite utilisé les mêmes termes que la victime alléguée pour décrire une partie de la soirée, soutenant que c’est lui qui s’est « laissé faire ». « J’ai pris mon plaisir, mais j’étais tellement étonné que d’une certaine manière ç’a gâché mon plaisir. Elle regardait l’horizon, comme si elle se faisait l’amour à elle-même […] J’ai accepté mon sort parce que ça m’arrangeait », a-t-il déclaré.

L’accusé se rappelle être allé reconduire la victime alléguée chez elle après. Son contre-interrogatoire doit se poursuivre jeudi.

« Piégée »

Plus tôt dans la journée mercredi, la défense a mis en avant le fait que la plaignante a admis aux policiers qu’elle n’avait jamais considéré avoir été agressée sexuellement puisqu’elle avait « laissé faire ».

« Elle leur a dit que le fait qu’elle l’a laissé faire a éradiqué dans sa tête toute perception que c’était une agression sexuelle », a souligné une des avocates de M. Rozon, Me Isabel Schurman. « Elle explique avoir dit à M. Rozon : “Let’s go, vas-y” », a-t-elle ajouté.

« On ne m’a pas donné un guide de procédures avant de faire ma déclaration aux policiers. Si on m’avait dit que je devais mettre tout ce que je ressentais, je l’aurais mis, mais on m’a demandé de raconter des événements, pas mes sentiments », a répondu avec aplomb la victime alléguée.

À la fin de son contre-interrogatoire, la femme a demandé à la juge une minute pour reprendre ses esprits. « La culpabilité et la honte, ça ne devrait pas appartenir aux victimes. Je me sens coupable de ne pas m’être défendue davantage. Je le sais intellectuellement que ce n’est pas à moi d’avoir honte, mais 40 ans plus tard, c’est encore ça que je ressens », a-t-elle confié, la voix brisée par l’émotion.

La plaignante, dont l’identité est protégée par la cour, a soutenu qu’avec le recul, elle estime aujourd’hui « être tombée dans un piège » lors de cette soirée avec M. Rozon.

Rappelons que, selon sa version, M. Rozon a prétexté devoir aller récupérer des documents chez sa secrétaire, alors qu’il devait aller la reconduire chez ses parents. Une fois qu’ils sont arrivés sur place, il s’est jeté sur elle et ils se sont bousculés. M. Rozon lui aurait alors dit être trop fatigué pour prendre la route et qu’elle pouvait s’installer dans une chambre au rez-de-chaussée.

« Il était déterminé à avoir des relations sexuelles, a-t-elle déclaré. Je me souviens de deux choses : de l’oppression et d’un sentiment de lâcher prise, parce qu’à un moment je me suis dit : ben go, fais-le, ça va être fait et on va pouvoir passer à d’autres choses, et c’est ce qui est arrivé », a-t-elle ajouté.

« À vos risques et périls »

Une ancienne collègue de travail et amie de la victime alléguée a aussi été entendue au deuxième jour du procès. Celle-ci a raconté avoir été au courant que la plaignante allait prendre un verre avec M. Rozon et que, lorsqu’elle a voulu prendre des nouvelles de cette soirée, elle a compris que ça s’était mal passé.

Elle a expliqué que la plaignante lui avait dit « avoir perdu [sa] petite culotte ». Pour dédramatiser la situation, la témoin a tourné ça en dérision. « J’ai enchaîné en lui disant que la morale de l’histoire, c’est qu’il ne faut pas faire un tour de voiture avec Gilbert Rozon, parce que sinon on en perd notre petite culotte », a-t-elle raconté.

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